Arrêt près du marais de la Besvre ; en attendant l’heure, je prends des notes avant d’oublier notre après-midi… 18h00, il est temps, retrouver Michel, il est près de la maison avec l’homme que je viens rencontrer : Alfred. L’accueil est direct, il me teste, cherche à savoir ce que je fais et à comprendre ce que je veux connaître d’ici.
Les échanges sont soutenus, je suis vigilant, je sens que la conversation pourrait tomber si je rate l’examen ; visiblement, il me teste. Sommes bien installés maintenant, nous jouons carte sur table ; l’échange se poursuit à 3 ; par moment, Michel vient à mon secours ; je les écoute : répit. J’en profite alors pour prendre quelques notes, préparer des questions…
Visiblement, le sujet demeure sensible. J’en reviens à mon projet, à mon désir de mieux saisir les circuits de l’eau, à rechercher ce qui peut nous attacher à ces cours d’eau qui font la Lacquette. Ma quête est aussi sensible, affective.
Alfred commence à mieux cerner mes demandes : il pointe du doigt le cheminement de l’eau au nord du marais de la Besvre. Pour lui écrire la Laque à cet endroit de la carte est faux. C’est l’Echeux (suis pas bien sûr de l’orthographe), il insiste et se lance dans une explication du réseau hydrographique des parages, me signale le sens d’un courant, nomme des endroits, et finit par nous lancer : le mieux, c’est d’y aller ! La nuit tombe, il faut se hâter.
Partons avec le véhicule d’Alfred, il nous emmène vers le manoir, explique l’eau, depuis ce qu’on voit – on a contourné par le marais – parle de la connexion de l’étang avec l’Echeux qui coule juste au-dessus. Je reconnecte avec le circuit que nous avions fait avec Émilie et Samia tout au début des sorties… Où nous avions déjà appris à interpréter les eaux que nous voyions couler : lire les fossés et trouver le cours d’eau, que nous croyions être la Laque… Exit la Laque !
Alfred dit que nous allons faire le tour de cette zone de marais, en retrouvant la D943 – bref arrêt pour voir la Laque passer sous un pont – puis en empruntant le chemin des cressonnières. A fallu descendre sur le bas côté et nous engouffrer au jour finissant dans le passage. Le long coule un fossé…
Avec Michel nous commençons à nous situer en reconnaissant des éléments vu depuis le chemin que nous avons pris l’après-midi : là, sur un côté, les trognes de saules aperçues au loin, ce qui fait haie devant, et pour confirmer ces repères, nous reconnaissons derrière nous des cressonnières, les thuyas, des abris, et au loin je devine le clocher de Saint-Quentin…
Prendre des photos est devenu hasardeux ; maintenant, la lumière des phares éclaire des scènes improbables m’évoquant la brousse, mais sur les côtés, ça reste fort sombre. Aussi Alfred s’arrête pour que je sorte de temps en temps, pour m’approcher du cours sinueux de l’Echeux ; je veux voir et regarder autour, enregistrer ce moment singulier.
Cette équipée – presque – nocturne est assez surréaliste. Impression d’Afrique. Nous traçons notre chemin en longeant l’Echeux, au rythme des commentaires d’Alfred qui nous raconte l’histoire d’un projet de creusement de fossé et d’un étang qui n’ont heureusement pas vu le jour.
Nous finissons par franchir une passerelle et retrouver le chemin de l’après-midi, et tourner presque aussitôt à gauche pour aller retrouver la D186E1 qui nous fait longer l’Abbaye de Saint-André. Je raconte les arbres brûlés, nous dit que ce sont des promeneurs qui ont mis le feu, gratuit et stupide. Me dit que de l’eau passe sous la route au niveau de l’Abbaye, et finit par rejoindre l’Echeux. Mais je n’ai rien sur la carte.
Une fois de plus, Alfred tord les informations pour redessiner un autre cheminement. Même si je ne comprends pas toujours très bien le fonctionnement des parcours et des raccordements, comme je l’avais déjà pressenti lors de mes précédentes sorties, de l’eau de la Lacquette transpire ici et paraît se connecter au réseau de la Laque.
