Mardi 22 février 2022 | Remonter la Lauvet à sa source, un affluent du Surgeon : la Douce Fontaine


Départ vers 9h30, direction Estrée Blanche, Cuhem… La tempête a fait de la casse, vu ça le long de la route… Des arbres brisés, leurs moignons ; ils ont déjà été coupés, débités, évacués… Les sols sont trempés, les cours d’eau vifs….

10:40, arrêt à Fléchin, avant d’aller chercher la « Douce Fontaine », source de la Lauvet. J’avais idée d’aller à la mairie et me laisser aller au hasard des rencontres. Raté, fermé les moments où je suis disponible. Je regarde autour sur la place et décide de tenter le café, pourrait même servir à manger le midi…

Quelques anciens sont assis, petit verre sur la table ; derrière le comptoir un homme d’une soixantaine d’année, deux personnes au bar.

C’est clair, tous le monde se connaît ici. En demandant un thé, j’interroge le patron sur les cours d’eau dans le coin ; me propose d’étaler la carte sur une table, et je me lance sur cette affaire du Puits sans Fond qui serait en fait le Surgeon…

Il ne sait pas trop me répondre mais les voisins de tables, si ! Seraient même plutôt bavards les deux anciens…

Je note l’entrée d’un nouveau personnage dans le café ; le patron a disparu de la scène et les deux hommes qui étaient accoudés au bar prennent une porte à gauche et disparaissent…

Mes deux compères, Lulu et Claude, évoquent le territoire, chacun à sa manière. Lulu est de Fléchin et Claude, de Flebvin… Lulu est le plus éloquent, connaît bien le coin et, entre leurs souvenirs et des anecdotes du coin, j’apprends quelques infos, mais c’est l’arrivée de Georges qui change la donne. C’est un ancien élu. Il finit par s’asseoir, passe commande et offre sa tournée ; pour moi, juste un autre thé… Pas le moment de prendre une bière.

Je n’avais pas remarqué, le patron a changé… C’est un homme d’une quarantaine d’année qui sert, c’est le neveu paraît-il. Par contre pour manger ici, c’est raté, ça fait déjà plusieurs années que le patron a arrêté. Une femme d’un certain âge arrive et passe derrière le bar. On nous regarde, je devine bien que je suis l’animation de la matinée. Les hommes qui étaient sortis par la porte à gauche reviennent…

Georges en connaît pas mal et ne se laisse pas tenter par les digressions de ses compères : il regarde la carte avec moi, avec assurance il pointe l’endroit au-delà duquel c’est pour lui le Surgeon, avant c’est bien le Puits sans Fond… Avec mon crayon il corrige sur la carte : le Surgeon naît de la rencontre du cours d’eau qui traverse Fléchin et du Puits sans Fond, au niveau du Pré de Boncourt, point !

Le jeune serveur nous écoute avec une certaine attention ; la femme est partie derrière, empruntant le couloir qui dessert l’espace privé du café ; les hommes qui étaient au bar finissent par partir… Tout se déroule calmement, avec l’habitude d’un scénario bien rodée, entre ceux qui vivent leur vie à table (nous) et les autres, qui passent un moment, et s’en repartent vaquer à leurs occupations.

J’en profite pour demander à Georges à quoi correspondent ces appellations dans les zones agricoles sur la carte, comme « la Campagne » ou « les Longs Buissons » du côté de Pippemont. Georges les appellent joliment les lieudits des champs. Évoquer ces ensembles de parcelles, c’est situer des lieux dans lesquels on travaille, comme l’ancien agriculteur rencontré à La Tirmande… La carte en est constellée, c’est la poétique des champs : « le Bois des Agneaux », « les Corrissets », « le Bosquet », « la Grande Pièce », « la Verte Rue », « les Prés Linettes »…

Et pour les sources ? Georges confirme que c’est bien celle du Puits sans Fond à Honninghem qui est à la source du Surgeon. Lulu me dit que l’eau qui vient de Flebvin a pu arrêter de couler, mais n’a jamais vu celle d’Honnighem tomber à sec.

L’homme qui servait derrière le comptoir quitte la scène et sort par le couloir qui mène dans la partie privée ; le bar ne reste pas désert longtemps, un homme assez jeune entre… Il s’installe et nous écoute à son tour.

