Mardi 31 mai 2022 | Revenir sur Estrée Blanche : à la rencontre de 3 sources près du parc du Château de Créminil

C’est confirmé, je vais retrouver vers 10h monsieur Duru au château de Créminil…

A mon arrivée, à l’entrée de l’allée, je descends du véhicule pour ouvrir le passage : défaire la chaîne, remonter, avancer, refermer et laisser la voiture glisser en douceur… Monsieur Duru m’attend, s’avance près du bâtiment avant la grille d’entrée du château. L’accueil est aimable, j’expose mon affaire, lui rappelle ma visite en 18 août 2021, nous étions venus avec Samia et Émilie.

Pause dans la cour, près du muret qui surplombe la douve qui ceint le château. Hum, ça commence à me rappeler Greenaway…

Assis, nous vivons le rythme alternant soleil et nuages, chaleur et fraîcheur. Monsieur Duru m’explique le fonctionnement des douves, c’est ce qui m’importe : l’eau, si proche de la Lacquette, mais distincte, tout du moins en apparence… Où j’apprends qu’au niveau de la statue, il y a avait une buse qui reliait, non pas la Lacquette, mais la source que j’avais aperçu de l’autre côté de la rivière. Ce dispositif était une sécurité pour garantir un niveau dans les douves. Aujourd’hui caduque.

Mais alors, les douves ?

Et bien, il y a des résurgences au fond des douves qui les alimentent… Ici, nous sommes dans un fond de vallée. L’eau affleure. A des endroits, il faut aussi pouvoir l’évacuer. Les fossés d’ici vont sur Liettres.

Pour avoir le cœur net, reste plus qu’à aller voir… Sortir de la cour et contourner le château. Au passage, il pointe la douve extérieure : mal en point, le niveau d’eau est faible, il n’y a visiblement pas de résurgence, pour cela qu’il avait une canalisation qui la reliait à la douve intérieure, mais elle est bouchée, sans doute effondrée. Une tache à effectuer. Essayer de curer pour la remettre en eau…

Nous longeons la Lacquette, dans le sens du courant. Arrêt devant l’endroit d’où on peut voir la source arriver, nul trace d’un conduit… En me retournant, dans l’axe du château, la statue, j’espère voir quelque chose : ça ressemble à une buse d’un assez petit calibre, est ce une trace de cet ancien système de régulation ? Possible, mais monsieur Duru ne peut pas l’attester.

Le terrain d’où provient la source est en friche, il lui appartient, il avait été acheté en même temps que le château, il y a une quarantaine d’année, justement en prévision de cette alimentation de la douve.

Tout à côté, la maison de l’ancien maire ; après la propriété, un autre terrain qui lui appartient aussi.

En fait, il me dit qu’il y a 3 sources : la deuxième, est un peu plus loin.

En continuant notre chemin, nous fouillons des yeux la végétation fort exubérante, mais elle est à peine visible, on remarque tout de même un petit quelque chose, un petit mouvement d’eau, peut-être un son ? Il évoque une passerelle, à une époque où monsieur Ammeux père faisait passer ses vaches pour aller paître et nettoyer le terrain. Plus rien.

La 3ème, se cache plus loin à côté des vestiges d’une ancienne vanne de submersion de terres de la vallée. Monsieur Duru l’avait déjà évoquée, cette fois je vois m’ouvrage. Autrefois, on inondait les terres, une façon de les engraisser d’alluvions déposées par la Lacquette…

En retournant, il me présente le circuit d’évacuation des eaux de son terrain aux abords du châteaux, il est vite engorgé – sans doute d’origine marécageuse.

Je note que c’est le principal soucis de l’endroit, des fossés drainent les eaux et les transportent vers les jardins, enfin, les traversent jusqu’à rejoindre le grand fossé qui part sur la droite, à 90° ; il se lit aisément dans la vallée, ponctué de saules blancs anciens, il file droit jusqu’à Liettres, y rejoindre la Lacquette.

