Manières de se projeter : penser à la suite du projet (l’année prochaine).
La recherche de lieux proches de la Lacquette : ma relation au cours d’eau ne change pas, juste des points d’accès… comme celui de Longhem où, à la mi juillet, au cours d’une marche, j’avais invité le public à faire halte pour pique-niquer sur l’herbe d’un pré (16 juillet).
Dans un premier temps, pragmatique, je me restreins à une dizaine d’endroits à visiter sur le territoire de la communauté d’agglo. L’environnement de la Lacquette se résume dès lors à la région de Blessy et Witternesse au nord-est, Quernes, Liettres jusqu’à la Tirmande en descendant vers le sud et Estrée-Blanche vers l’ouest…
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Witternesse : le maire, Alain Ducrocq, m’a reçu vendredi ; avec son 1er adjoint – Frédéric Segard – nous avons confronté le résultat de mon repérage de la veille à leurs connaissances du terrain.
La ferme de Mongré pourrait-elle devenir un nouveau point d’accès avant l’Abbaye de Saint-André ? Semblerait que je puisse aussi longer la Lacquette à la sortie de Witternesse, après la dernière maison, en remontant un champ pour ensuite longer la haie ; elle borde le cours d’eau.
Ils m’expliquent que ce couloir serait accessible à la marche, il résulterait d’une pratique ancienne, l’usage était encore présent sur le cadastre napoléonien, un chemin reliait Aire-sur-la-Lys. Mais avec les modifications du parcellaire, « le chemin des prés » aurait été progressivement défait par les usages agricoles…
Resterait un passage jusqu’à Saint-Quentin…
Tester, voir s’il y a bien des chicanes aux limites de pâtures qui en autorisent la traversée !
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Je me prends à caresser l’espoir de faire une boucle en regagnant Witternesse par la ferme de Mongré, ou même par l’Abbaye de Saint-André… et d’emprunter un chemin de traverse dans « le Beauroy » (un lieudit des champs) jusqu’à une voie qui me ramène dans le bourg de Witternesse.
Hum… Avec une telle circulation le long du cours d’eau, je m’imagine déjà trouver de nouveaux chemins sur ce territoire, comme entre Estrée-Blanche et Longhem ; ceux-ci reprendraient (peut-être ?) d’anciennes traversées que les gens utilisaient pour relier les hameaux, gagner la ville : des « chemins d’eau » !
Quoi de plus logique : suivre le flux de l’eau qui traverse les champs, les hameaux… Les routes d’une époque où la traversée des territoires était toute tracée, les transports de marchandises se faisant aussi sur l’eau, plus économique que de crapahuter à travers champs.
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Retour sur site. Samedi. La pratique : face à la réalité du terrain, l’absence de sentier tracé, les berges talutées et embroussaillées, des clôtures retorses…
J’interprète le paysage que je traverse, reconnais l’endroit où j’ai croisé Georges, longeant malgré tout le cours d’eau, empruntant le passage d’un tracteur ; il suit lui aussi la limite dessinée par la Lacquette…
Croisant parfois d’étranges installations, là, le bouclier posé contre un arbre par je ne sais quel guerrier Masaï ; ailleurs, des autels dédiés à la faune sauvage ; de temps à autres, des marques de propriété ou le signe d’une présence : piquets, pneu… et des troupeaux paisibles de bovins qui me jaugent, intrigués, beuglant à l’occasion, comme pour informer les suivants de mon arrivée prochaine…
Suis entré dans la brousse qui s’étale entre les hameaux, des moments de quasi absence humaine ; la couleur des herbes sèches renforce cette impression, et l’eau s’écoule, paisible, indifférente.