M’enfin, comme tout ça se joue dans le bassin de la Lacquette, tout finit dans la Lacquette et au bout du bout, dans l’exutoire, à Aire-sur-la-Lys. Trop facile ! Faudra que je revienne, car depuis le début, j’ai bien choisi d’explorer le chemin que prenait l’eau ; c’est l’entrelacs du réseau qui fait le bassin, surtout ici, dans les basses terres, où les fossés maillent l’espace.
Au retour, la soirée se poursuit chez Alfred, dans une bonne humeur communicative, façon de conclure cette rencontre déconcertante. Maintenant, je sais que je pourrais revenir, entrer plus avant dans le détail de ces Pâtures d’Aires.
Rendez-vous avec Michel Abdellah à l’Hôtel Communautaire. On ne pourra pas voir notre contact ce matin, sera disponible qu’en soirée. En attendant, un programme pour la partie Nord du bassin : commencer par la fin !
9H30, direction Aire-sur-la-Lys, encore… Vouloir en finir avec cette histoire de Lacquette qui se sépare en 2 bras. Michel me pilote non loin du canal, près du parc des sports, tant de partir fureter ! Remonter un cours d’eau en s’engageant dans la rue Henry Velay… Logiquement, devrait être la Lacquette. Après vérification avec le GPS du smartphone, confirmation : nous sommes bien sur le bras extérieur de la Lacquette, super !
La scène : à droite, la Lacquette / à gauche, des maisons individuelles. Coté rivière, la rue est bordée de saules pleureurs d’un bel âge que Michel admire, sont taillés en têtes de chat. Il observe les oiseaux dans les branches hautes, on entend une grive musicienne dont le chant puissant couvre tous les autres. Une mésange à tête bleue inspecte méthodiquement des ramilles en quête de petits insectes. Nous évoquons le calme qui règne dans cette rue ; des canards s’épanche sur le bitume, ils avancent tranquillement de front dans notre direction…
Passage d’un promeneur : femme avec chien et enfant…, peu après, une autre… Cette situation de ville est finalement profitable à tout le monde. Ça rappelle la période de confinement où nous découvrions des villes sans voiture, entendant de nouveau le chant des oiseaux…
Michel m’arrête, il tend l’oreille, un sorte de crissement lui fait penser chant d’une grenouille rousse, la première qui se reproduit ; c’était une illusion sonore : un canard colvert mâle apparaît sur l’eau, le bec s’ouvrant et se refermant en émettant ce son inhabituel, on éclate de rire !
Côté opposé, sur l’autre rive : le bord de rivière est séquencé par un aménagement propre à chaque propriété, en bout de terrain : clôtures vives ou en mailles plastiques vertes, même en dur, avec des arbres et des arbustes taillées ou même surtaillés, comme un tilleul en espalier…
Aux pieds, une bande de terre sécurise les limites, façon de protéger les implantations des ardeurs de la rivière ; certains ont même planté des fleurs, prolongeant ainsi leur jardin.
Il arrive qu’on perçoive l’intimité des jardins à travers… Un bus aperçu au loin signale la rue, derrière la ligne des habitations. C’est la ville, ancienne, bourgeoise, qui pavoise le long des rues, tout en soustrayant au regard des passants les espaces privés de ses habitants les mieux lotis.
Maintenant, nous apercevons un dispositif de vannage qui barre la rivière, toutes vannes ouvertes… Le flot y est vif. Une troupe importante de canard virevolte, la période de reproduction a commencé, sont fort actifs les bougres : jeu de courses poursuites, d’évictions des prétendants, des couples sont déjà formés, avec des mâles suivis de plusieurs cannes… Bref, la vie des canards. Un spectacle qui nous occupe un moment ; toutefois un son incongru dans le brouhaha de cette foule qui cancane : le son bref et sec d’une poule d’eau ; on localise. Pas effarouché par notre présence, le volatile se faufile aisément entre ses voisins exubérants.
