Lundi 11 avril 2022 | Le géologue, l’artiste et la rivière : une promenade animée

9h40, je reçois Daniel, me dit qu’il a été prof de SVT, je l’attends avec mes questions sur la géologie du bassin, en lien avec le régime des eaux de la Lacquette…

En quête d’apaisement après la journée du 10 avril… Avant de prendre la route, entamer notre conversation à Labanque, une carte sous les yeux : on pose les bases de la sortie, l’orientation de nos échanges…

« Les moines ont défriché et assaini tout le bas pays », me dit Daniel. Pour ça qu’il y a plein de canaux… C’était fertile, riche en matière organique… Ici, on est conscient que l’eau est une grande caractéristique de ce territoire.

Il avait fait un diaporama pour présenter les enjeux de l’eau au conseil de développement de la CABBALR ; il me l’enverra. Il évoque aussi le programme européen « Water for Tomorow », auquel il participe, un projet pour se prémunir des sécheresses en France et en Angleterre. Je le sens critique sur la méthode, sur la réduction d’une nappe à un réservoir d’eau ; pour lui, faut la penser plus largement, à toute les composantes qui l’accompagnent, la conditionnent et interagissent…

Il évoque ce fonctionnement particulier d’ici, les puits artésiens sont des indicateurs de l’état de la nappe de la craie : « si le débit des puits baisse, c‘est signe que la nappe baisse, et ça entraîne une dégradation de la dénitrification naturelle normalement assurée par les micro organismes. » Ça impacte la qualité des eaux pompées pour alimenter les réseaux d’eau potables…

Joindre les explications au terrain : temps d’y aller !…
Direction Aire-sur-la-Lys, au fossé de dérivation de la Lacquette rejoignant la Laque, celui-ci longe la D943…
Entrons à gauche dans les Pâtures d’Aire par le premier chemin trouvé. Un peu cabossé, je roule doucement ; observons par la fenêtre, arrêts fréquents… 11h50, arrêt plus long, sommes au croisement de deux fossés, celui qui longe la digue est bien vif, clair ; néanmoins, Calitriche dans l’eau me dit Daniel, « pas bon signe, trop de nitrates », pourtant à part des prés pour les bovins, pas d’activités soutenues ici.

A la perpendiculaire, arrive l’eau de l’autre fossé, enfin, arrive c’est vite dit… Nous devisons un temps sur le mouvement de l’eau ; Daniel finit par envoyer une feuille, semble pas trop bouger, le vent ride l’eau… Le mouvement doit être très lent, toutefois on devine bien qu’à certains moments l’eau doit s’écouler franchement, dépend de la saison et de la pluviométrie.
Tout est connecté ici !

De l’autre côté de la digue, un autre fossé coule parallèlement, de vieux saules blancs habitent la berge ; l’eau stagne, couverte d’algues ; pour lui, un signe d’eutrophisation du milieu…
Je lui dis avoir déjà pris ce chemin avec Alfred et Michel et, de l’autre côté, doit y avoir un fossé qui sert un élevage d’écrevisse. Il est surpris.

J’évoque des problèmes qu’on a vers chez moi, dans l’Ouest, dans des zones de marais, avec le développement intempestif de cette espèce américaine, une échappée d’élevages… A cette évocation de dysfonctionnement des milieux, nous parlons des espèce invasives, Daniel me rapporte l’histoire du problème issu du développement de l’hippopotame en Colombie, un tristement célèbre narcotrafiquant l’avait introduit pour l’agrément… Connaissais pas.
Aujourd’hui, les autorités locales se trouvent confrontées à l’incidence majeure de l’espèce dans le milieu (+ de 500 ?) ; les écologistes se retrouvent devant un dilemme, une double contrainte : devoir éradiquer une espèce introduite avec l’impossibilité de tuer des êtres vivants… En attendant l’hippopotame prolifère et notre espèce en est la cause. C’est le brassage planétaire que Gilles Clément juge inéluctable, un fait dont nous sommes les accélérateurs, à l’échelle planétaire…

En poursuivant jusqu’au bout du chemin, je comprends ma méprise, lorsque j’étais venu ici, c’était à la tombée de la nuit et nous (avec Alfred et Michel) étions passés à travers champ. Pas d’issue. Faudra faire demi-tour.