Les méandres de la Lacquette me troublent, me déroutent, m’obligeant souvent à reconsidérer ma progression ; des clôtures stoppent mes enjambées, et je fouille, guette de l’œil, comme des pieds, le passage opportun… Outrepasser, contourner, buter… La réalité de la campagne s’impose par la discontinuité des étendues, morcelées, différenciées, empêchant finalement la libre circulation, seule la rivière articule ces espaces, les traverse sans encombre, les irriguant ou les inondant – le talus me le rappelle… Et je suis frustré, un peu jaloux de son cours nonchalant alors que je crapahute laborieusement, j’envie le canard ou le ragondin que j’aperçois de temps à autre…
Je dois apprendre à me diriger autrement, à accepter les détours, quittant les berges de la Lacquette pour contourner les obstacles, de mon pas lourd, terrestre…
Accepter de m’éloigner, sans pour autant totalement perdre de vue les marques discrètes de sa traversée des champs : longer une clôture, trouver un passage, la couture qui lie les prés, le passage réconcilié d’un tracteur avec un ancien chemin entre des saules blancs… et puis d’autres clôtures… d’autres champs… prendre le biais, coller de nouveau à la Lacquette.
Deux tiges de maïs m’émeuvent, grêles, seules rescapées du grand fauchage… Le sol mis à nu annoncerait-il la proximité d’une ferme ? Là-bas, sur l’autre rive, tapis derrière un bois : Mongré ?
Le film avance, le paysage change ; les espaces domestiqués, cultivés, reprennent le dessus ; la traversée d’un petit bois confirme la rupture : les marques imprimées des roues du tracteur dans la boue du chemin, et comme un avertissement, des objets étranges qui semblent me regarder passer… L’amorce d’un changement de monde.
L’abbaye de Saint-André apparaît sur la droite ; je retrouve des chemins connus : celui qui se prolonge au-delà la barrière, longe le cours d’eau jusqu’à atteindre le chemin de la Lacquette où j’avais rencontré Gérard Botrel (le 3 décembre 2021). Par là-bas, c’est quitter les champs pour les faubourgs d’Aire-sur-la-Lys, quitter le territoire de l’agglo.
Tourner à droite, traverser la Lacquette, le hameau de l’abbaye de Saint-André, outrepasser une barrière… et gagner la route qui me ramènera à Witternesse.
La route est hostile, pas de bas côté aménagés, les voitures m’affolent, je bifurque : tenter par la ferme de Mongré. Longer une haie sur la gauche, elle accompagne un fossé, et finalement buter sur une autre qui est renforcée de barbelés, aïe, frustration : des maisons sont toutes proches derrière, rageant… M’oblige à remonter sur la route…
C’est clair, je fatigue : vite ! Atteindre la première voie qui apparaîtra sur ma droite, j’entrerais dans Witternesse par un dédale de rues. Suivre les voies : un coup à droite, un coup à gauche… Traverser la Lacquette, et retrouver la rue qui me ramène enfinnn à la voiture !
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Le cheminement n’aura pas été fluide… J’ai cru naïvement pouvoir accompagner la rivière, épouser ses mouvements ; j’ai dû m’en détacher à plusieurs reprises, sans pour autant totalement la perdre de vue, sauf à la fin, en rentrant par la route de Witternesse, la D186E1. La fatigue a rendu moins supportable cette dernière séquence… Stressante. M’éloignant de la Lacquette. Pas le choix. Hum, va falloir accepter les détours, et trouver une forme d’économie pour embarquer des gens… à suivre les méandres du cours d’eau, devenir un peu rivière…
Un rendez-vous avait été fixé ce lundi à 10h, le contact m’avait été donné par Jérémy Duval, de la Communauté d’Agglo de Béthune-Bruay.
Monsieur Delattre me reçoit dans son bureau ; après présentation de mon projet, j’entre dans le vif du sujet : le bras de la Lacquette au Sud de la ville… une de mes dernières obsessions.
Il m’explique qu’ici c’est un service communal d’Aire-sur-la-Lys, celui-ci ne s’occupe que du nœud d’Aire et des arrivées d’eau dans la commune.
Je me rends compte des différences d’appréciations que nous avons sur le cours d’eau : ici, la Lacquette se jette dans le Mardyck, alors que j’ai toujours entendu l’inverse… Comment apprécier la préséance de l’un sur l’autre ? Il faut reconnaître que les appellations variant selon les cartes, ça n’aide pas…
Progressivement, nous ajustons nos connaissances du terrain à la carte des zones inondables du Plan de Gestion Globale et Équilibrée des écoulements des eaux de la Lacquette.
