Lundi 12 septembre,
Rencontre chaleureuse avec Patrick Verwaerde, maire de Quernes, avec Philippe Muse, son 2e adjoint. Monsieur Verwaerde me présente un projet de ZEC en amont du village, sa main court sur le plan…
Je commence à connaître les lieux entre Estrée-Blanche et Witternesse, je situe bien l’endroit, me faudra aller voir sur place, jauger la situation !





Mes considérations sur la Lacquette réveillent des souvenirs de fossés, de rigoles et de sources qui se sont taries depuis, ou bien souffrent de la sécheresse.
Il est d’ici, alors des souvenirs d’enfance, il en a à partager…
Je lui parle de mon projet, marcher le long de la Lacquette, embarquer des gens du cru en octobre… Nous convenons de nous revoir, mercredi après-midi,15h. Il m’emmènera sur le terrain, me montrera, me racontera : hâte…
Ensemble, nous verrons des possibilités de longer la Lacquette, à travers champs ? En dehors des accès habituels, si possible.
En attendant, demain mardi, je prévois de me faire une première idée des lieux, carte en main…
Mardi 13 septembre,
Fabienne, du centre Labanque, m’accompagne. Elle a déjà participé, à plusieurs reprises, à mes explorations, aux tâtonnements qui sont de mise ou plutôt, aux piétinements qui nous font tâter du territoire, commenter le paysage que nous arpentons lentement, curieux de tout, happés par des détails, prompts à faire de détours, à nous engouffrer dans des interstices pour aller fouiner, ou tout simplement cueillir une fleur, bouloter des mûres…

Passer de la mairie à la rue de la Chapelle qui longe le moulin, enfin, la rivière-qui-est bordée-de-ce-bâtiment-imposant… Des travaux d’aménagement sont en cours. Une barrière de protection est posée tout au long de la berge. Un employé municipal débroussaille, « nettoie » comme on dit parfois (ce qui suppose que la « nature », c’est sale et/ou ça fait désordre).
La rue distribue les accès aux habitations, à gauche le cours d’eau est ponctué de passerelles d’accès, cette gestion au plus près de l’eau me surprend toujours dans le Pas-de-Calais, l’eau est canalisée de longue date, domestique.


Les berges sont aménagées, les propriétaires riverains ont souvent monté des protections aux parois abruptes, ces murs signalent l’importance du niveau d’eau de crue qui peut être atteint.

A l’angle d’un bâtiment, l’ouvrage de protection, en traverses de chemin de fer, est en train de s’affaisser ; de l’autre côté de la passerelle, le cours d’eau fait un coude, vient des champs… Un homme sort de la propriété, s’interroge sur le but de notre présence… Vite rassuré, il cause du niveau exceptionnellement bas de la Lacquette : « on voit les graviers de son lit ». Il évoque aussi les travaux de réfection de la protection de la berge à l’angle du bâtiment, il avoue être surpris que la sape se produise de ce côté du cours d’eau. « Là, en bas, à l’aplomb, il y a une belle truite qui se tient souvent là, mais on a dû la faire fuir » nous dit-il… C’est la vie du cours d’eau.

Nous poursuivons notre chemin ; de temps en temps, une trouée, une échappée paysagère : une barrière aménage l’entrée des prés, voir des bovins paître.
La rue a changé, la campagne s’annonce, avec des haies généreuses, envahies de houblons aux pompons écailleux en guirlandes…



Et puis, le pont, « le nouveau pont » comme il s’appelle, il a été refait cet hiver, je l’avais vu en travaux… Il signale le changement d’espace.


Maintenant, la vallée s’ouvre, encaissée, plutôt en berceau, fermée par l’autoroute des Anglais. C’est là que le projet de ZEC pourrait voir le jour. Au pied de l’autoroute, la station d’épuration, au-dessus, nous devrions y trouver les bassins de rétention des effluents autoroutiers qui sont notés sur la carte. Nous suivons des yeux le chemin qu’emprunte la Lacquette.
Approcher du pont, poursuivre de l’autre côté, en face, un chemin agricole longe le cours d’eau, un champ de maïs borde la coulée, les tiges sont très hautes, visiblement les plantes n’ont pas souffert du manque d’eau, sont mûres pour la récoltes. Sur notre gauche, je sais que la Lacquette est là, mais masquée par la végétation de berge. Pas d’arbres de haut jets encore mais une haie bien fournie, dominée par des ormes en devenir, une promesse qui n’aboutira pas si la graphiose sévit toujours.


On entend l’eau.

Et puis… la rivière apparaît, timidement.