Je dis au trio qu’en allant à côté au Trou sans Fond, j’ai vu une maison, paraît que c’était un lieu d’élevage de truite. Connaissent tous l’endroit, Lulu évoque la qualité de l’eau et sa fraîcheur ; Georges ajoute qu’elle est toujours à 10-11° C, les responsables de cet élevage étaient des danois, ils faisaient produire des alevins… Mais c’est fini de temps là.

Maintenant, j’annonce que je veux aller à la Douce Fontaine, c’est la source qui manque dans mes repérages, elle alimente la Lauvet.
« La Lauvet ? » Lulu corrige, la nomme la « Lauwette », sans doute dans l’ancien parlé, Ch’ti.

L’homme au comptoir entre dans la danse, Monsieur Binet, il connaît bien le coin, il est chasseur et pêcheur. Me dit qu’il va falloir des bottes, et même peut-être plus…, vu l’état des terres en ce moment ; la source est dans le Bois d’Aunes.

Derrière, dans le couloir de l’espace privé, ça s’active : tous les acteurs reviennent sur scène ; ça sent l’heure des comptes… Georges s’en va régler sa tournée et quitte la salle, s’en retourne chez lui.

Ça ne traîne pas maintenant, avant que tous le monde ne quitte les lieux, j’en profite pour demander où déjeuner dans les parages. Tous s’accordent pour m’indiquer le « Vert Dragon » à Auchy-au-Bois, un routier sympa où on mange bien, sinon, y’aurait bien Beaumetz… J’opte pour Auchy-au-Bois, m’y suis déjà arrêté avec Didier Vivien lors de notre grande virée initiatique sur le territoire.

Claude et Lulu se lèvent et s’en vont payer leur dû ; ils saluent cordialement ceux qui restent encore, et partent chez eux… A mon tour de régler, je prends congé, cet endroit était fort agréable.

*

Après ma pause du Vert Dragon, où j’ai déjeuné en compagnie de 3 autres clients, je sens le vent qui se lève, les nuages défilent sacrément vite…
Remonter sur Westrehem, sur la ligne de partage du bassin de la Lacquette, le vent chahute la voiture, elle tangue.

A Fléchin, je tourne sur Boncourt et m’enfonce résolument dans la campagne ; petite et déserte est la route… Je l’ai même prise un temps pour un chemin agricole… La carte m’indique de traverser le carrefour et de poursuivre dans la direction de Cuhem… Ça, c’est sur le papier, plus d’indications depuis un moment : le paysage qui est devenu collineux ; suis entré dans la Vallée de la Chaine, la route serpente mollement… Et le vent qui forcit, la nouvelle configuration du terrain doit faciliter la circulation des courants d’air…

Chercher des yeux un chemin sur ma droite : le bois au loin semble correspondre. 14:20, je sens que je touche au but ! Un chemin plonge vers le bois ; je m’arrête prudemment dans l’entrée et pars à pieds tester la descente ; le vent me bouscule ! Je titube, retour à la voiture… Avancer lentement avec le véhicule… Je doute… M’arrêter, tenter un demi-tour… péniblement… et pour finir : m’embourber, argh ! la voiture patine…

Après plusieurs tentatives infructueuses, remonter difficilement la pente… Surtout, ne pas s’arrêter !… et se garer prudemment à l’entrée.

Bon, il est temps de mettre les bottes et de partir à la recherche de la « Douce Fontaine ».

D’abord, retourner où j’en étais avec la voiture et commencer à fouiner, à observer les signes alentours… J’en déduis rapidement que j’entre sur le territoire des chasseurs. En bas, à gauche, un bassin récemment creusé capte l’eau de la source. Une passerelle qui fait office de barrage s’ouvre sur un espace qui a été tripoté : grillage, buses… Ils délimitent un bassin ; l’eau est toutefois limpide, un signe d’importance : suis sur la bonne voie…

Impossible de traverser ou de passer sans escalader la butte sur ma droite. Celle-ci sépare le bois des champs, elle est artificielle, mais comment l’interpréter ? Pour faire un lit à la source, un bassin ? Il est tout en longueur, semble être dans les 5 m de large voire plus.

Un chaos d’arbres fraîchement tombés me barre la route, sans doute l’effet de la tempête qui a sévi avant le week-end. Bon, rebrousser chemin, et remonter le cours de l’eau à l’aveuglette, en longeant le champ. Chercher un passage : le fossé boueux ne m’inspire pas confiance… Je note de temps en temps des coulées animales et de vieilles planches moussues faisant office de passerelles.