A droite, se détache un bras. Et voilà ! Sommes tombés tout logiquement sur l’endroit où la Lacquette se divise… Le canal s’enfonce discrètement entre des propriétés. Le GPS atteste de son parcours vers le centre de la ville.
Passage d’un nouveau promeneur, Michel salue le chien qui se précipite, joyeux, puis sa maîtresse, flattée…
Poursuivre, jusqu’à la fin de la rue : un pont marque l’endroit. On débouche sur une route ; je reconnais, la rue de la Tour Blanche, suis déjà passé par là avec Fabienne, en octobre 2021, lorsque nous cherchions la confluence de La Lacquette et du Mardyck. cet endroit n’est pas loin, mais me reste inaccessible, hélas, leurs eaux se mêlent sur le terrain d’un particulier.
Bon, maintenant que j’ai vu : retourner… Les canards occupent toujours le devant de la scène : nous assistons de nouveau aux courses poursuites des mâles en quête de femelles… Mais quelque chose de nouveau nous arrête, d’étranges jeux de séductions se déroulent sur le bras secondaire de la Lacquette ; nous assistons aux plongeons répétés d’une femelle, jeux d’esquive plus que fuite… Tant et si bien qu’au début, Michel avait cru avoir affaire à un grèbe.
Je suis curieux de savoir si je peux retrouver et suivre ce bras que je sais devoir déboucher au niveau de la Chapelle Beaudelle. Les ponts restent bien souvent mes seuls repères, les eaux disparaissant, traversant des propriétés privés, risquant d’être couverte à l’approche du cœur historique de la ville.
Bon, pas le temps de finir le parcours jusqu’à l’exutoire pour vérifier, on verra avant de retourner sur Béthune en fin d’après midi car là, il est déjà midi, et Michel doit aller pointer : direction l’antenne de Lillers.
Après un temps réglementaire : pause déjeuner à « la Popote », le restaurant choisi par Michel… Et nous commençons d’abord par le marais, au niveau des Pâtures d’Aire, Michel voulait m’y emmener, connait un chemin qui va nous le faire traverser d’Est en Ouest.
Prendre la direction de Witternesse, la D186E1, et avant l’Abbaye de Saint-André, nous tournons à gauche, le chemin est praticable. De part et d’autres des près. Sur un bord, un arbre a été brûlé sur pied, s’arrêter. Michel peste : il semble bien mort…
Nous apercevons la ligne du chemin que Michel vise : haies irrégulières, séquencées en touffes de thuyas – l’une me fait penser à un grand bâtiment végétal – ou en saules alignés, et même apparemment rien, sans doute des clôtures… Michel me dit que le chemin permet d’accéder à de petites propriétés privées « chasse, pêche et tradition » et des cressonnières plus ou moins anciennes, dont certaines sont abandonnées ; il doit même y avoir un élevage récent d’écrevisses…
Au bout du chemin, prendre à gauche : une construction fait face, elle masque. S’arrêter. Aller voir. Scruter, essayer de voir ce qui est derrière…
Bah, une branche barre le passage, les effets de la tempête ; un autre arbre brûlé… Aller voir. Michel dégage la branche et poursuit sa marche, je le suis en voiture. Il regarde les propriétés sur la droite ; ici aussi, chacun aménage sa limite de terrain à sa façon : pas que des haies vives, des clôtures en grillage vert, des arbustes anciens plus ou moins dégradés. Je sens un endroit dont l’entretien ne nécessite nul démonstration ostentatoire, on masque néanmoins, dérobant à la vue sa propriété, ses activités.
Michel repère une entrée, s’avancer : c’est une cressonnière en activité. Des bassins sont recouverts d’un voile blanc. De là, on peut voir les autres terrains sur les côtés. Au fond, c’est boisé, quelques abris signalent des cabanes de chasseur. Michel me dit que de là on peut deviner les marais de la Besvre où nous sommes déjà allés.