Ce document m’a été précieux pour interroger le terrain et retrouver les traces des cours d’eau et des fossés depuis l’ex « 3 Mousquetaires » (à l’entrée d’Aire).
Pour lui, la prise d’eau qui passe sous la D943 en direction de Mississipi n’a pas de nom, c’est un fossé qui s’écoule à ciel ouvert. Il m’explique que le réseau de fossés à Mississipi relève du drainage et qu’autrefois, c’était une zone de maraîchage. Mais « on l’appelle rien », juste « les fossés de Mississipi »… Suis un peu déçu, moi qui rêvait de Lacquette…
A ce sujet, il m’apprend qu’à Aire, la commune va mettre les noms des cours d’eau sur les ponts. J’avais remarqué qu’on ne savait pas toujours nommer les eaux qui traversaient la ville, fallait bien suivre sa carte et demander à un quidam, ce qui n’empêchait pas les méprises… (cf. le lundi 25 octobre 2021 et autres articles concernant les sorties dans Aire).
En suivant un tracé sur la carte, il pointe l’endroit où, pour lui, le fossé venant de Mississipi devient l’Echeu. Le cours d’eau coule parallèlement à la Laque qui est juste un peu plus bas, dans le marais de Lenglet.
Cette dérivation de la Lacquette a été escamotée en passant sous la D943, puis déclassée en simple fossé… Mais je ne m’en laisse pas conter, au fond, pour moi, elle restera toujours « la Lacquette »… même si j’ai fini par comprendre qu’il était parfois vain de vouloir différencier à tout prix les eaux. En somme, dans ces basses terres, c’est la valorisation de l’impureté, toutes se mêlent, ou s’emmêlent, la liaison entre les cours d’eau maillent les terres de nombreux fossés qui drainent et servent à diluer les inondations.
Monsieur Delattre m’explique que les fossés reliant l’Echeu à la Laque fonctionnent comme des bras de décharge en cas d’inondation. Mais avec le temps et l’évolution des usages des parcelles, possible que les fossés se bouchent avec la végétation. Comme c’est privé, ça échappe à leur gestion.
Ces fossés protègent les biens des habitants qui sont le long de la Laque. Avec la montées des eaux, lors des crues, me dit que ça lui donne parfois des frayeurs (cf. la sortie du mercredi 1e juin 2022) : ici, c’est la loi du marais.
Il n’y a pas si longtemps, dans ce coin là, j’ai eu l’occasion de me rendre compte de la proximité des habitats, ils s’égrainent le long de la Laque, voire même entre celle-ci et un fossé de l’autre côté du chemin du Marais de Lenglet…
Plus à l’est, là où les eaux de l’Echeu/Lacquette se mêlent à celles de la Laque – avant le village du même nom, à proximité de la D187 -, les rives sont parfois contraintes et peuvent engendrer des engorgements, une habitante m’avait rappelé les inondations de l’hiver…
Monsieur Delattre continue, expose ces situations à risque, comme au niveau du siphon, le passage de la Laque sous le canal. Il arrive que celui-ci soit encombré, lors de montées de crue, par des « flottants » : bidons, caisses, bouteilles, bois de chauffage, etc. Tout ce que les gens peuvent avoir sur leurs terrains, en limite des cours d’eau, comme des fossés et qui peuvent être emportés… Ça peut provoquer une décote de 60 cm au niveau du siphon, en conséquence, ça fait monter l’eau en amont…
Me dit que dans leur service, ils surveillent les hauteurs d’eau, les différences de niveau à différents endroits ; elles indiquent qu’il peut y avoir un bouchon : une passerelle peut avoir lâché, un baraquement s’être effondré, un arbre, tombé… Ils pratiquent cette surveillance, en véhicule, à pieds ; me dit que ça tombe souvent la nuit, en lien avec le décalage entre chutes de pluie en amont et arrivée effective des eaux.