Mais d’abord, prenons le temps d’examiner l’endroit à 360° : vers le bout du chemin, c’est l’impasse, la prairie, des canaux qui interdisent de traverser ; une petite digue embroussaillée qui semblerait nous autoriser à remonter à pieds ; à gauche, un étang, autour, une prairie non fauchée, avec son allure hivernale, hérissée de tiges d’herbe blanchies par la saison écoulée, des trognes de saules, taillées à ras ; un lièvre circule, pas paniqué mais peut-être empêché par les canaux et les clôtures, il s’éloigne tranquillement mais finit par s’activer à nos mouvements… ; à droite, une cressonnière en activité, aux fossés bâchés, partiellement ou découverts, et puis une autre…, plutôt abandonnée, non…, pas totalement, des abris sommaires de chasse : des caches… 1,2,3, disposées le long d’un grand fossé.

Nous dérangeons des canards. Envols.
Des oiseaux nous intriguent, semblent pas bouger…
Au loin, un héron passe…
« Daniel, au fond, on dirait des leurres ».
Une confirmation de l’usage du site.
Mais au milieu…, ces formes noires et blanches ne ressemblent décidément pas à des canards… mystère.

Doit être vers 12h45, Daniel finit par se lancer, trop envie de se rendre compte : effectivement, ce sont aussi des leurres, plantés là, au milieu, dans l’herbe, on dirait bien des formes de vanneaux.
Un cormoran passe au-dessus.
J’aperçois de nouveau notre lièvre ; suis de plus en persuadé qu’il est entravé dans ses déplacements, alors il va et vient…

L’eau coule vivement dans le fossé, les plantes aquatiques ondulent au fond, il y a du débit et une profondeur non négligeable. Daniel n’est pas surpris, moi, toujours !
Me dit de regarder les puits artésiens dans les bassins, et d’imaginer : si tu les additionnes tous, on finit par arriver à un vrai ruisseau… et pareillement avec les résurgences des collines de l’Artois : la Lacquette…
Mais pas de pertes d’eau par infiltration ici, impossible d’après lui, les conditions mêmes des résurgences artésiennes l’interdisent… Une couche imperméable met l’eau de la nappe de la craie sous pression.

Pause. Déjeuner à l’entrée d’Aire-sur-la-Lys, enfin, plus précisément au Mardyck, collé à l’ancienne piscine à ciel ouvert, je ne pouvais pas faire moins… Rester dans l’ambiance. J’en profite pour montrer les bassins à Daniel.

Avant de quitter l’endroit, je jette un œil par la fenêtre et joie, un beau point de vue sur les bassins.

Vers 15h, arrivons sur Longhem ; là, il reconnaît le passage d’un chemin de randonnée, la via Francigena, m’explique que c’est une ancienne voie romaine qui part d’Angleterre et va jusqu’en Italie, une voie de pèlerinage, comme celle de Compostelle. Il est déjà venu par là se balader, empruntant le chemin, doit remonter vers Liettres, à moins que ce soit le château de Créminil ?

La Via Francigena, ou « Voie des Français », est un réseau de routes et chemins de pèlerinage empruntés par les « roumieux » : pèlerins venant de France pour se rendre à Rome. La popularité moderne des chemins de Saint–Jacques a contribué à la renaissance de la Via Francigena sur un mode qui mêle, comme pour Saint–Jacques, la foi, la randonnée et le tourisme.

Je lui parle de l’arrivée du Cavin de la Tirmande, le ruisseau qui passe sous le pont du village… Il est à côté, Daniel se laisse embarquer, c’est parti pour un détour à longer la Lacquette.

Descendre au niveau du pont caché de la voie Francigena, suivre le fil de l’eau vers l’amont.
Je retrouve le trio de canards de barbarie ; sont toujours au même endroit, ils doivent avoir élu domicile ici, la berge est piétinée, des plumes parsèment le sol… A peine dérangés, juste gardé leur distance, calés au pied de l’autre berge.

Nous voici aux saules blancs : présentations.
Noter combien ils sont creux et toujours bien vivants, comme nombre de saules que je vois dans la région.

