12&14 septembre 2022 | Quernes : traquer la Lacquette au sortir du village

Lundi 12 septembre,

Rencontre chaleureuse avec Patrick Verwaerde, maire de Quernes, avec Philippe Muse, son 2e adjoint. Monsieur Verwaerde me présente un projet de ZEC en amont du village, sa main court sur le plan…
Je commence à connaître les lieux entre Estrée-Blanche et Witternesse, je situe bien l’endroit, me faudra aller voir sur place, jauger la situation !

Mes considérations sur la Lacquette réveillent des souvenirs de fossés, de rigoles et de sources qui se sont taries depuis, ou bien souffrent de la sécheresse.
Il est d’ici, alors des souvenirs d’enfance, il en a à partager…

Je lui parle de mon projet, marcher le long de la Lacquette, embarquer des gens du cru en octobre… Nous convenons de nous revoir, mercredi après-midi,15h. Il m’emmènera sur le terrain, me montrera, me racontera : hâte…
Ensemble, nous verrons des possibilités de longer la Lacquette, à travers champs ? En dehors des accès habituels, si possible.

En attendant, demain mardi, je prévois de me faire une première idée des lieux, carte en main…

Mardi 13 septembre,

Fabienne, du centre Labanque, m’accompagne. Elle a déjà participé, à plusieurs reprises, à mes explorations, aux tâtonnements qui sont de mise ou plutôt, aux piétinements qui nous font tâter du territoire, commenter le paysage que nous arpentons lentement, curieux de tout, happés par des détails, prompts à faire de détours, à nous engouffrer dans des interstices pour aller fouiner, ou tout simplement cueillir une fleur, bouloter des mûres…

Passer de la mairie à la rue de la Chapelle qui longe le moulin, enfin, la rivière-qui-est bordée-de-ce-bâtiment-imposant… Des travaux d’aménagement sont en cours. Une barrière de protection est posée tout au long de la berge. Un employé municipal débroussaille, « nettoie » comme on dit parfois (ce qui suppose que la « nature », c’est sale et/ou ça fait désordre).
La rue distribue les accès aux habitations, à gauche le cours d’eau est ponctué de passerelles d’accès, cette gestion au plus près de l’eau me surprend toujours dans le Pas-de-Calais, l’eau est canalisée de longue date, domestique.

Les berges sont aménagées, les propriétaires riverains ont souvent monté des protections aux parois abruptes, ces murs signalent l’importance du niveau d’eau de crue qui peut être atteint.

A l’angle d’un bâtiment, l’ouvrage de protection, en traverses de chemin de fer, est en train de s’affaisser ; de l’autre côté de la passerelle, le cours d’eau fait un coude, vient des champs… Un homme sort de la propriété, s’interroge sur le but de notre présence… Vite rassuré, il cause du niveau exceptionnellement bas de la Lacquette : « on voit les graviers de son lit ». Il évoque aussi les travaux de réfection de la protection de la berge à l’angle du bâtiment, il avoue être surpris que la sape se produise de ce côté du cours d’eau. « Là, en bas, à l’aplomb, il y a une belle truite qui se tient souvent là, mais on a dû la faire fuir » nous dit-il… C’est la vie du cours d’eau.

Nous poursuivons notre chemin ; de temps en temps, une trouée, une échappée paysagère : une barrière aménage l’entrée des prés, voir des bovins paître.
La rue a changé, la campagne s’annonce, avec des haies généreuses, envahies de houblons aux pompons écailleux en guirlandes…

Et puis, le pont, « le nouveau pont » comme il s’appelle, il a été refait cet hiver, je l’avais vu en travaux… Il signale le changement d’espace.


Maintenant, la vallée s’ouvre, encaissée, plutôt en berceau, fermée par l’autoroute des Anglais. C’est là que le projet de ZEC pourrait voir le jour. Au pied de l’autoroute, la station d’épuration, au-dessus, nous devrions y trouver les bassins de rétention des effluents autoroutiers qui sont notés sur la carte. Nous suivons des yeux le chemin qu’emprunte la Lacquette.