Plus loin, une cressonnière dégradée, en cours de comblement. Et puis… sans doute le lieu d’élevage des écrevisses, Michel scrute un fossé à travers le grillage, il a aperçu un filet de protection, celui-ci semble lui donner raison…
Nous avançons ainsi, tranquillement, nous arrêtant au gré de l’appel des clôtures, sont comme des promesses, nous dévoilant parfois des aménagements et des activés insoupçonnés.
Maintenant le paysage s’ouvre à gauche, derrière les clôtures des champs… A droite, de vieux saules… Nous arrêtons en observer, Michel me montre combien certains sont anciens, l’écorce est colonisée par des lichens crustacés – de ceux qui sont des bio indicateurs de la qualité de l’air. C’est à peu près à ce niveau que commencent les fossés en eau que me promettait mon guide.
A gauche, c’est bien dégagé, on aperçoit au loin le clocher de Saint-Quentin, je reconnais la maison de Gérard Botrel à Fort Mardyck, elle m’indique l’endroit où passe la Lacquette. A gauche, l’Abbaye de Saint-André… Entre, ce ne sont que pâtures bien vertes, en descendent des fossés bien larges, emplis d’eau : un, puis un deuxième, trois… qui se jettent tous dans celui qui les conduit tranquillement le long du chemin. Heu, dans quel sens d’ailleurs ! D’Est en Ouest je pense, pas si simple ici. Malgré la distance, on dérange un groupe d’aigrettes Garzettes ; s’envole un peu plus loin…
Deux femmes passent avec leur chien, pas grand monde par ici, ça change d’Aire-sur-la-Lys.
Côté droit, derrière le fossé, une maison, la seule d’ailleurs, isolée… Michel tente d’attirer le chien, mais celui-ci garde ses distances et nous observe… Le charme de Michel n’opère pas.
Maintenant, on aperçoit la route, au bout du chemin ; doit être 15h, retourner à la D943, d’ailleurs fort passante à cette heure… Suis vigilant.
Tourner de nouveau au château d’eau, et s’en aller poursuivre le parcours de la Lacquette où nous l’avons quitté : au parc des sports, mais en aval cette fois… Passer le pont de la rue d’Isbergues et poursuivre jusqu’au pont de l’avenue Carnot.
Depuis le parapet, Michel pointe un autre pont, il semble proche ; nous contournons les habitations par le boulevard du Général de Gaulle…
Cet autre pont est situé rue de Vauban. Déception : un prunier en fleur barre la vue. Contourner, se trouver devant un établissement de notaires dont le parking à l’arrière est une véritable invitation à s’approcher de la Lacquette ! Retrouver le cours d’eau, mais voilé par une végétation de berge ; il s’esquive… je le perds… Des plaques délimitant la propriété m’interdise de le poursuivre.
Je m’empresse de retrouver Michel pour tenter de le retrouver, l’heure tourne, mais impossible par le boulevard ; rebrousser chemin et poursuivre jusqu’à un rond point d’où nous prenons la rue Pierre et Marie Curie. Nous approchons du canal… l’ambiance a changé, le tissus urbain s’est relâché et désormais nous apercevons le haut de bâtiments industriels.
Sur notre gauche, le gymnase rouge déjà aperçu : à son pied, j’entrevois la Lacquette, en partie masquée par un jardin. Michel avait vu juste, elle a effectué un virage serré, détournée vers la Lys qui passe au bout de la rue…
Voilà, c’est vérifié, suis satisfait, le cours d’eau qui se jette dans la Lys juste avant le dernier pont… est bien la Lacquette, son cours principal. La rivière contourne la ville, pour sans doute éviter d’y surcharger la Lys dans les périodes où les risques d’inondation sont importants. Impossible d’en voir la confluence depuis le pont, faudrait pouvoir accéder au terrain d’un particulier.
Faut pas traîner, 16h, c’est l’heure de ramener Michel à l’hôtel communautaire… Après, nous devrons retourner au marais de la Besvre, pour notre rendez-vous avec Alfred.