Daniel se lance à m’expliquer le principe qui les anime, ce qui est vivant et ce qui est mort, où réside ce qui les maintient en vie sous l’écorce… J’ai réveillé le prof : me dessine sur le carnet, pointe l’écorce, la manipule, un fragment tombe, me dit que c’est normal, que la poussée de croissance peut finir par « expulser » des plaques, « tu vois cette ligne, avec sa couleur plus foncée, c’est le cambium », il est le siège de la croissance qui se traduit dans l’augmentation du diamètre de l’arbre, de la circulation de la sève brute d’un côté et de la sève élaborée de l’autre…

A mesure que l’aubier devient duramen, dans le creux de l’arbre, le bois se dégrade progressivement, il reste cette enveloppe… toujours vivante, tant que le cambium n’est pas affecté… l’arbre peut continuer à se développer et vivre longtemps…

Je demande à Daniel s’il accepte que je le prenne en photo dans l’un d’eux, il a pris des allures de cabane…
L’arbre est saisissant, jusqu’à son houppier qui est envahi de lierre, nous laisse imaginer une cabane là-haut ; enfant, on se dit qu’on aurait aimé…

Au loin, cri d’un faisan, de autre côté : envol.

Daniel fait un commentaire sur la vallée, elle lui plait visiblement, potentiellement de formation glacière… Me parle de la géologie du lieu, trahie par la couleur des terres en face, de l’autre côté, où la craie pointe…

Doit être vers 16h, après une courte négociation, on poursuit notre cheminement sur la voie Francigena, nous remontons de l’autre côté de la vallée…
Déboussolés un temps quant au village sur le côté, quant au château en face… nous finissons par tomber d’accord, c’est bien Liettres ici, Créminil est à gauche. Sont étonnamment proches l’un de l’autre.

La ligne d’habitations s’étend le long de la route.
Nous sommes à l’arrière, aux sorties côté jardins.
Surprise, marchons maintenant dans une allée d’érables, assez inattendu…
Un objet décalé, sans fondement urbain.
Daniel me montre un panneau, voilà une explication : la légende explique la raison de cette allée, et une partie de cricket ! Saugrenu, non ?
Il est écrit que le cricket serait née ici, à Liettres, en 1478 !… Et pour célébrer cette naissance dans les Flandres, le club de cricket de Lille a organisé le premier Liettres Challenge 1478, en septembre 2015… Une compétition internationale de cricket qui se tient tous les ans à Liettres ! Ce tournoi rassemble deux pays concernés par la naissance du cricket : la France, la Belgique. 

La plus ancienne mention du monde connue se rapportant à ce sport date d’octobre 1478, dans une lettre aujourd’hui conservée aux Archives Nationales ! Une lettre de doléances envoyée au roi de France Louis XI, mentionnant une mort accidentelle survenue à Liettres, pendant une partie de « criquet ». Le cricket aurait été effectivement inventé en Flandres, au Moyen-Age (Liettres, dans l’actuel Pas-de-Calais, faisait partie du comté de Flandres). Il aurait traversé la Manche pour s’implanter en Angleterre du Sud.

La marche nous a libéré des humeurs, surtout après la journée d’hier…, elle apaise tout en stimulant l’observation. La pensée qui s’est faite vagabonde, nos échanges n’en sont que plus animés…

Quittons l’habitat plus récent de Liettres en direction d’Estrée-Blanche, le village tend à s’étirer, le vide des champs va-t-il être comblé ? Normalement non, me dit Daniel, les règlements l’interdisent maintenant, on arrête l’extension à tout crin, l’étalement urbain consommateur d’espace, l’imperméabilisation des sols, ce qui oblige les municipalité à toujours plus d’équipements coûteux pour raccorder les nouveaux arrivants aux réseaux d’eau, électriques…

16h30, nous marchons le long de la route, jusqu’à Créminil – poule faisane morte à l’entrée…
Descendre l’allée menant au château.
Daniel est venue ici, mais n’avait pu entrer dans le château ; prudemment nous empruntons à droite le chemin qui longe le fossé…
Le couple aperçu sur la route venant d’Estrée-Blanche est arrivé et s’engouffre sous les arbres séculaires ; derrière eux, la barrière et les moutons de Rémy Ammeux : « on se croirait dans le Devon » me dit Daniel.