Rien n’est simple ici, au sens où rien ne va directement et simplement à un exutoire ; ça me rappelle les basses terres de la région d’Aire-sur-la-Lys ; le labyrinthique fait loi, héritage des temps anciens où on a cherché à habiter ces terres en régulant les eaux : inonder et drainer ne sont que les deux faces d’une même pièce.

D’ailleurs, monsieur Duru l’a appris à ses dépend, lorsque un jour, mal lui en a pris, de creuser un passage pour relier la Lacquette au fossé d’évacuation ; il pensait se débarrasser des eaux qui engorgent ses terres, mais à l’hiver, les eaux de la Lacquette les ont envahies, jusqu’à encrasser de boues ses douves… Il m’a avoué avoir été pourtant averti par l’ancien propriétaire. Mon hôte n’a cessé de me faire comprendre qu’à Créminil, les réseaux ont une utilité qu’il s’agit de comprendre pour en maitriser le bon usage. Il s’y emploie.

Avant de repartir, pour clore cet échange fructueux : un temps de délassement avec mon hôte, en retrouvant la table dans la cour… Mais le temps passant, il a fallu se résoudre à partir pique-niquer dans les jardins afin d’être à l’heure au 2ème rendez-vous !

14h, arrivé près de la cour de la ferme de Rémy Ammeux, éleveur de mouton que j’avais rencontré avec Jérémie Duval et Émilie de Labanque le jeudi 21 octobre 2021. Suis sur l’autre rive de la Lacquette. Rémy m’invite à me rendre près de l’ancienne maison du maire rue de Longhem que je voyais depuis chez Monsieur Duru ; il va m’y rejoindre, après avoir déposé son jeune apprentis, les brebis commencent à agneler…

A son arrivée, il est 14h20, il me fait comprendre que je me trompe d’entrée, pas le champ avant la maison, mais après, dans le tout fouillis…

Avec Rémy, nous avions convenu d’aller à la source de son enfance, il m’en avait parlé lors de notre première rencontre et j’avais toujours eu dans l’idée de l’amener à m’y conduire… Le jour est arrivé !

J’avais imaginé que ça correspondrait à la 1ère source que j’avais vu la fois précédente, le 11 avril 2022, raté… J’essaie désespérément de me souvenir ce que m’a raconté ce matin monsieur Duru, mais les fils sont déjà emmêlés… Ces lieux me sont déjà devenus confus, pris dans les friches…

Si Rémy ne semble pas hésiter, il m’avoue combien l’endroit à changé, d’enherbé et ouvert, il s’est fermé, encombré de végétation… Me dit qu’à l’époque, la source était dans la pâture, il avait une dizaine d’année et venait avec ses frères et ses cousins. Gamins, ils allaient jouer dans le parc du château, au bord des douves, à pêcher des têtards, ou peut-être des œufs de grenouilles… « On était de tous les âges, les plus grands veillaient sur les plus jeunes. »

« On était de tous les âges, les plus grands veillaient sur les plus jeunes. On allait à la source, elle était assez imposante à l’époque ; on pouvait marcher dedans, on buvait l’eau. » La source a toujours été intrigante parce qu’elle était claire et potable lors que la Lacquette était plutôt trouble.

Mais avant d’y arriver, c’est le parcours dans la jungle, on ne voit rien à distance, Rémy couche des orties qui sont presque aussi hautes que moi. Par moment j’ai l’impression de le voir exécuter une danse étrange, grand corps svelte aux mouvements amples, évitant les griffes des ronces et les piquants des orties tout en surveillant sa progression.

Et puis, comme il me l’avait promis, à travers la végétation, nous devinons de l’eau, celle d’une grande mare dont il garde le souvenir boueux, au sol instable, nous la contournons, prudemment… Me dit qu’elle est alimentée par une autre source (encore une !). « Tous ces buissons n’existaient pas, c’était de l’herbe ; ça fait un fossé qui se déverse dans la rivière. On est venu là maintes et maintes fois. »

A gauche, me dit que c’est la rivière : j’avance, couche les herbes et la trouve en contrebas, au-delà, j’aperçois l’arrière du château avec la statue. Suis donc en face… enfin, en face de là où je me tenais ce matin : sensation d’être passé du monde policé du château à l’espace du sauvage, à ce qu’il m’était impossible de voir à travers les frondaisons. Et par renversement, devenir les yeux de la forêt…

Tout à coup, sans crier gare, la source !