Approcher du pont, poursuivre de l’autre côté, en face, un chemin agricole longe le cours d’eau, un champ de maïs borde la coulée, les tiges sont très hautes, visiblement les plantes n’ont pas souffert du manque d’eau, sont mûres pour la récoltes. Sur notre gauche, je sais que la Lacquette est là, mais masquée par la végétation de berge. Pas d’arbres de haut jets encore mais une haie bien fournie, dominée par des ormes en devenir, une promesse qui n’aboutira pas si la graphiose sévit toujours.

On entend l’eau.

Et puis… la rivière apparaît, timidement.

En approchant l’autoroute, le son produit par le passage des véhicules trouble notre perception : à droite, un bosquet crée une ambiance charmeuse, bucolique : la rivière s’y faufile et finit par échapper à la vue.

L’image ne correspond pas… Intéressant.

Mais, ne nous y trompons pas, en sortant du chemin sinueux, un champ, a été récolté, laissant émerger des chaumes ; pentu, il dessine une courbe qui vient buter contre un autre espace boisé… Là, normalement, je devrais trouver le chemin qui va nous ramener au village… Les bruits de l’autoroute se sont imposés à nous ; à travers le rideau d’arbres, on aperçoit des camions qui défilent.

En remontant, sur la gauche, apparaît un des bassins de rétention : rempli de lentilles… ; au bout, surnageant, des bouteilles et des canettes ; l’autoroute est juste derrière.

Dépasser le bassin : celui-ci commence à prendre des allures de piscine, manque juste un plongeoir pour parfaire l’illusion. Une nouvelle contradiction ?

En bas, au-delà de la Lacquette, la station de traitement des eaux usées… Au-dessus, le tournoiement des éoliennes. Et puis la vallée, bien dessinée… J’y vois déjà la ZEC…

Fabienne a poursuivi, au-delà du chemin, pour voir ; je la rejoins : tracteur au loin, champ en continu… Retourner. Un arbre penché abrite quelques tiges de maïs qui ont échappé à la grande faucheuse. La scène fait image.

Retrouver le chemin qui nous ramène au village : il surplombe la vallée et nous suivons des yeux, à rebours, le passage de la Lacquette, les habitations le long de la rue… La vue résume la marche d’un mouvement des yeux.

Reprendre la marche : le bruit de l’autoroute s’estompe, les premières habitations s’annoncent, la campagne cède le pas à une ancienne ferme, à des friches en limite, à des fonds de jardin entraperçus au travers d’une haie, à de nouvelles percées vers la vallée…
Et rapidement, nous apercevons ce qui semble être la fin : on devine une rue, devrait nous ramènera au centre du village.

Fin de la boucle : déboucher sur la Grande Rue, à côté de la salle des fêtes, plutôt surpris d’arriver si proches de la mairie.

Ce circuit est déjà concluant, j’ai pu observer différents états de la Lacquette, en rapport avec la façon dont les gens la côtoient, vivent avec… Plus largement, ça questionne la gestion d’un cours d’eau, avant même de traverser un village. Là, on entre dans la politique de l’eau, des échelles de responsabilités, dans un cadre d’aménagement du territoire. Ne faudrait-il pas aborder l’addition des couches administratives qui impactent les rapports à la Lacquette ici, à Quernes ? Mmm, je pense que ce serait intéressant d’avoir une autre vision de la Rivière.

*

Après la pause pique-nique, avec Fabienne, nous poursuivons en aval : en direction de Witternesse.