Derrière le château, la vue sur la cour, ouverte sur le parc ; une cage attire notre attention, un rat musqué est pris au piège, paniqué à notre approche, il se jette dans notre direction… Je sens Daniel tenté d’ouvrir la cage. La prolifération des rats musqués et des ragondins minent les digues, visiblement une préoccupation du châtelain… Je n’apprécie pas, ça me rappelle le Lac de Grand-Lieu avec le piégeage des ragondins où il est devenu endémique.
Battre la campagne rend compte de rapports parfois brutaux avec les espèces qui vivent autour de nous, flore comprise…

Bifurquons vers la Lacquette : bah, raté, c’est pas elle.. juste un fossé qui semble dessiner une boucle : une île ?

Le groupe de platanes qui avait été planté là semble exténué, trop contraint ? Les arbres se sont repoussés les uns les autres au risque de chuter, à moins… qu’ils finissent par marcotter un jour ?

Indéniablement, l’arrière du château évoque un ancien parc, à l’anglaise sans doute, abandonné aujourd’hui, seuls quelques grands sujets et cet îlot en seraient témoins.

La Lacquette, un peu plus loin. Suivre la berge. Nous nous arrêtons sur des plantes, nous interrogeant sur les espèces, en repérons une, à belles fleurs jaunes; nous faisons des suppositions et, après vérification sur le smartphone, le verdict : c’est un tussilage.

Tout aussitôt… une belle surprise ! J’exulte. En face, une forte arrivée d’eau : une source pas loin ?… Un gain pour la rivière.

En scrutant à travers la végétation de l’autre côté de la berge, force est de reconnaitre que oui, et elle doit être juste là, derrière !
Visiblement, je ne pourrais pas y accéder facilement, un grillage sépare le bosquet d’un champ… Doit être à Rémy Ammeux, une piste…
Me souviens que l’éleveur m’avait raconté qu’enfant il allait jouer dans une source pas loin de la ferme. C’était resté assez vague, mais je m’étais promis d’aller le voir pour qu’il m’y mène… Je sens qu’il va être temps ! Une sortie à envisager…

Daniel me redit combien la Lacquette doit être nourrie de nombreuses sources tout au long de son cheminement, heu… ruissellement !

Décidément, faut se le répéter, le cours d’eau est bien le fruit de multiples apports. La source, comme lieu de l’origine d’un cours d’eau est une légende… une facilité conceptuelle qui nous rassure peut-être : un début… une fin.

En revenant vers notre chemin d’accès, détour par la population de platanes qui a été bien diminuée ; leur empreinte, encore fraîche, se manifeste par d’énormes souches bien arasées…
Daniel me remontre les cernes des arbres qui avaient été… ; me montre sur une de ces souches, l’arbre a enregistré les saisons, bonnes ou mauvaises, et il pointe le cambium qui nourrit la croissance de l’arbre.
Saisissant de se redire combien la vie de l’arbre si imposant qu’on voit à côté repose sur pas-grand-chose : cette mince couronne, siège de la circulation de la sève…
A ce propos, je lui parle de la technique utilisée par certains jardiniers pour faire mourir un arbre : tu incises cette couronne, ça coupe l’approvisionnement de l’arbre qui finit par mourir…
L’intérieur de l’arbre est un lent processus de formation du bois, celui même qu’on utilise pour nos besoins en construction ou en menuiserie. C’est ce duramen qui lui permettre de toujours se tenir debout, aussi haut, continuer à croître et de pouvoir étendre son feuillage en quête de lumière… L’arbre est un géant… mais qui ne doit masquer pour autant la forêt des plantes qui ont développé d’autres modes de vie et de stratégies pour atteindre la lumière nécessaire à leur développement.

Un cerisier a été coupé non loin… Daniel compte les cernes, il n’avait qu’une vingtaine d’année…

Quitter le parc, Daniel est intéressé d’aller à la source de la Lacquette, pas pressé de rentrer, le soleil brille toujours, alors continuons, profitons !
17h30, regagner la voiture. Le pas se fait plus vif… En retrouvant le véhicule, il se rend compte qu’il a n’a plus son échappe…
Surpris, il cherche, fouille, dans sa tête aussi… Rien, peut-être l’a-t-il oubliée au restaurant en sortant de table ? Ou bien… pendant notre sortie ?
Bon, pas grave, me dit-il. Continuons.