Elle s’était faite désirée : elle est là, ouverte au ciel, au creux d’un puits de lumière dans la végétation arborée, claire, transparente. Pas farouche sur son lit de graves calcaires : sommes campés dedans à apprécier l’entour. Rémy la jauge, se baisse et plonge sa main comme pour se souvenir, et la retrouve. Me dit que ça sourçait un peu partout, dans les pâtures se souvient d’une petite au pieds d’un arbre, elle a disparu tout comme l’arbre.

Le régime de ces eaux résurgentes change, parfois une source se tarit, puis revient, ou elle change de place, remonte ou descend, selon… Mais il a toujours connu de l’eau dans ce coin. « Je suis content d’être revenu, on soulevait des cailloux, voir les bêtes qui vivaient là… »

Nous restons là un moment à échanger dans cet endroit improbable, est finalement propice à causer de notre rapport à la nature, du comment on a vécu l’enfance à courir dans la campagne, à se forger une façon d’être au monde ; lui, il avait aussi la ferme comme terrain d’expérience ; il a transmis tout ça à ses filles.

Rémy regarde au-dessus et me dit que ça serait aussi bien de passer en remontant vers la route, à longer… On la devine juste derrière la haie, elle l’accompagne. Plus haut, de l’autre côté de la route, je sais qu’on trouve les terres pentues de la Tirmande. Le ruisseau de la cavée de la Tirmande arrive un peu plus loin, à Longhem.

Le retour se fait plus aisé, le terrain, relativement plat, est moins encombré de végétation… Il est temps de se séparer après ce beau moment où le temps s’est trouvé suspendu, tout proche du monde habité et pourtant loin, très loin, à la saveur d’un retour aux territoires de l’enfance.

Mercredi 13 avril 2022 | Retour à Mississipi, à la poursuite de la Lacquette : une nouvelle dérivation

Ce jour, retourner avec Amandine, médiatrice à Labanque ; elle se lance à l’aventure avec moi, tenue adéquate, prête à crapahuter…

Retour à Mississipi, suivre le dédale de fossés jusqu’au champ labouré près duquel, la veille, avec Iannis, avions arrêté l’exploration…

Remonter le dernier fossé vers ce que je suppose être la voie de la Lacquette en dérivation. Plans en main, nous interprétons et nous nous lançons…
Le fossé accompagne les dernières propriétés, il en est la frontière, l’eau s’est faite rare, sentant fortement la vase et les berges, embroussaillées…
Un bras mort ?
Nous avons quitté la ville pour les champs.

Au bout, prenons à gauche, entrons dans un champ, de l’autre côté, il est bordé par le fossé que je cherche ; l’eau est fluide : la Lacquette redevient-elle ruisseau ?…
Elle arrive tout droit de Mississipi, doit bien être alimentée par quelques résurgences pour être si limpide…
Je me prends à imaginer que ce réseau de fossés a une fonction de drainage, passant récolter les eaux d’une zone humide, au Sud d’Aire, avec des regains qui lui donnent l’énergie de traverser le marais de Langlet…
La Lacquette semble s’être ramifiée en arrivant à Aire pour entraîner et détourner des eaux qui pourraient engorger la ville.
Mississipi… un delta artificiel ?

Sur l’autre berge, enfin, au fond d’un pré, un groupe de jeunes bovins ; sont loin, ils nous observent, intimidés. Proche, les mouvements effrénés d’un oiseau, une pie ; elle attire notre attention. L’oiseau est prisonnier d’une cage ; Amadine n’y tient pas, elle voudrait la libérer…
Tentons de trouver un passage. Ça sera une vanne, un peu plus loin, à l’angle d’un petit bois.