En observant la carte, je vois bien que je ne trouverais pas de possibilités de longer la Lacquette, les habitations en interdisent l’accès…

Néanmoins, nous nous piquons d’en tenter l’approche, de la débusquer, voire même de la voir subrepticement, en nous avançant dans une coulée, quand une zone floue nous autorise…
J’entraîne Fabienne à traverser un bosquet, dans l’espoir de tomber sur la digue de l’ancien passage du chemin de fer, celui qui vient d’Estrée-Blanche. Le trait est net sur la carte. La Lacquette le coupe au milieu. Le maire de Quernes avait attiré mon attention en évoquant un pont qui s’y trouvait : « le pont de l’aiguille », nom hérité de l’ancienne présence d’un aiguillage sur la voie de chemin de fer arrivant de Fléchinelle…

Persévérants, nous perçons la friche ; nos tentatives se révèlent fructueuses : le cours d’eau coule en limite d’un pré et nous décelons le pont décrit par Patrick Verwaerde, d’une double arche il enjambe la Lacquette, me rappelle celui trouvé à Estrée-Blanche, quoique moins spectaculaire.
En regagnant la route qui va à Witternesse, au bout du talus de l’ancien chemin de fer, nous entrevoyons un autre pont, il enjambe un fossé, sec en ce moment… La végétation alentour ne nous trompe pas, l’eau doit abonder en hiver, sommes entrés dans la zone des marais de Witterenesse. Nous prenons le temps de l’observer, de passer de l’autre côté du merlon.

Ce moment signe la fin de l’expédition, sommes satisfaits de ce pas de côté et nous nous extirpons de cette friche pour aller retrouver Quernes en passant par Witternesse… Pas loin, tout compte fait ! Les villages se touchent.

*

De retour à Quernes, j’aimerais bien passer au moulin, mais le propriétaire n’est pas disponible aujourd’hui, j’essaierai demain après-midi, après la sortie de repérage avec Patrick Verwaerde. Monsieur le maire va me montrer des endroits où je ne saurais me rendre seul… voir les dessous de la Lacquette, à travers champs : il connait la géographie des lieux.

Samedi 10 septembre 2022 | Cheminer au plus près de la Lacquette, de Witternesse à l’Abbaye de Saint-André

Manières de se projeter : penser à la suite du projet (l’année prochaine).

La recherche de lieux proches de la Lacquette : ma relation au cours d’eau ne change pas, juste des points d’accès… comme celui de Longhem où, à la mi juillet, au cours d’une marche, j’avais invité le public à faire halte pour pique-niquer sur l’herbe d’un pré (16 juillet).

Dans un premier temps, pragmatique, je me restreins à une dizaine d’endroits à visiter sur le territoire de la communauté d’agglo.
L’environnement de la Lacquette se résume dès lors à la région de Blessy et Witternesse au nord-est, Quernes, Liettres jusqu’à la Tirmande en descendant vers le sud et Estrée-Blanche vers l’ouest…

*

Witternesse : le maire, Alain Ducrocq, m’a reçu vendredi ; avec son 1er adjoint – Frédéric Segard – nous avons confronté le résultat de mon repérage de la veille à leurs connaissances du terrain.

La ferme de Mongré pourrait-elle devenir un nouveau point d’accès avant l’Abbaye de Saint-André ? Semblerait que je puisse aussi longer la Lacquette à la sortie de Witternesse, après la dernière maison, en remontant un champ pour ensuite longer la haie ; elle borde le cours d’eau.

Ils m’expliquent que ce couloir serait accessible à la marche, il résulterait d’une pratique ancienne, l’usage était encore présent sur le cadastre napoléonien, un chemin reliait Aire-sur-la-Lys. Mais avec les modifications du parcellaire, « le chemin des prés » aurait été progressivement défait par les usages agricoles…

Resterait un passage jusqu’à Saint-Quentin…

Tester, voir s’il y a bien des chicanes aux limites de pâtures qui en autorisent la traversée !

*

Je me prends à caresser l’espoir de faire une boucle en regagnant Witternesse par la ferme de Mongré, ou même par l’Abbaye de Saint-André… et d’emprunter un chemin de traverse dans « le Beauroy » (un lieudit des champs) jusqu’à une voie qui me ramène dans le bourg de Witternesse.