Se diriger vers Estrée-Blanche, Fléchinelle… remonter le Surgeon. Je me trompe de route, poursuivant vers Cuhem… Un tropisme visiblement, j’aime passer dans ce coin, pas grave…
Plus loin, retrouver la direction de Bomy… Groeuppe… et la source.

Daniel descend voir, je le regarde aller. On regarde, on apprécie l’endroit, et hop, je l’embarque pour la fontaine Sainte-Frévisse, bientôt 18h.
Je devine l’endroit depuis la route, mais impossible de tourner vers le fond de vallée…
Passage obligé par Bomy.
Là aussi, je cède le pas et le laisse découvrir.

Il regarde la résurgence, jauge le débit et le lit imperméable qui a permis cette arrivée d’eau, elle s’écoule vivement vers la Lacquette un peu plus bas.
Derrière, au loin, les collines : « tu vois, là c’est là que s’alimente la Lacquette, la craie affleure et facilite l’infiltration, ces collines sont la recharge de la nappe. »

Regarder les arbres qui surplombent la fontaine ; là, un frêne ; à côté, un hêtre… Une façon de reconnaître qui sont les voisins… qui habite là.
Mais derrière, dans le champ, une plantation nous laisse dans l’expectative, toujours la même espèce, mais on ne sait pas… Pas du fruitier, mais alors quoi ?… On sèche, on sait bien qu’ils n’ont pas été planté là pour le décor, mais pour le rapport…

Cette fois, c’est le chemin du retour…
En passant à Longhem, près du pont, une forme au sol, nous fait penser à un animal écrasé…
Daniel exulte : « mais, on dirait mon écharpe ! »
Un arrêt s’impose, il sort…
Revient, écharpe en main !…
« Je ne comprends pas comment elle a atterri ici ? »
Il a beau faire l’examen mental des possibles, il butte toujours ; semble pas y avoir d‘explication rationnelle…
Un peu énigmatique cette affaire : on n’est jamais venu par là, ni avant ni après notre balade sur la voie Francigena… Hmmm

Nous repartons vers Béthune amusé du trouble provoqué par la disparition/réapparition de l’écharpe… un coup de la Lacquette sans doute, nous a joué un tour !

Avant de nous séparer, causer de la rivière, de cette entité qui ne peut se résumer à l’eau, à cette surface qui ruisselle, à une ressource…
Quelques considérations sur le vivant : il me semble que nous devons reconsidérer notre approche, notre relation aux cours d’eaux ; évoquer la Loire et le cours du Whanganui en Nouvelle Zélande dont les Maoris ont obtenu un statut juridique en 2017*.

A cette évocation, je dis combien, communément, nous accordons difficilement un statut d’êtres vivants aux végétaux, sauf aux géants que sont les arbres. Daniel rappelle alors que si nous leur accordons cette importance, c’est aussi dans la reconnaissance qu’ils sont au sommet de la hiérarchie évolutive du monde végétal. Encore une forme d’anthropocentrisme… puisque nous les jaugeons à l’aune de notre supériorité évolutive.

Décidément cette sortie dans le bassin de la Lacquette a nourri des considérations parfois inattendues, nous faisant faire des détours par rapport à notre objectif de départ… tout en gardant les pieds sur terre :
la marche a décidément du bon !…

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*En Nouvelle-Zélande, le Whanganui , qui avec ses 290 kilomètres est le troisième plus long cours d’eau de l’archipel, a été reconnu fleuve sacré des Maoris, la population originelle des îles des antipodes. En 2017, après un siècle et demi de combat, le fleuve sacré Whanganui a acquis un statut juridique, validé par le parlement de Nouvelle Zélande, qui lui reconnaît la qualité d’« être vivant unique ».

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Concernant le texte écrit sur le panneau vu à Liettres, à propos de la voie Francigena : « Parmi les différents itinéraires vers Rome, celui de Sigéric est souvent mis en avant sur la Via Francigena : Sigéric était un évêque de Canterbury qui s’est rendu à Rome en 990 pour recevoir du pape le pallium, insigne de sa charge épiscopale. La liste de ses étapes quotidiennes nous est parvenue, et c’est un des documents les plus anciens attestant un trajet de pèlerinage vers Rome par la Voie des Français. »

Dimanche 20 mars 2022 | Retourner à Aire-sur-la-Lys, en finir avec le bras de décharge de la Lacquette : trouver le moulin

Didier Vivien passe me chercher : m’emmène de nouveau sur Aire… Entre retour sur ses souvenirs des lieux et retrouvailles avec la Lacquette.