Départ vers 9h30, direction Estrée Blanche, Cuhem… La tempête a fait de la casse, vu ça le long de la route… Des arbres brisés, leurs moignons ; ils ont déjà été coupés, débités, évacués… Les sols sont trempés, les cours d’eau vifs….
10:40, arrêt à Fléchin, avant d’aller chercher la « Douce Fontaine », source de la Lauvet. J’avais idée d’aller à la mairie et me laisser aller au hasard des rencontres. Raté, fermé les moments où je suis disponible. Je regarde autour sur la place et décide de tenter le café, pourrait même servir à manger le midi…
Quelques anciens sont assis, petit verre sur la table ; derrière le comptoir un homme d’une soixantaine d’année, deux personnes au bar.
C’est clair, tous le monde se connaît ici. En demandant un thé, j’interroge le patron sur les cours d’eau dans le coin ; me propose d’étaler la carte sur une table, et je me lance sur cette affaire du Puits sans Fond qui serait en fait le Surgeon…
Il ne sait pas trop me répondre mais les voisins de tables, si ! Seraient même plutôt bavards les deux anciens…
Je note l’entrée d’un nouveau personnage dans le café ; le patron a disparu de la scène et les deux hommes qui étaient accoudés au bar prennent une porte à gauche et disparaissent…
Mes deux compères, Lulu et Claude, évoquent le territoire, chacun à sa manière. Lulu est de Fléchin et Claude, de Flebvin… Lulu est le plus éloquent, connaît bien le coin et, entre leurs souvenirs et des anecdotes du coin, j’apprends quelques infos, mais c’est l’arrivée de Georges qui change la donne. C’est un ancien élu. Il finit par s’asseoir, passe commande et offre sa tournée ; pour moi, juste un autre thé… Pas le moment de prendre une bière.
Je n’avais pas remarqué, le patron a changé… C’est un homme d’une quarantaine d’année qui sert, c’est le neveu paraît-il. Par contre pour manger ici, c’est raté, ça fait déjà plusieurs années que le patron a arrêté. Une femme d’un certain âge arrive et passe derrière le bar. On nous regarde, je devine bien que je suis l’animation de la matinée. Les hommes qui étaient sortis par la porte à gauche reviennent…
Georges en connaît pas mal et ne se laisse pas tenter par les digressions de ses compères : il regarde la carte avec moi, avec assurance il pointe l’endroit au-delà duquel c’est pour lui le Surgeon, avant c’est bien le Puits sans Fond… Avec mon crayon il corrige sur la carte : le Surgeon naît de la rencontre du cours d’eau qui traverse Fléchin et du Puits sans Fond, au niveau du Pré de Boncourt, point !
Le jeune serveur nous écoute avec une certaine attention ; la femme est partie derrière, empruntant le couloir qui dessert l’espace privé du café ; les hommes qui étaient au bar finissent par partir… Tout se déroule calmement, avec l’habitude d’un scénario bien rodée, entre ceux qui vivent leur vie à table (nous) et les autres, qui passent un moment, et s’en repartent vaquer à leurs occupations.
J’en profite pour demander à Georges à quoi correspondent ces appellations dans les zones agricoles sur la carte, comme « la Campagne » ou « les Longs Buissons » du côté de Pippemont. Georges les appellent joliment les lieudits des champs. Évoquer ces ensembles de parcelles, c’est situer des lieux dans lesquels on travaille, comme l’ancien agriculteur rencontré à La Tirmande… La carte en est constellée, c’est la poétique des champs : « le Bois des Agneaux », « les Corrissets », « le Bosquet », « la Grande Pièce », « la Verte Rue », « les Prés Linettes »…
Et pour les sources ? Georges confirme que c’est bien celle du Puits sans Fond à Honninghem qui est à la source du Surgeon. Lulu me dit que l’eau qui vient de Flebvin a pu arrêter de couler, mais n’a jamais vu celle d’Honnighem tomber à sec.