Amandine se lance, elle me raconte ses difficultés à progresser, elle se fait agresser par les ronces et les fils barbelés de la clôture ; semblent vouloir la retenir ; elle peste, s’esclaffe, insiste… Passer dessous, entre… Et finalement, en se tortillant, déboucher dans le pré.
Prudemment, s’avancer dans cette cet espace privé, jusqu’à la cage…

Elle me la décrit : d’une forme inconnue, fonctionnerait apparemment comme une nasse. Comment cette pie est-elle entrée ?
Ne trouve pas à libérer l’animal…

Me dit qu’elle se sent épiée, de là-bas, au loin, d’une maison où elle entrevoit quelqu’un qui l’observe.

Elle s’en retourne, lentement… déçue d’avoir abandonné l’oiseau à son sort.
C’est la campagne, habitée, apparemment ouverte… mais finalement contrôlée, question de propriété.
Mais pourquoi ce piège, cet oiseau ; la pie en était-elle réellement la cible ?

Poursuivre, longer le petit bois. A travers les frondaisons, des flaques d’eau, c’est inondé, marécageux. Tout s’explique, la veille, j’avais vu atterrir un héron dans cette zone…

Comme je l’avais noté sur la carte, l’eau doit passer sous le merlon qui longe la contournante qui mène vers Isbergues, sera pas possible de continuer à suivre la dérivation…

En attendant, sur notre droite, de l’autre côté du fossé, à nouveau, des propriétés : des fonds de jardin, avec porte d’accès à l’eau… des emplacements de pompes ; l’une d’elle est en place. Aucun doute, sont là pour alimenter les jardins…

Un ouvrage de béton avec une grille marque la fin du fossé…
Le cours d’eau se poursuit, souterrain…
Mais l’heure passe, bientôt temps de reprendre la route. Décidons d’aller voir, quand même, jusqu’au rond point que nous avons aperçu à droite, il se trouve sur la RD943.

Du bord de la route, nous scrutons au loin, pour déceler un accès en voiture, voir si nous pouvons poursuivre plus avant.
Avons repéré la ligne d’arbres qui doit signaler le passage du fossé.
Mais s’engager dans cette voie va encore nous éloigner de la voiture.
Renoncer… pour aujourd’hui.

15h45. En retournant, nous apercevons quelqu’un au niveau de la grille… Semble avoir une épuisette en main, ça m’intrigue… Aller voir.

L’homme farfouille au pied de l’ouvrage… Il a un appareil photo en bandoulière. Je m’adresse à lui : pas farouche, la conversation s’engage. Il m’explique ce qu’il fait… me cause de salamandres ; elles se cacheraient le long de la berge, sous les herbes… Il cherche à savoir si elles sont présentes… mais c’est pas le meilleur moment, nous dit-il.

Avant, dans un cours d’eau d’ici, il y avait des brochets, des anguilles et même des lamproies… J’ai un peu oublié le nom du cours d’eau, vers où… Peut-être ai-je mal entendu ?…

Avec son appareil photo, il prend des clichés qu’il met dans Facebook : Balade Faune Flore des Hauts de France… si j’ai bien pris note.

L’homme est aussi curieux de ce que je cherche dans ce coin, me demande si je m’intéresse aux bêtes qui habitent dans le fossé, lui dit que je me préoccupe surtout du cours d’eau, depuis la source jusqu’à l’exutoire…
Amandine vient en renfort, parle de son rôle de médiatrice, de ma résidence, du centre d’art Labanque… Je sais mon histoire peu évidente pour nombre de gens que je croise, mais il ne s’étonne pas plus, plutôt intéressé de rencontrer quelqu’un sur son terrain d’action, de pouvoir causer de cet endroit, du cours d’eau.

Nous dit qu’il est d’ici, de Mississipi, qu’il a joué, étant gamin, dans le petit bois que nous avons longé, qu’il venait pêcher là des bestioles et jouer avec d’autres enfants, à se balancer avec une corde dans les arbres…
Bref, je suis sur son terrain d’enfance.