Il me fait comprendre qu’une des difficultés relève toujours du saucissonnage d’un cours d’eau : un cloisonnement administratif qui entraine une vision parcellaire de son état et de ses fluctuations. Heureusement, les tendances sont à la gestion d’ensemble, mieux coordonnée, pour prévenir des inondations mais aussi de ses usages, comme des prélèvements qui affectent l’aval, une question de bon sens. Et à Aire, ils en savent quelque chose, le nœud d’Aire cumule tous les apports des cours d’eau alentours…
Je le quitte un peu avant midi, il a un autre rendez-vous. Me propose de ne pas hésiter à le solliciter si j’ai d’autres questions. En attendant, il m’a permis de vérifier ce que j’avais vu entre Mississipi et La Lacque, contribuant à me donner une meilleure compréhension de cette zone sud de la ville.
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C’est vérifié, L’Echeu – un cours d’eau qui nait d’une dérivation de la Lacquette – se mêle bien à la Laque par de nombreux fossés de délestage ; tous se fondent en un seul cours d’eau avant d’arriver au village La Laque (probablement encore une fiction rassurante…) : officiellement, la Laque, au sud d’Aire. La Laque-Lacquette-Echeu s’en va sous le canal finir sa course dans la vieille Lys… Mais là, c’est une autre histoire qui me fait sortir du bassin de la Lacquette.
J’ai terminé mon enquête de la Lacquette, maintenant, la suite…
Mississipi, arriver au rendez-vous de 10 h avec Dominique, je l’avais rencontré avec Amandine le mercredi 13 avril. Il a accepté d’être mon guide ce matin.
En savoir plus sur ce quartier où il a passé sa jeunesse, sur le rapport des riverains avec l’eau des fossés, de l’eau même de la Lacquette en fait.
Vérifier son parcours : de la prise d’eau qui doit se trouver au niveau de l’ex « 3 Mousquetaires » jusqu’à l’exutoire… le canal d’Aire. Enfin, j’imagine… … vu les dérivations qui existent un peu partout dans ces basses terres, on ne peut être sûr de rien !
Dominique était arrivé depuis un moment, c’était levé tôt faire son tour… Je lui parle des terres agricoles au sud, le quartier les accule à la levée de terre de la contournante. Me dit qu’ici c’est marécageux, c’est le marais de Lenglet. Le quartier s’est construit dessus, la contournante est récente, elle a coupé en 2 ces terres.
Les fossés enserrent les habitations dans un dédale, je lui demande d’aller voir.
Me rends compte qu’il salue du monde, l’inverse aussi : je sens bien qu’il est chez lui ici. Quand je lui parle du rapport des habitants à l’eau, me dit qu’ils s’en servent communément pour arroser leur jardin.
Tout en marchant, me fait remarquer le canard qui niche dans le creux d’une souche, les épinoches qui s’enfuient à notre arrivée au fond d’un fossé…
C’est un passionné de nature, il est toujours avec son appareil photo… L’eau est assez claire, plutôt vive, des plantes y vivent, c’est bon signe.
Maintenant, il reconnait des habitations, des passerelles : « elles n’ont pas changé depuis 40 ans… » Mais d’autres maisons ont été construites sur d’anciens emplacements, une rupture temporelle dans cet habitat daté. « C’est un quartier super calme. Si je m’assieds un bon moment au bord d’une rue, je n’entendrais pas de bruits, personne à faire hurler de la musique… »
Quand il était gamin, les enfants du quartier jouaient à pêcher des petits poissons – des épinoches – mais aussi des salamandres et des grenouilles…
Des fossés à l’eau vive, d’autres sont plutôt stagnants…
Je m’y perds : des fossés à gauche à droite de la rue, ne se joignent pas, contournent une maison ou reçoivent de nouveaux fossés qui arrivent à la perpendiculaire. Certains ne semblent pas actifs, envahi d’une végétation de marais…
Quand je lui demande si les gens ont conscience que c’est l’eau de la Lacquette qui coule, me dit que certains savent parce que ce sont des pêcheurs ou qu’ils l’ont été, petits… Lui-même l’a appris en apprenant à pêcher avec son parrain.
« L’hiver aussi, quand c’était gelé, c’était notre patinoire, on roulait même en vélo ! »
En arrivant à la ferme où il venait chercher le lait – parfois du lapin, il indique l’eau qui passe sous la route, m’expliquant qu’elle longe la ferme en direction du petit bois que j’avais vu avec Amandine, le mercredi d’avril où on s’étaient rencontrés.