Hum… Avec une telle circulation le long du cours d’eau, je m’imagine déjà trouver de nouveaux chemins sur ce territoire, comme entre Estrée-Blanche et Longhem ; ceux-ci reprendraient (peut-être ?) d’anciennes traversées que les gens utilisaient pour relier les hameaux, gagner la ville : des « chemins d’eau » !

Quoi de plus logique : suivre le flux de l’eau qui traverse les champs, les hameaux… Les routes d’une époque où la traversée des territoires était toute tracée, les transports de marchandises se faisant aussi sur l’eau, plus économique que de crapahuter à travers champs.

*

Retour sur site. Samedi. La pratique : face à la réalité du terrain, l’absence de sentier tracé, les berges talutées et embroussaillées, des clôtures retorses…

J’interprète le paysage que je traverse, reconnais l’endroit où j’ai croisé Georges, longeant malgré tout le cours d’eau, empruntant le passage d’un tracteur ; il suit lui aussi la limite dessinée par la Lacquette…

Croisant parfois d’étranges installations, là, le bouclier posé contre un arbre par je ne sais quel guerrier Masaï ; ailleurs, des autels dédiés à la faune sauvage ; de temps à autres, des marques de propriété ou le signe d’une présence : piquets, pneu… et des troupeaux paisibles de bovins qui me jaugent, intrigués, beuglant à l’occasion, comme pour informer les suivants de mon arrivée prochaine…

Suis entré dans la brousse qui s’étale entre les hameaux, des moments de quasi absence humaine ; la couleur des herbes sèches renforce cette impression, et l’eau s’écoule, paisible, indifférente.

Les méandres de la Lacquette me troublent, me déroutent, m’obligeant souvent à reconsidérer ma progression ; des clôtures stoppent mes enjambées, et je fouille, guette de l’œil, comme des pieds, le passage opportun…
Outrepasser, contourner, buter… La réalité de la campagne s’impose par la discontinuité des étendues, morcelées, différenciées, empêchant finalement la libre circulation, seule la rivière articule ces espaces, les traverse sans encombre, les irriguant ou les inondant – le talus me le rappelle…
Et je suis frustré, un peu jaloux de son cours nonchalant alors que je crapahute laborieusement, j’envie le canard ou le ragondin que j’aperçois de temps à autre…

Je dois apprendre à me diriger autrement, à accepter les détours, quittant les berges de la Lacquette pour contourner les obstacles, de mon pas lourd, terrestre…

Accepter de m’éloigner, sans pour autant totalement perdre de vue les marques discrètes de sa traversée des champs : longer une clôture, trouver un passage, la couture qui lie les prés, le passage réconcilié d’un tracteur avec un ancien chemin entre des saules blancs… et puis d’autres clôtures… d’autres champs… prendre le biais, coller de nouveau à la Lacquette.

Deux tiges de maïs m’émeuvent, grêles, seules rescapées du grand fauchage… Le sol mis à nu annoncerait-il la proximité d’une ferme ? Là-bas, sur l’autre rive, tapis derrière un bois : Mongré ?

Le film avance, le paysage change ; les espaces domestiqués, cultivés, reprennent le dessus ; la traversée d’un petit bois confirme la rupture : les marques imprimées des roues du tracteur dans la boue du chemin, et comme un avertissement, des objets étranges qui semblent me regarder passer… L’amorce d’un changement de monde.

L’abbaye de Saint-André apparaît sur la droite ; je retrouve des chemins connus : celui qui se prolonge au-delà la barrière, longe le cours d’eau jusqu’à atteindre le chemin de la Lacquette où j’avais rencontré Gérard Botrel (le 3 décembre 2021). Par là-bas, c’est quitter les champs pour les faubourgs d’Aire-sur-la-Lys, quitter le territoire de l’agglo.