Finalement, je trouve un point de traversée, agrémenté d’un avertissement : « Propriété privée ». Continuer malgré tout…
Descendre un chemin peuplé de vestiges assez énigmatiques, propres à l’activité des chasseurs ; semblent à l’abandon ; j’en interprète certains comme étant des abris de nourrissages… et des cabanes… L’une d’entre elles est plus complexe, un laurier palme s’est couché dessus et, derrière : LA source !

Enfin… plutôt discrète, c’est le début de ce long fossé ; je cherche son point d’apparition… et finis par remarquer une forme d’eau bombée, la marque d’une remontée… Elle sort d’un embout métallique, comme ceux vus dans les cressonnières…

Ailleurs, je commence à repérer des taches grisâtres sur le fond plus sombre du bassin. Elles me laissent supposer d’autres points de résurgence. Quelle était la fonction de ce bassin ? Y aurait-il eut une cressonnière ici ? Dommage que le chasseur vu au café de Fléchin ne soit pas avec moi !

En suivant le mouvement de l’eau, je retombe sur le chaos d’arbres et cherche un échappatoire pour repasser le film à l’envers, par le champ labouré et retrouver le plan d’eau…

Hormis le nouveau bassin à proximité du chemin, cet endroit recèle des vestiges d’occupations, je ressens un abandon. Comme pour confirmer ce sentiment, je retrouve la vieille caravane aperçue non loin du nouveau bassin, à l’entrée du bois. Et pourtant, pour démentir cette impression, en m’approchant… je vois qu’un arbre est tombé là… a déjà été débité… C’est donc fréquenté !

Le vent semble avoir encore forci… une nuée approche, le ciel s’assombrit rapidement… Le temps de gagner la voiture et une bruine s’installe, me cinglant le visage au rythme des rafales… Des gouttes d’eau maculent la vitre, recouvrant le paysage d’un effet aquatinte. Cet épisode pluvieux clôt la quête de la source de la Lauvet, il est 16:25.

En repartant, je m’arrête à la sortie de Cuhem, l’envie de revoir le pont sous lequel coule vivement la Lauvet empressé de rejoindre le Surgeon… Suis maintenant à la limite de Fléchin ; je m’arrête au bord de la route, à l’entrée du chemin qui doit mener au champ où coule le Surgeon…

La carte confirme : j’entre dans « le Pré Warin », un fond de vallée, mais la Lauvet ne poursuit pas sa course éperdue à travers champ, elle a été contrainte de prendre un virage à 90°et de patienter un peu, avant de pouvoir se mêler au cours majeur.

Je ne peux m’empêcher d’aller jusqu’au Surgeon… voir son gabarit : il coule vivement derrière la ligne des arbres.

17H00 : je peux quitter ce cours d’eau avec lequel j’ai partagé un moment, entrant dans son monde fait de bois et de champs, pour le voir s’émouvoir, se précipiter ou s’étaler mollement…

J’ai comme l’impression de passer mon temps à détricoter le maillage que les habitants de ces lieux ont patiemment tissé, cherchant à dénouer les fils de l’eau de ce sous-bassin, en remontant leur cours, jusqu’à leur sources… levant, en quelque sorte, une partie du voile paysager qui recouvre le Surgeon et ses affluents.

Vendredi 7 janvier 2022 | Boncourt, à l’angle de la rue Jean-Marie Defrance et de la rue du Marais : le Trou sans Fond


Le départ est programmé à 13:30 avec Samia, elle m’accompagne aujourd’hui dans ma quête, arrêt carburant puis nous sortons de la D943, après Lillers, pour tourner sur Bourecq et Saint-Hilaire-Cottes. Au loin le ciel s’est passablement assombri. Je fais remarquer que ça tombe vers là où nous rendons… En prenant la D94, nous passons sous l’auto-route des Anglais pour rejoindre la chaussée Brunehaut. Je reconnais le carrefour où nous avions fait une pause déjeuner avec Didier Vivien. Maintenant nous approchons de Fléchin, nous sommes impressionnés, les alentours sont tout blanc, on dirait qu’il a neigé ! Arrêt à Westrehem pour montrer la chapelle près de bâtiment agricole, le sol est jonché de grêle en fait… L’averse a dû être importante. La route est couverte d’une couche qui m’impose la prudence. Passage obligé à Flebvin-Lès-Aire, décidément… ce lieu est têtu. J’y retrouve la D77 qui va nous permettre de reprendre l’enquête où nous nous étions arrêtés hier avec Émilie.