En remontant la rue, une voiture s’arrête : il reconnait le gars, un fils de la maison, le « ch’taupier » (piégeur de taupe accrédité), le salue, échange quelques mots avant de s’engager dans l’impasse à gauche. M’avoue qu’il n’est jamais allé par là, ne sait pas pourquoi… Il veut voir.
Au niveau d’un jardin, il pointe la ligne de maison au loin : « derrière, c’est la rue des Marronniers, on aperçoit même le château d’eau. » Là, je me situe : « celui qui est à côté de l’ancienne piscine ? » Il acquiesce.
De l’autre côté de la rue, montre une maison : me dit qu’étant petit, il venait chercher des légumes, l’homme, un particulier, en cultivait et les vendait pour pas grand chose, 5 fr pour 10 kg de légumes. Se souvient bien, il y avait aussi plusieurs ferme dans le coin…
En passant un pont, s’arrête, « le barbelé a toujours été là ! » Ces éléments de reconnaissance semblent rassurants : quelque chose du passé persiste, s’accroche encore de-ci de-là dans le quartier comme autant de repères dans l’espace et dans le temps de son enfance.
Il pointe la direction de l’eau, me disant qu’il y a d’autres fossés qui la ramène de l’ouest, viennent alimenter le réseau de Mississipi.
Je lui parle de la prise d’eau dans la Lacquette, au niveau des « 3 Mousquetaires », une dérivation doit passer sous la route pour venir dans le quartier, mais pas réussi à voir l’embranchement…
A chaque croisement, me raconte les fossés d’avant : parfois une branche abandonnée, une prise d’eau dont il ne reste qu’une buse… « Au bout de l’allée des Maraîchers, il y avait un fossé, pas bien long, on peut en voir trace en regardant sous le pont. » Aller voir, apprécier…
Le quartier s’est quelque peu transformé, en toute discrétion… gardant ça et là d’anciennes maisons, en renouvelant, mais toujours dans la contrainte de la structure propre au réseau de fossés et de ses rues fort étroites…
11h20, il ne lui reste pas beaucoup de temps, m’embarque à l’entrée du Chemin de la Lacquette – non loin de l’ex « 3 Mousquetaires » – voir la prise d’eau dans le Mardyck.
Me fait un plan : m’explique qu’elle allait dans la Lacquette en passant sous le bras principal, pour se jeter dans le bras de dérivation qui file sous la route de Witternesse… Une histoire dont nous avons fait le tour le 12 avril avec Ianis lorsque nous l’avons traqué dans le parc du site des assurances Pilliots…
Mmm, décidément, je n’en finis pas avec ce coin là, alors que je croyais avoir tout vu, j’en découvre encore…
Voitures arrêtées à la patte d’oie, Dominique m’emmène à pieds au pont du Mardyck : hélas, une palissade bois masque le passage, l’eau a été empêché…
De l’autre côté, un fossé se prolonge bien en direction de la Lacquette, enfin, jusqu’à la route qui les sépare… En fouinant, nous trouvons une buse qui passerait bien sous la route, mais rien côté Lacquette !
De l’autre côté du bras de dérivation, Dominique me montre ce qui pourrait s’apparenter à un ancien ouvrage de briques : un passage ?… Bouché !
Notre imagination cherche à reconstituer une histoire ancienne.
C’est qu’il mène lui aussi son enquête…
De fil en aiguille, Dominique m’aide à recoudre les pièces éparses d’un réseau complexe élaboré depuis les temps anciens pour protéger la cité d’inondations délétères.
Avant de quitter les lieux, nous allons à côté, au carrefour de la D943 et de l’allée des Marronniers, à l’entrée des assurances Pilliots – l’ancien »3 Mousquetaires » : essayer de repérer ce bras de dérivation de la Lacquette qui va alimenter le réseau de fossés à Mississipi.