L’homme qui servait derrière le comptoir quitte la scène et sort par le couloir qui mène dans la partie privée ; le bar ne reste pas désert longtemps, un homme assez jeune entre… Il s’installe et nous écoute à son tour.
Je dis au trio qu’en allant à côté au Trou sans Fond, j’ai vu une maison, paraît que c’était un lieu d’élevage de truite. Connaissent tous l’endroit, Lulu évoque la qualité de l’eau et sa fraîcheur ; Georges ajoute qu’elle est toujours à 10-11° C, les responsables de cet élevage étaient des danois, ils faisaient produire des alevins… Mais c’est fini de temps là.
Maintenant, j’annonce que je veux aller à la Douce Fontaine, c’est la source qui manque dans mes repérages, elle alimente la Lauvet. « La Lauvet ? » Lulu corrige, la nomme la « Lauwette », sans doute dans l’ancien parlé, Ch’ti.
L’homme au comptoir entre dans la danse, Monsieur Binet, il connaît bien le coin, il est chasseur et pêcheur. Me dit qu’il va falloir des bottes, et même peut-être plus…, vu l’état des terres en ce moment ; la source est dans le Bois d’Aunes.
Derrière, dans le couloir de l’espace privé, ça s’active : tous les acteurs reviennent sur scène ; ça sent l’heure des comptes… Georges s’en va régler sa tournée et quitte la salle, s’en retourne chez lui.
Ça ne traîne pas maintenant, avant que tous le monde ne quitte les lieux, j’en profite pour demander où déjeuner dans les parages. Tous s’accordent pour m’indiquer le « Vert Dragon » à Auchy-au-Bois, un routier sympa où on mange bien, sinon, y’aurait bien Beaumetz… J’opte pour Auchy-au-Bois, m’y suis déjà arrêté avec Didier Vivien lors de notre grande virée initiatique sur le territoire.
Claude et Lulu se lèvent et s’en vont payer leur dû ; ils saluent cordialement ceux qui restent encore, et partent chez eux… A mon tour de régler, je prends congé, cet endroit était fort agréable.
*
Après ma pause du Vert Dragon, où j’ai déjeuné en compagnie de 3 autres clients, je sens le vent qui se lève, les nuages défilent sacrément vite… Remonter sur Westrehem, sur la ligne de partage du bassin de la Lacquette, le vent chahute la voiture, elle tangue.
A Fléchin, je tourne sur Boncourt et m’enfonce résolument dans la campagne ; petite et déserte est la route… Je l’ai même prise un temps pour un chemin agricole… La carte m’indique de traverser le carrefour et de poursuivre dans la direction de Cuhem… Ça, c’est sur le papier, plus d’indications depuis un moment : le paysage qui est devenu collineux ; suis entré dans la Vallée de la Chaine, la route serpente mollement… Et le vent qui forcit, la nouvelle configuration du terrain doit faciliter la circulation des courants d’air…
Chercher des yeux un chemin sur ma droite : le bois au loin semble correspondre. 14:20, je sens que je touche au but ! Un chemin plonge vers le bois ; je m’arrête prudemment dans l’entrée et pars à pieds tester la descente ; le vent me bouscule ! Je titube, retour à la voiture… Avancer lentement avec le véhicule… Je doute… M’arrêter, tenter un demi-tour… péniblement… et pour finir : m’embourber, argh ! la voiture patine…
Après plusieurs tentatives infructueuses, remonter difficilement la pente… Surtout, ne pas s’arrêter !… et se garer prudemment à l’entrée.
Bon, il est temps de mettre les bottes et de partir à la recherche de la « Douce Fontaine ».
D’abord, retourner où j’en étais avec la voiture et commencer à fouiner, à observer les signes alentours… J’en déduis rapidement que j’entre sur le territoire des chasseurs. En bas, à gauche, un bassin récemment creusé capte l’eau de la source. Une passerelle qui fait office de barrage s’ouvre sur un espace qui a été tripoté : grillage, buses… Ils délimitent un bassin ; l’eau est toutefois limpide, un signe d’importance : suis sur la bonne voie…
Impossible de traverser ou de passer sans escalader la butte sur ma droite. Celle-ci sépare le bois des champs, elle est artificielle, mais comment l’interpréter ? Pour faire un lit à la source, un bassin ? Il est tout en longueur, semble être dans les 5 m de large voire plus.