Avec Amandine, nous lui racontons la pie, le piège, dans le champ à côté du bois ; à la description de l’endroit, il penche pour une cage-piège où a été placé l’oiseau pour servir d’appelant. Il connait l’agriculteur, il n’est pas commode…, sait qu’il est piégeur autorisé ; il doit chercher à attirer des pies pour les éliminer.

Il attend sa femme, elle ne tarde pas à apparaître au loin… Nous rejoint et nous raconte qu’elle aussi est du coin ; ils aiment venir par là tous les deux. Sont en retraite, de jeunes retraités.

Lui, c’est Dominique, elle, Corinne. Maintenant, ils habitent La Lacque, alors je raconte ma sortie avec Iannis, que j’étais là-bas hier.

Causer cours d’eau, l’affaire devient sérieuse : pas d’accord sur les appellations… Mais finissons par trouver un terrain d’entente, tirer ça au clair : je lui délivre mes informations à partir de la carte et lui ce qu’il connait du terrain.
Nous disent que la Laque (d’après moi) ou Lacquette (d’après eux) a baissé depuis une semaine… Ça corrobore ce que nous avons vu hier avec Iannis.
Avec le plan, je leur montre le jeu d’entrelacs entre la Laque et la Lacquette (enfin, cette dérivation…), ils semblent connaître certains endroits… mais ne se repèrent pas de la sorte.
Toujours cet écart entre la carte et le terrain… Comment les accorder ? Pas le choix, faudra aller voir !

Avec leur connaissance des lieux, je leur dit que j’aimerais bien qu’on se revoit.
Sont enthousiastes, prêts à nous embarquer-voir la fin de la Laque-Lacquette à se jeter dans le canal, ou passant dessous ? Suis un peu perdu…, je ne connais pas ; c’est très bien. Peut-être plusieurs exutoires ?…

Je n’avais aucune connaissance de cet espace entre Aire-sur-la-Lys et Isbergues, il correspond à la limite Nord-Est du bassin de la Lacquette.
J’avais un peu négligé ce dernier endroit, voilà une occasion de combler une lacune !

Avant de nous séparer, prendre leurs coordonnées, sont d’accord, se promettre de faire une balade ; j’espère fin mai… Amandine souhaite aussi être de la partie ; on s’imagine déjà !

Faudra que je leur en demande un peu plus sur ce qu’ils savent de la Lacquette, ici, à Mississipi, et jusqu’à La Lacque, bien sûr !… sur ce que c’est vivre auprès d’elle : en somme, la vie ordinaire avec la rivière. Dominique avait commencé à raconter, plus qu’à reprendre le fil…

Retour à Béthune par Isbergues, plus pratique d’ici, 16h45, il est temps.

*

Cette rencontre me questionne sur mon rapport à la Lacquette, aux vivants dans la rivière, ceux qui y trouve là ressource, refuge…

Me suis intéressé à ce qu’elle est, pas au contenu, ni particulièrement au véhicule… J’ai d’abord voulu surtout l’embrasser, l’aborder toute entière, dans sa relation à ce qui l’entoure, à ce qu’elle traverse, qui la façonne et qu’elle façonne.

Le risque, en me focalisant sur les animaux et les plantes, c’est de réduire la Lacquette à un milieu, un habitat pour… La vie qui s’y trouve se débrouille très bien avec elle, crée des relations : se cacher sur les bords (comme les poules d’eaux et des petits mammifères pour ne citer qu’eux), se reproduire (des anoures, des oiseaux, des poissons, des insectes), comme s’y abreuver (ne serait-ce que les vaches…), y trouver à manger (canards, prédateurs aquatiques…), et nous bien sûr… La liste n’est pas close.

Le risque, donc, est de finir par ne plus voir l’eau pour la source, le ruisseau, la rivière, le fleuve… Notre zoocentrisme est un puissant aimant. Faut essayer de changer de point de vue, de regarder comment la vie négocie, s’arrange avec la rivière… nous compris, comme je le fais déjà depuis le début avec mes congénères… Sauf que nous, finalement, avons assez peu de considération pour les cours d’eau et notre impact est démesuré… pompant, détournant, encombrant ou canalisant, polluant insidieusement…

Mardi 12 avril 2022 | la fuite de la Lacquette vers Mississipi

Partir un peu avant 14h, avec Iannis, qui effectue un stage en ce moment à Labanque.