En scrutant attentivement le fossé qui longe la route… Rien, toujours rien ! Aucune trace de prise d’eau qui traverserait sous la chaussée… Mais alors ? Se pourrait-il que le tampon près de la route ? Mmm…
Traverser, aller voir de l’autre côté : bingo ! Le long d’une maison, un fossé à l’eau vive confirme ce détournement d’une autre parti de l’eau de la Lacquette. Nous contournons pour accéder par un champ qui a été fauché ; en nous penchant dans l’axe, nous voyons une arche qui pointe dans la bonne direction…
Et hop, retourner de l’autre côté : constater la présence d’autres tampons au bord du carrefour, la prise d’eau est forcément là-dessous, mais cachée, souterraine, sous le bitume…
Avant de retourner chez lui, Dominique veut me montrer un endroit, plus bas, où la Laque se sépare en 2. Nous nous engageons sur la D943 ; au bout de quelques centaines de mètres, tournons à gauche, juste après le pont sur la Laque, et stationner au début du sentier qui s’enfonce dans le marais de Lenglet…
Là, non loin du pont, il me montre une prise d’eau qui détourne une partie du courant vers un fossé sur notre droite, le courant lèche assidument le terrain d’une habitation, au point d’endommager une clôture, penche dangereusement… J’imagine en hiver le travail de sape du cours d’eau…
Sur notre gauche, la rivière s’enfonce, entamant ses méandres. Retourner à droite : le fossé de dérivation est bien droit, bordé de saules… Jauger, comparer…
Je reste surpris par cette division, elle devait sans doute être indiquée sur le plan que j’ai eu en possession, mais la voir sur place, c’est une prise de conscience qui découle de mon implication physique, sans quoi, elle ne resterait qu’une abstraction, un trait sur une carte.
En retournant sur le village de La Lacque, Dominique me propose de me guider vers un autre accès du Marais de Lenglet, au niveau de la rue du Portugal. Sur la contournante, prend aussitôt à droite une petite route agricole, à un carrefour, de nouveau à droite, entrer dans un hameau, passer un premier pont puis, aussitôt, un deuxième… Nous buttons sur un espace de stationnement : il m’explique qu’il y avait une piste de karting à côté et, en face, un terrain de tir à l’arc… Après quelques recommandations pour la poursuite de l’expédition, mon guide repart…
L’endroit est parfait, je m’installe à côté pour pique-niquer, à l’ombre d’un grand saule blanc qui surplombe la Laque. Les peupliers ont neigé leurs aigrettes cotonneuses…
Pas pu m’empêcher de me rendre au pont qui enjambe la Laque : changer de point de vue. Et puis…, remonter dans la rue pour gagner l’autre pont : il correspond bien à la dérivation de la Lacquette qui vient de Mississipi.
Manque le bras de dérivation de la Laque, faut que je retourne…
Je commence à mieux situer : 3 cours d’eau s’écoulent, parallèles ; filent vers le canal ; semblent s’ignorer, mais je sais que c’est une illusion, faut que je les suive, que je les traque, jusqu’à l’exutoire, normalement le canal…
La Laque principale m’entraîne le long des maisons du hameau, la rivière lèche paresseusement les terrains des habitations…
A droite, le terrain de tir à l’arc : j’aperçois une ligne nette de peupliers, un indicateur ; je veux aller voir si je peux y trouver le fossé de dérivation de la Laque.
Ça commence à prend des allures de match : à ma gauche, la Laque avec ses méandres, à droite, sa dérivation, rectiligne, au flux soutenu, le fond enherbé de végétation aquatique… Y a t’il une Laque légitime, ou tout simplement UNE Laque ?
Retourner sur mes pas, aller voir vers l’amont histoire de vérifier : méandres à droite maintenant ; à gauche, la dérivation n’est pas encore visible, trop loin, je n’apprendrai rien de plus.
Plus qu’à regagner la voiture et poursuivre mon périple en l’aval : vers le village de La Lacque, je devrais pouvoir accéder à l’exutoire… Le canal d’Aire.
Chemin du Marais de Lenglet, dans un virage, le fossé disparait sous la route… Je m’arrête : une buse amène l’eau dans la Laque « principale », en plein méandre, la rivière se reforme !