J’en profite pour m’arrêter à la sortie de Flebvin pour observer l’eau qui va rejoindre le ruisseau du Puits sans Fond derrière le château…

Un peu plus loin, en traversant un hameau de la commune, suis attiré par l’eau qui coule dans le fossé à gauche, elle est drue, chargé, ocre jaune. On s’arrête le long des maisons et je file vers le fossé, regarde pisser l’eau d’une gouttière, remonter le long de la route, et suis le flux jaunasse. Indéniablement, l’averse de grêle a chargé les alentours et l’eau s’écoule vivement maintenant. Je dis à Samia qu’on a l’occasion de vivre en direct l’arrivée des eaux des champs…

Une homme sort, intrigué par nos manœuvres, il a remarqué qu’on photographiait, on comprend vite qu’il nous prend pour d’autres… Daniel qu’il s’appelle, il nous parle de cette situation avec les fossés qui débordent. Nous dit qu’on est ici sur le territoire de la CAPSO, qu’avec le remembrement et les aménagements qui ont opéré ces tracés, les eaux ont été déviés et vont rejoindre plus bas le ruisseau à travers champs ; les « creuses » (chemins creux) ont été supprimés et maintenant l’eau s’écoule de l’autre côté de la route ; comme pour appuyer ses explications, il pointe la doigt derrière sur sa gauche et nous évoque le plan d’eau qu’il y avait là.

En le quittant, je veux aller voir les fossés dont il a parlé, nous nous rendons un peu plus loin, à une sortie de champs boueuse, l’eau descend vivement vers le fossé. Avec Samia, nous nous rendons compte que ces eaux chargées viennent de directions opposées et s’assemblent pour passer sous la route, vers le fond de vallée. A droite derrière la haie, un grand fossé a été creusé dans une parcelle humide, colonisée par les joncs.

Je prolonge ma marche dans l’autre direction, prudence, les voitures roulent vite ici… L’eau dévale de la colline, est bloquée par des planches, sans doute pour éviter qu’elle se répande dans le fossé et finisse par déborder sur la route. L’eau traverse sous la route et rejoint le fossé qui descend vers le ruisseau en bas de Pippemont.

Nous nous y rendons en voiture, lorgnant vers l’eau du fossé. A la sortie du pont nous trouvons à nous garer : l’eau est bruyante, ça vient de l’autre côté, une chute au niveau de l’arrivée d’eau d’un fossé qui a bien creusé son lit. De l’autre côté, j’aperçois un bras qui arrive d’un pré ; je retourne sur la route pour gagner l’entrée du pré et essayer de voir cette arrivée d’eau, impossible ; après une courte hésitation, j’ouvre la barrière et pénètre.

A droite, à une centaine de mètres, une pelleteuse, elle a élargi un fossé pour faciliter le drainage de la prairie ; à gauche, je m’approche du ruisseau, la berge demeure inaccessible, embroussaillée, mais j’y gagne, le contrechamp me permet d’établir une liaison : le fossé traverse le pré à l’oblique, vient indéniablement de la route, là même où nous avons constaté le mélange des eaux tout à l’heure. Ça doit faire dans les 700 m d’après la carte.

Cette situation me permet de voir les eaux des champs dévaler vers un cours d’eau qui les rassemble, une vraie leçon de terrain d’hydraulique… La configuration des lieux me facilite le changement de point de vue et d’envisager le site sous différents angles ; c’est finalement saisir l’endroit dans une globalité : un préalable au geste cartographique.

Après cet épisode, je peux envisager de poursuivre sur Fléchin et rechercher la source nommée « Trou sans Fond » sur la carte IGN. Dans le village, l’appel des ponts imposent le rythme et les sorties exploratoires : un tour à droite, on a repéré un passage qui longe le cours d’eau : cul de sac, après, c’est privé…

Retour et remonter le cours de l’eau, le flot est puissant, nous nous sommes arrêtés près d’un muret qui le longe, j’imagine à la fois pour protéger la rue des débordements et des chutes…

Un peu plus loin, au détour d’un virage, le bruit puissant d’une chute d’eau nous intrigue, Samia me montre qu’on la devine derrière la végétation, ça semble tourner brutalement à gauche ; en redescendant, aucune vue par-dessus la clôture, l’eau contourne l’habitation ; peut-être y avait-il là un moulin ?