En approchant l’autoroute, le son produit par le passage des véhicules trouble notre perception : à droite, un bosquet crée une ambiance charmeuse, bucolique : la rivière s’y faufile et finit par échapper à la vue.
L’image ne correspond pas… Intéressant.
Mais, ne nous y trompons pas, en sortant du chemin sinueux, un champ, a été récolté, laissant émerger des chaumes ; pentu, il dessine une courbe qui vient buter contre un autre espace boisé… Là, normalement, je devrais trouver le chemin qui va nous ramener au village… Les bruits de l’autoroute se sont imposés à nous ; à travers le rideau d’arbres, on aperçoit des camions qui défilent.
En remontant, sur la gauche, apparaît un des bassins de rétention : rempli de lentilles… ; au bout, surnageant, des bouteilles et des canettes ; l’autoroute est juste derrière.
Dépasser le bassin : celui-ci commence à prendre des allures de piscine, manque juste un plongeoir pour parfaire l’illusion. Une nouvelle contradiction ?
En bas, au-delà de la Lacquette, la station de traitement des eaux usées… Au-dessus, le tournoiement des éoliennes. Et puis la vallée, bien dessinée… J’y vois déjà la ZEC…


Fabienne a poursuivi, au-delà du chemin, pour voir ; je la rejoins : tracteur au loin, champ en continu… Retourner. Un arbre penché abrite quelques tiges de maïs qui ont échappé à la grande faucheuse. La scène fait image.

Retrouver le chemin qui nous ramène au village : il surplombe la vallée et nous suivons des yeux, à rebours, le passage de la Lacquette, les habitations le long de la rue… La vue résume la marche d’un mouvement des yeux.
Reprendre la marche : le bruit de l’autoroute s’estompe, les premières habitations s’annoncent, la campagne cède le pas à une ancienne ferme, à des friches en limite, à des fonds de jardin entraperçus au travers d’une haie, à de nouvelles percées vers la vallée…
Et rapidement, nous apercevons ce qui semble être la fin : on devine une rue, devrait nous ramènera au centre du village.









Fin de la boucle : déboucher sur la Grande Rue, à côté de la salle des fêtes, plutôt surpris d’arriver si proches de la mairie.
Ce circuit est déjà concluant, j’ai pu observer différents états de la Lacquette, en rapport avec la façon dont les gens la côtoient, vivent avec… Plus largement, ça questionne la gestion d’un cours d’eau, avant même de traverser un village. Là, on entre dans la politique de l’eau, des échelles de responsabilités, dans un cadre d’aménagement du territoire. Ne faudrait-il pas aborder l’addition des couches administratives qui impactent les rapports à la Lacquette ici, à Quernes ? Mmm, je pense que ce serait intéressant d’avoir une autre vision de la Rivière.
*
Après la pause pique-nique, avec Fabienne, nous poursuivons en aval : en direction de Witternesse.
En observant la carte, je vois bien que je ne trouverais pas de possibilités de longer la Lacquette, les habitations en interdisent l’accès…
Néanmoins, nous nous piquons d’en tenter l’approche, de la débusquer, voire même de la voir subrepticement, en nous avançant dans une coulée, quand une zone floue nous autorise…
J’entraîne Fabienne à traverser un bosquet, dans l’espoir de tomber sur la digue de l’ancien passage du chemin de fer, celui qui vient d’Estrée-Blanche. Le trait est net sur la carte. La Lacquette le coupe au milieu. Le maire de Quernes avait attiré mon attention en évoquant un pont qui s’y trouvait : « le pont de l’aiguille », nom hérité de l’ancienne présence d’un aiguillage sur la voie de chemin de fer arrivant de Fléchinelle…


Persévérants, nous perçons la friche ; nos tentatives se révèlent fructueuses : le cours d’eau coule en limite d’un pré et nous décelons le pont décrit par Patrick Verwaerde, d’une double arche il enjambe la Lacquette, me rappelle celui trouvé à Estrée-Blanche, quoique moins spectaculaire.
En regagnant la route qui va à Witternesse, au bout du talus de l’ancien chemin de fer, nous entrevoyons un autre pont, il enjambe un fossé, sec en ce moment… La végétation alentour ne nous trompe pas, l’eau doit abonder en hiver, sommes entrés dans la zone des marais de Witterenesse. Nous prenons le temps de l’observer, de passer de l’autre côté du merlon.


Ce moment signe la fin de l’expédition, sommes satisfaits de ce pas de côté et nous nous extirpons de cette friche pour aller retrouver Quernes en passant par Witternesse… Pas loin, tout compte fait ! Les villages se touchent.
*
De retour à Quernes, j’aimerais bien passer au moulin, mais le propriétaire n’est pas disponible aujourd’hui, j’essaierai demain après-midi, après la sortie de repérage avec Patrick Verwaerde. Monsieur le maire va me montrer des endroits où je ne saurais me rendre seul… voir les dessous de la Lacquette, à travers champs : il connait la géographie des lieux.









































