Rituel : en me remontrant le passage du Mardyck à l’entrée de la ville, regard sur l’ancienne piscine, hissé sur un banc. Le lieu, toujours fermé, m’oblige a être voyeur…

L’ami Didier poursuit, m’emmène rue du Mardyck, au pont, le ruisseau coule, large, canalisé, domestique…

Pas loin, la Lacquette nous arrive de l’allée des Marronniers, droite, disciplinée, mais fort amaigrie, j’avais déjà été frappé lorsque je l’avais vue avec Fabienne, sous la pluie, fin octobre 2021…
De l’autre côté du pont, redevient comme un ruisseau qui s’enfonce dans une friche échevelée… Plus sauvage.

Même impression qu’avant, mais plus précise :

« Mais où est donc passé l’eau de la Lacquette ! »

Si je songe à ce que j’ai vu d’elle, encore mercredi, en allant vers Bomy… Comment a t’elle pu tomber si bas ?

Et puis, regardant l’autre pont, celui du Mardyck, et ce que j’entre aperçois au plus loin de la Lacquette, ça fait mouche : mais, cette maison, ce jardin… Doivent correspondre à la propriété où se mêlent leurs eaux !

Chance : deux personnes s’apprêtent à la quitter ; je tente ; m’approche en m’adressant à l’homme qui va monter dans sa voiture. Il me reçoit courtoisement : bingo, c’est bien ça ! Excitation.
Il nous autorise à nous rendre à la pointe du jardin, madame nous y conduit et repart… A ce moment, je comprends aussi que mon enquête à Aire-sur-la-Lys touche à sa fin…

En attendant, tout à ma joie, je note, prends le temps d’observer devant, à mes pieds, le fond de l’eau et derrière, le Mardyck à gauche, avec ses berges tunées et l’autre côté, plus libre, où la Lacquette maltraite les berges…

Didier avait raison : le Mardyck a un petit débit, s’il est large, il n’a pas de fond… A la pointe, c’est bien visible. Je perçois la jonction des deux cours d’eau ; elle se manifeste par les différences de profondeur : le Mardyck n’a pas la force d’entrainer les matières qu’il transporte, elles se déposent… La Lacquette, elle, est profonde, je ne vois pas le fond, l’eau est chargée, plus trouble…

Poursuivre, se rendre à la division de la Lacquette, Didier connaît le coin, une tante habitait par là… Je lui parle d’une roue à aube qui devrait se trouver sur le bras de décharge, il confirme et m’y amène…

Le centre ville lui rappelle sa jeunesse, son école… « Tu vois là-bas, la grille, derrière, tu aperçois un filet vert à l’horizontal, la Lacquettte passe là, dessous. Le filet sert à arrêter les ballons. »
Bon, le filet, faut le deviner plus qu’on ne le voit…

Et plus loin, depuis un pont, LA roue à aube d’un moulin d’eau Cours Saint-Jean, il l’a connu en activité… Je me régale de l’endroit, enregistrant des détails, et pars de l’autre côté de la rue dans l’espoir de voir le cheminement de ce bras vers l’exutoire.

Peine perdu, il n’y a pas d’autres points de vue entre la rue Saint-Pierre et la rue des Clémences ; j’étais allé voir là-bas son débouché dans la Lys, toujours avec Fabienne, en octobre 2021…
L’exiguïté du passage entre les habitats m’interdit définitivement tout voyeurisme : fin de l’épisode Lacquette dans Aire-sur-la-Lys !

Maintenant, Didier m’emmène au point de vue en contrechamp, d’où je peux voir l’arrivée d’eau dans la Lys… De là, je poursuis à pieds vers le pont du boulevard du Général de Gaulle.