En poursuivant, je perds de vue la Lacque, et je la retrouve un peu plus loin, elle était partie faire un méandre… Déboucher à un carrefour d’importance, ça fait ville… En face c’est rue de la Rivière, de bon augure, je prends à gauche pour m’arrêter à côté d’un pont.
Suis à Lenglet, heu… à Trézennes, enfin, je ne sais plus… On dirait que la Laque fait frontière. Chaque commune rivalise de signalétique. L’endroit en est encombré…
Emprunter la rue de la Rivière : une promesse… Impasse. Rebrousser chemin et prendre la rue Louis Dupont, elle file, parallèle à la La Laque…
Au bout, je reconnais. La fois où je suis venu avec Ianis, le mardi 12 avril, nous avions rencontré des riverains qui avait été inondés… C’est que la Laque et la Lacquette fricotent par ici, d’ailleurs les cours d’eau se rejoignent derrière une des maisons, au bout d’un jardin. Je ne pourrais pas voir.
Suis toujours rue Louis Dupont : interminable… La Laque-Lacquette est derrière la ligne d’habitations, poursuit son voyage.
Au carrefour, j’arrive au village de La Lacque, je reconnais le pont et je profite d’un chemin en face, suis pas loin de l’ancien établissement l’Osmose.
Ce chemin semble se diriger vers le canal : indiqué comme le chemin du Halage de la Roupie… Mmm je commence à douter, plus de rivière en vue, trop loin, les lieux sentent l’abandon… Insister. Des signes d’occupation : une ancienne pesée, une ruine industrielle se profile, hangar rouillé, squelettique… Bruit lancinant d’un tracteur qui tond un terrain de sport improbable…
Je descends du véhicule pour poursuivre à pieds, plus de route… Une barrière…
J’aperçois un homme, jeune, me dit de poursuivre sur le chemin-derrière-la-barrière, je trouverais l’eau, il est parfois allé chercher des mûres quand il vient chez son frère ; ne doit pas forcément bien connaître les lieux, tant pis…
Des rails a demi enterrés confirme l’importance du site… et, sur ma gauche, un signe, un panneau attire mon attention ; je m’approche : le canal, enfin ! Mais rien sur ma gauche.
Je mets un certain temps avant d’apercevoir un sentier ténu. J’attendais autre chose, un chemin d’importance qui longerait le canal ; a dû y avoir, mais aujourd’hui, rien, la friche…
Et puis, le sentier laisse apparaître du bitume, me fait longer l’ancien site industriel aperçu en arrivant.
Finalement, celui-ci débouche sur une petite route, visiblement peu empruntée, suis à son cul de sac… La route dessert quelques maison perdues au bord du canal.
Au bout d’une cinquantaine de mètres, au détour d’une maison, un ouvrage de béton au sol, à peine visible. Mon cours d’eau vient mourir juste là…, semblant buter contre la digue qui le sépare du canal. C’est à la fois une déception et un soulagement de retrouver la Laque-Lacquette, finir ainsi… Mais… Ce n’est pas la fin : juste un siphon !… Le signale que le cours d’eau ne se jette pas dans le canal, mais doit poursuivre son chemin par-dessous… Un manie ici.
L’eau s’engouffre et passe sous le canal. Mon aventure de la journée s’arrête là… Je vais devoir chercher sur une carte ce qu’il advient du cours d’eau : va-t-il se perdre dans les terres basses des Flandres ? ou bien se jeter dans quelque rivière d’importance ?
La Lacquette me réserve bien des surprises. Alors que je croyais naïvement qu’elle se jetait dans la Lys à Aire… Tout semblait pourtant m’indiquer cette fin honorable… Les hommes du passé ont brouillé les cartes à souhait, détournant ses eaux en des bras qui, de dérivation en dérivation, l’ont connecté à d’autres cours d’eau, les menant en des lieux parfois insoupçonnés.
La Lacquette serait-elle une fiction ?
Ici, au Sud d’Aire-sur-la-Lys, le cours d’eau passe sous le canal, poursuivant son cours méandré, semblerait-il, jusqu’à la vieille Lys qui longe la Lys actuelle, à Houleron, dessinant la frontière avec le département du Nord.