C’était trop facile, une belle histoire : au fil de l’eau de la Lacquette jusqu’à à Aire-sur-la-Lys, sa rencontre avec le Mardyck puis, sa division, avant de rejoindre la Lys dans le centre et près des vannes de sortie, avant le canal d’Aire à la Bassée… Ça, c’est déjà de l’histoire ancienne.

Avais entendu, puis lu aussi, qu’un fossé longeait la RD 943 pour gagner la La(c)que, bon, ça, je l’ai finalement vu, tout du moins, au niveau de l’exutoire, façon de confirmer le récit.

Mais depuis ce temps (pourtant pas si loin), j’ai eu un doc en main , extrait du « plan de gestion globale et équilibrée des écoulements et des crues des eaux de la Lacquette » ; m’a incité aller à la source du problème. Juste avant de franchir la RD943, à remonter la petite route qui mène à la ferme de l’Estracelle… Pourtant j’avais déjà vu au moins une fois l’endroit…

Ici la Lacquette est ponctionnée, divisée via un ouvrage ancien, un peu dégradée ; elle est comme aspirée avant d’être rejetée, bouillonnante, de l’autre côté. J’y ai trouvé un jeune garçon pêchant la truite, il en a sortie une au moment où j’arrivais, pas trop bavard, plutôt intimidé… En avait déjà plusieurs. Et pour cause, j’ai appris un peu plus tard par un riverain de la Lacquette, que l’association de pèche venait d’effectuer son lâcher de truites…

Avec Yannis, nous avons entrepris de suivre cette fuite qui longe les « Trois Mousquetaire », un ancien hôtel transformé en siège d’une assurance.
Au niveau du domaine, la voilà re-ponctionnée, un courant sur la droite contourne le parc…

Sommes allés vérifier, en faisant le tour par le parc, avant de ressortir par l’entrée principale donnant sur la départementale.

Jeter un œil au bras principal qui se jette dans le fossé descendant vers la Laque, mais bon, en lorgnant vers la traversée de la départementale… La fuite doit passer dessous et suivre parallèlement la Lacquette officielle, celle qui a le droit de pavoiser à l’air libre.

Le bras caché, est masqué, passe derrière les maisons de la rue… Mais nul trace, ni fossé visible, ni saules blancs qui nous indiqueraient son passage…

Têtu, j’ai embarqué Iannis : descendre la rue ; apercevoir un riverain qui, visiblement, avait envie de causer. Il était dans son jardin, sur le bord de la Lacquette… Affable, nous a donné ses informations ; on comprend que ça ne va pas être simple.

Déjà, prendre la première rue à droite et commencer systématiquement les explorations à la recherche d’indices… A force de fureter, plan en main, nous établissons des liens visuels entre les habitats et les jardins, histoire de se repérer, parce que le quartier devient un dédale.

Sommes dans Mississipi, une partie basse des abords d’Aire, les fossés emportent là la Lacquette, la tourne et la détourne en un réseau qui vient lécher les pavillons. Les canards colvert ont adopté les riverains, ils séjournent paisiblement dans les jardins.

Accrochons de temps à autre un riverain qui bricole dans son jardin, faut dire qu’il fait beau… Pas farouche, on placote, apprenant toujours un détail sur le comportement de l’eau, sa présence, mais dans tous les cas, les gens savent qu’ils vivent au bord de la Lacquette.

En bout de quartier, au loin, on aperçoit le merlon de la contournante d’Aire qui mène plus à l’Est, vers Isbergues. Mais, de prime abord, nous nous retrouvons à l’orée des champs, après le dernier fossé du maillage du réseau ; celui-ci semble vouloir retenir les habitations dans son filet. A côté la terre, labourée, a attiré des choucas qui viennent y chercher leur pitance. Le calme règne en ces lieux.