Tourner à droite, traverser la Lacquette, le hameau de l’abbaye de Saint-André, outrepasser une barrière… et gagner la route qui me ramènera à Witternesse.

La route est hostile, pas de bas côté aménagés, les voitures m’affolent, je bifurque : tenter par la ferme de Mongré. Longer une haie sur la gauche, elle accompagne un fossé, et finalement buter sur une autre qui est renforcée de barbelés, aïe, frustration : des maisons sont toutes proches derrière, rageant… M’oblige à remonter sur la route…

C’est clair, je fatigue : vite ! Atteindre la première voie qui apparaîtra sur ma droite, j’entrerais dans Witternesse par un dédale de rues. Suivre les voies : un coup à droite, un coup à gauche… Traverser la Lacquette, et retrouver la rue qui me ramène enfinnn à la voiture !

*

Le cheminement n’aura pas été fluide… J’ai cru naïvement pouvoir accompagner la rivière, épouser ses mouvements ; j’ai dû m’en détacher à plusieurs reprises, sans pour autant totalement la perdre de vue, sauf à la fin, en rentrant par la route de Witternesse, la D186E1.
La fatigue a rendu moins supportable cette dernière séquence…
Stressante.
M’éloignant de la Lacquette.
Pas le choix.
Hum,

va falloir accepter les détours,
et trouver une forme d’économie
pour embarquer des gens…
à suivre les méandres du cours d’eau,
devenir un peu rivière…

Mardi 7 septembre 2022 | Reprendre pieds après la pause estivale…

Pas si facile les retrouvailles avec la Lacquette, 1 mois et demi, c’est long… Le temps d’oublier, de perdre le fil de l’eau ? Oui et non.

Avant mon retour dans le Pas-de-Calais , j’ai pu passer un temps sur la côte charentaise, prenant des bains : pas si anodins que ça…

Me plongeant dans une matière liquide qui me porte et m’enveloppe, elle résiste, mes mouvements sont ralentis mais, néanmoins, elle me procure une sensation de continuité : je l’observe, je m’observe à travers son épaisseur… La Lacquette est là, tapie, agissant à mon insu, me poussant à m’immerger, à éprouver son contact sensuel.

L’eau m’obsède-t-elle à ce point ?

En revenant à Béthune, je savais qu’il me faudrait faire le deuil des expéditions dans le bassin de la Lacquette : inaugurées en août 2021, une année s’est écoulée…

La résidence est au mitan, au point de bascule : les balades de juillet à Estrée-Blanche ont signé la fin de ces moments d’exploration qui m’ont tant réjoui, le temps des découvertes de mon objet d’étude.

L’été a peut-être eu cette vertu : me faire prendre la distance nécessaire pour pouvoir passer à nouvelle étape du projet…

Dorénavant, je privilégie des repérages d’emplacements susceptibles de devenir des étapes dans mes pérégrinations auprès de la Lacquette.

Quelques exercices pour se mettre en bouche :

  • reprendre et compléter le répertoire des personnes croisées qui m’ont permis d’explorer le bassin ;
  • marquer les emplacements sur la carte pour visualiser l’ensemble.

Prendre de la distance, c’est aussi quitter le terrain pour une vue abstraite de coordonnées.

Voilà que maintenant je joue au stratège, observant le théâtre des opérations à mener : commencer par restreindre le terrain au territoire de la communauté d’agglomération et viser des endroits où approcher le cours d’eau ou un de ses affluents…

Là… Witternesse, je scrute sur la carte des approches possibles, depuis le centre, près du moulin, puis à remonter vers Blessel. Le doigt suit la ligne bleu de la Lacquette… hésite, s’arrête, revient, repart… Il m’indique l’espace que je vais aller arpenter.

Sortir de logement pour retrouver le terrain, me frotter à l’étendue du paysage, à hauteur d’œil, pas à pas.