Un chaos d’arbres fraîchement tombés me barre la route, sans doute l’effet de la tempête qui a sévi avant le week-end. Bon, rebrousser chemin, et remonter le cours de l’eau à l’aveuglette, en longeant le champ. Chercher un passage : le fossé boueux ne m’inspire pas confiance… Je note de temps en temps des coulées animales et de vieilles planches moussues faisant office de passerelles.
Finalement, je trouve un point de traversée, agrémenté d’un avertissement : « Propriété privée ». Continuer malgré tout… Descendre un chemin peuplé de vestiges assez énigmatiques, propres à l’activité des chasseurs ; semblent à l’abandon ; j’en interprète certains comme étant des abris de nourrissages… et des cabanes… L’une d’entre elles est plus complexe, un laurier palme s’est couché dessus et, derrière : LA source !
Enfin… plutôt discrète, c’est le début de ce long fossé ; je cherche son point d’apparition… et finis par remarquer une forme d’eau bombée, la marque d’une remontée… Elle sort d’un embout métallique, comme ceux vus dans les cressonnières…
Ailleurs, je commence à repérer des taches grisâtres sur le fond plus sombre du bassin. Elles me laissent supposer d’autres points de résurgence. Quelle était la fonction de ce bassin ? Y aurait-il eut une cressonnière ici ? Dommage que le chasseur vu au café de Fléchin ne soit pas avec moi !
En suivant le mouvement de l’eau, je retombe sur le chaos d’arbres et cherche un échappatoire pour repasser le film à l’envers, par le champ labouré et retrouver le plan d’eau…
Hormis le nouveau bassin à proximité du chemin, cet endroit recèle des vestiges d’occupations, je ressens un abandon. Comme pour confirmer ce sentiment, je retrouve la vieille caravane aperçue non loin du nouveau bassin, à l’entrée du bois. Et pourtant, pour démentir cette impression, en m’approchant… je vois qu’un arbre est tombé là… a déjà été débité… C’est donc fréquenté !
Le vent semble avoir encore forci… une nuée approche, le ciel s’assombrit rapidement… Le temps de gagner la voiture et une bruine s’installe, me cinglant le visage au rythme des rafales… Des gouttes d’eau maculent la vitre, recouvrant le paysage d’un effet aquatinte. Cet épisode pluvieux clôt la quête de la source de la Lauvet, il est 16:25.
En repartant, je m’arrête à la sortie de Cuhem, l’envie de revoir le pont sous lequel coule vivement la Lauvet empressé de rejoindre le Surgeon… Suis maintenant à la limite de Fléchin ; je m’arrête au bord de la route, à l’entrée du chemin qui doit mener au champ où coule le Surgeon…
La carte confirme : j’entre dans « le Pré Warin », un fond de vallée, mais la Lauvet ne poursuit pas sa course éperdue à travers champ, elle a été contrainte de prendre un virage à 90°et de patienter un peu, avant de pouvoir se mêler au cours majeur.
Je ne peux m’empêcher d’aller jusqu’au Surgeon… voir son gabarit : il coule vivement derrière la ligne des arbres.
17H00 : je peux quitter ce cours d’eau avec lequel j’ai partagé un moment, entrant dans son monde fait de bois et de champs, pour le voir s’émouvoir, se précipiter ou s’étaler mollement…
J’ai comme l’impression de passer mon temps à détricoter le maillage que les habitants de ces lieux ont patiemment tissé, cherchant à dénouer les fils de l’eau de ce sous-bassin, en remontant leur cours, jusqu’à leur sources… levant, en quelque sorte, une partie du voile paysager qui recouvre le Surgeon et ses affluents.