La carte nous signale qu’en face, de l’autre côté de la route, commencent les marais de Lenglet ; là-bas, je devrais y retrouver ce bras de Lacquette, mêlé à d’autres eaux…

Commence à se faire tard et la fatigue se fait sentir, renoncer à continuer le crapahutage au Sud, retourner à la voiture pour aller plus à l’Est, sur la D187 en direction d’Isbergues.

Nous retrouvons ce bras de Lacquette qui a ressemblé les diverses dérivations qui l’ont affectée depuis la RD 943. Impressionnant, mais je n’en maîtrise pas le réseau… La route est fort passante, prudence s’impose avant de passer d’un bord à l’autre et voir couler l’eau sous le pont.

L’eau coule à un bon débit. Un fossé sur la droite remonte non loin de la route, l’eau vient vers la Lacquette. Chercher des yeux où devrait se trouver l’autre pont, celui qui enjambe la Laque.

En fait, était plus près de nous qu’on l’imaginait… pas plus 200 m apparemment.

Surprise, l’endroit est assez moche, pas seulement laid, mais aussi dévalorisé : un carrefour au-dessus duquel passe une ligne à haute tension, une laque dégradée vers l’aval ; les habitations sont traversées par un fossé encastré qui n’a plus rien d’un cours d’eau, y pisse un filet peu attirant… Un voisin me confirme que c’est bien la Laque. Retourner au carrefour et observer plus attentivement le cours d’eau, un lièvre mort gît près d’une berge.

A la maison toute proche, une femme descend de sa voiture, nous regarde, ni avenante, ni hostile ; j’ose, elle répond et finit par nous montrer sur son smartphone les inondations du 30 novembre 2021, l’eau a non seulement débordé, a aussi envahi toute la cour, et aussi l’arrière… Je regarde les lieux, le pylône tout proche, le carrefour, suis attristé par l’endroit. Quelque chose de malsain ici. Traverser la route pour voir l’autre face de la Laque : le fond est envasé, encombré par des branchages qui ralentissent le mouvement de l’eau sous le pont, les berges sont abruptes, palissées, un caneton mort repose au fond…

On comprend bien, avec cette montée des eaux, faut se protéger.

Mais la rivière qui nous arrive tourne sec en fait ! Va vers le fossé qui rejoint la Lacquette un peu plus haut ; ce qui arrive sous le pont n’est qu’une pissette : impression que le cour principale se jette dans le bras de la Lacquette juste un peu plus loin. Arpentons le fossé… Le débit est bien nourri…

En retournant, regard vers l’amont de la Laque, le village semble plus agréable, cette partie doit être plus ancienne, Trézennes sans doute ici… Je m’adresse à un homme qui se tient de l’autre côté de la rivière, dans son jardin… mais visiblement ne sait trop rien, j’en n’en apprendrais pas plus aujourd’hui.

En retournant à la voiture, nous retrouvons le premier habitant sollicité ; me confirme les inondations chez lui aussi, que le cours de la Lacquette passe derrière son terrain…

Je comprends qu’on ne verra rien de la fusion des deux cours d’eau cette fois… Reste à aller en aval, voir la Laque se jeter dans le canal… Mais pas maintenant. Sur le chemin du retour, poursuivre dans la direction du canal et s’arrêter une dernière fois, au niveau d’un pont, à l’entrée d’un village : « La Lacque » !

Fin de l’épisode : retour à la D943 en passant à l’ouest d’Isbergues, il est 18h30.

J’en aurais appris un peu plus, c’est as fin… La Lacquette a été dérivée en plusieurs endroits du bassin de la Lacquette, au sud d’Aire-sur-la-Lys, là où les basses terres favorisent l’entrelacs des cours d’eau, où le jeu des fossés finit par tant les emmêler, qu’à un moment donné, je ne peux plus dire que c’est la Laque ou la Lacquette, elles sont mariées, se séparent, se retrouvent… avant de se perdre définitivement dans le canal.