*

Witternesse : l’impasse du centre, puis remonter, où plutôt descendre le cours de la Lacquette vers Blessel ; la carte m’indique un cheminement possible entre des propriétés ; je m’avance, rebrousse chemin au besoin, scrute des accès possibles au cours d’eau, visibles/pas visibles ? évaluant la demande d’entrer dans une propriété…

A l’amorce d’un virage, je devine la présence toute proche de la rivière, hélas, une barrière métallique m’interdit l’approche…

Après la maison, la dernière de la rue, un champ, mais pas de sentier pour m’y aventurer… J’hésite et passe mon chemin.

Reprendre la voiture et me rendre un peu plus loin. Avant Blessel, un virage serré : s’en échappe un chemin agricole. La carte m’a bien renseigné !

Avancer, prudemment, et finir par s’arrêter au bout de quelques centaines de mètres chaotiques : à pieds, ça me semble plus sûr.

Tâtonnant, butant sur une barrière, j’examine la carte pour évaluer la situation ; un homme providentiel apparaît : il promène son chien.

Chance, comme souvent, quelqu’un apparaît.

Georges qu’il se prénomme. Il est enclin à m’informer des possibilités d’accès au Madi de Blessel. Il évacue les difficultés apparentes : la barrière, pas un problème, on contourne… De son côté, le chien tire puissamment sur la laisse, les odeurs l’affolent, il est à son affaire – ne s’encombre pas de nos échanges -, l’animal s’enfonce dans l’herbe, semble même disparaître tant il s’aplatit, le museau avide de sensations, fouille, renifle bruyamment…

Georges m’initie au local, au foisonnement des noms des propriétaires et de la géographies des parcelles : en face, le Madi apparaît, enfin ! Le pré s’en va sur la droite, le cours d’eau suit, l’inverse serait plus juste : je prends note.
Il connait l’agriculteur, le filleul de sa femme pourrait m’introduire, faciliter la prise de contact, il est adjoint au maire à Witternesse. Super ! Voilà qui est de bon augure, ça m’arrange bien.

En s’en retournant, Georges m’explique que la ruine sur notre gauche était un bâtiment d’exploitation d’une cressonnière : en effet, d’anciens bassins apparaissent. Il semble tout connaître d’ici… Les champs et les bois deviennent les pages d’un livre qu’il commente avec force détails, comme ces lignes de saules et les sentiers que j’aperçois à mesure qu’il m’explique, en chef d’orchestre, d’un doigt labile qui bat souplement la mesure d’une pastorale.

Et maintenant, il va poursuivre sa balade… Avant de me laisser, il m’indique un passage à droite, à travers un pré : un raccourci pour le retour, la voiture passera… Mmm, j’hésite…

Peu après, il réapparait, a oublié de me signaler que dans le virage, à gauche, à travers le pré, ça me mènera tout droit à la Lacquette : « tu peux y aller avec ta voiture (Georges tutoie), pas de problème ; tu vois au loin, derrière les saules, des piquets de clôture, la Lacquette passe là-bas. »

C’est entendu, trop content… mais la prudence m’enjoint d’y aller à pieds ; lui, s’en retourne à nouveau… le chien, qui n’est pas chien, ne dit rien, ou plutôt ne manifeste aucune impatience : il se contente de fouiner, renifler, et tire un peu sur sa laisse.

Au loin, je devine le cours d’eau, il est taluté, les herbes sont plus hautes, quelques arbres font office de ripisylve… Et derrière… je sais que la rivière sera là.

Super : deux emplacements possibles, proches, et la promesse d’un accès facilité avec l’aide de la mairie.

Demain, c’est sûr, je file à la permanence de Frédéric Ségard. Georges m’y a encouragé, après, ce sera trop tard, il part en congé…

Cette sortie est fructueuse, la reprise est pleine de promesses… Plus qu’à se rapprocher de la mairie et solliciter une aide, ce sera déterminant dans la poursuite de mes recherches d’emplacements à proximité de la Lacquette.