Il me récupère pour aller vers la confluence du bras principal de la Lacquette ; au passage, je lorgne vers l’Oduel, sur ma gauche…
Attirance, je décide de m’y engager. En remontant l’arrivée d’eau, j’aperçois la confluence de la Lacquette : même peu visible, une photo du point de vue s’impose !…

Par curiosité, j’allonge le pas jusqu’à une vanne qui sépare la Lys de l’Oduel ; l’endroit me saisit. La rue du Fort Gassion tranche l’univers urbain de celui de la campagne : point de vue sur l’étendue des champs.

A mon retour, aller jusqu’à la vanne de la porte de Garde qui signe la fin de la Lys Municipale et marque l’entrée du bassin des Quatre Faces avant le bief Cuinchy-Fontinettes (le canal d’Aire à la Bassée).

Rebrousser chemin et se diriger vers le bras mort, un quai de déchargement du canal. Au fond, une péniche est accostée, bien au-delà des silos de l’usine de maltage d’orge (Malteurop)… Je ne m’étais pas avancé aussi loin : avec Didier nous réintégrons la voiture pour contourner cette zone d’activité.

Je lui parle de la Lys qui passe dans le siphon sous le canal, il méconnait, aussi, pour essayer de se faire une idée de cette Lys mystérieuse qui joue à cache-cache, nous franchissons le canal à grand gabarit pour avoir un autre point de vue : aller jusqu’au fort Gassion, à l’écluse…

De là, la Lys poursuit son chemin dans les Flandres, les terres basses…
Depuis l’écluse, en contrechamp, je trouve des repères qui me sont devenus plus familiers : les grands silos et la collégiale. A la bifurcation des cours d’eau, les indications de circulation pour les mariniers mènent au canal ; de l’autre coté, c’est le bras de la Lys provenant du siphon, un cul de sac… Elles signalent clairement cette distinction de statut des deux bras.

Didier me signale que nous poursuivons notre avancée dans le territoire des Flandres pour faire une boucle qui va nous conduire à un pont historique des années 30… Widdebrouck, Pecqueur… et voir se profiler l’ouvrage…

Une péniche passe au moment de notre arrivée, j’assiste au spectacle ; d’autres font de même, au niveau du chemin de halage… Sont en train de pique-niquer, un signal pour aller faire de même !

Franchir le pont et traverser Aire pour aller vers Saint-Quentin : retour à la Lacquette et au Mardyck : pique-niquer à notre tour, au pied du petit château, un temps de retrouvailles pour Didier, avec le souvenir de madame Raoult.

Quitter, c’est entamer un retour quelque peu erratique, ayant perdu le but de la sortie… cherchant une boussole…
Où aller ?… Quernes ! Didier a eu l’envie de revoir le moulin.

Et puis…, retourner lentement vers Béthune, hésitant, passant, détour après détour, dans des endroits déjà fréquentés : s’arrêter près de la confluence de la Cavée de la Tirmande et de la Lacquette, pour montrer à Didier ; puis le moulin Espagnol, à Enquin-les-Mines, où nous nous interrogeons un temps sur le passage du gué…, et enfin, Ligny-lès-Aire, histoire de réveiller les vieux démons de Didier.

La vue d’un terril : envie d’ascension… Didier descend sur la Tirmande, jusqu’à l’ancien pont de chemin de fer.
Poursuivre à pieds.

La montée sur le plateau : paysage morne, gris, tarkovkien, la quête d’un lieu impossible… Finalement, trouver la quiétude d’une journée finissante, le socle tiède des stériles, la vue qui s’étend vers les Flandres… et les éoliennes évanescentes qui changent de teintes, jusqu’à s’évanouir dans le bleu du ciel…
Et nous,
apaisés…

Fin du road trip… Mais ce terril ne compte pas nous lâcher si facilement : la descente se fait laborieuse, les ronces nous agrippent… comme pour retarder le retour à la ville, à son agitation, ses bruits…

Mercredi 16 mars 2022 | Entre repérage et balade : suivre Émilie et Fabienne autour de Bomy

Histoire sans paroles…

Où l’on croise à plusieurs reprises la Lacquette (ou la rivière de Groeuppe à ce niveau, selon…), en traversant le ruisseau du Fond de Rupigny au Sud-Ouest, pour faire un détour par la Fontaine Sainte-Frévisse et retourner vers Bomy en croisant le fossé du Fond de Brequigny qui nous ramène à la Lacquette, au niveau du château.