Nous poursuivons, tantôt à pieds, tantôt en voiture pour coller au plus près de l’eau ; de fil en aiguille, nous approchons de notre but : cette source tant convoitée du Trou sans Fond. Le fossé est toujours large et plein, traversé de passerelles qui mènent à des maisons ou des terrains.

Sommes sortis de Fléchin, Boncourt : nous approchons…, le cours d’eau devient plus libre, il traverse un vallon qui se révèle à terrain découvert, une maison isolée gît au fond, donne l’impression d’être traversée par le cours d’eau.

Sommes enfin à la fourche, à l’angle de la rue Jean-Marie Defrance et de la rue du Marais, une arbre majestueux trône, équipée d’une chapelle, il marque l’endroit, nous y sommes : y’a plus qu’à…

Descendre et entreprendre l’exploration, d’abord ensemble, puis chacun de son côté… Finalement, nous remarquons qu’à l’abrupte de la route, des gabions de graves bordent un bassin assorti de deux buses. Un peu plus bas, un autre bassin, naturel cette fois, l’eau bouillonne bruyamment à la sortie d’une buse éventrée : c’est là ! Le sol enherbé est détrempé, couvert de feuilles mortes parsemée de grêle, la situation nous rappelle qu’il ne fait pas chaud ; Samia finit par aller se réfugier dans la voiture. Je fouine encore un peu…

Lâcher l’affaire, va être temps de retourner, 16:20 déjà. Sur le retour je propose à Samia d’aller jeter un œil au pont de l’autre côté de Fléchin, il va enjamber le ruisseau le Puits sans Fond… Une occasion de s’arrêter pour satisfaire une dernière fois ma curiosité.

On aperçoit un groupe : trois hommes, se laisser tenter, l’occasion est trop belle… Je leur pose des questions, le plus grand, pas farouche, me répond d’un ton enjoué qu’ici c’est le Surgeon… Aïe, lui dit, en tenant fermement ma carte IGN, que c’est le Puits sans Fond… Il connaît pas ce nom… Avec ses compères ils échangent, puis il rend son verdict : « y’a qu’à aller voir à la mairie le cadastre, pour moi ça a toujours été le Surgeon ici… », mais j’insiste, un peu têtu, gonflé de certitudes… le doigt sur la carte. Il persiste. Je commence à désespérer… Pendant ce temps, l’ancien retourne armé de sa fourche à ses occupations derrière le tracteur et le jeune descend, entre sous un porche et disparaît de la scène.

Et la source du « Trou sans Fond » ? Pareil, connaît pas ce nom… Il connaît l’endroit, bien sûr, les deux buses, la maison là-bas : c’était un élevage de truites, l’eau est claire. L’eau passe à Fléchin, dans le Pré Boncourt et va se jeter dans le Surgeon. Alors je lui fait part de ma quête, le bassin de la Lacquette, sa source à Groeppe ; le Surgeon à Cuhem et la source que je suis allé chercher là-bas… « Mais la source du Surgeon est à Honnighem ! » s’insurge-t-il. Argl !… Visiblement, nous ne parlons pas de la même chose, j’ai l’impression d’être entré dans un monde parallèle où les choses ne sont pas tout à fait pareil, suis troublé… « Je peux vous emmener voir, vous avez des bottes ? », je lui réponds que si c’était possible, demain, je serais disposé à venir… On doit rentrer à Béthune, il est déjà tard pour nous. « Bah, ça m’arrange pas demain, suis en retraite mais c’est le week-end. »

Il s’appelle Watelle, il accepte de me donner son numéro de téléphone, je tenterai à un autre moment. Pour conclure, il me dit « y’a de l’eau partout ici », j’en conviens, pas si facile de s’y retrouver, un cours d’eau se nourrit de sources multiples…

Le jour baisse vite maintenant, on a un peu froid, les pieds pour Samia, les mains pour moi… Nous rentrons par le même chemin, le temps a vite passé, difficile de faire plus, faudra que je revienne pour essayer de trancher, Surgeon ou Puits sans Fond ?à moins que ce soit les deux ?

Samedi 23 octobre | Après-midi, poursuivre : la quête de la source du Surgeon


Estrée-Blanche : au sortir de la friterie, se remettre en route, seul cette fois : remonter la rue de Fléchinelle, sur la comme d’Equin-les-Mines… Avancé, l’œil rivé sur le Surgeon qui coule le long, dans un fossé profond. Sauts de puce, je m’arrête souvent, pour une passerelle, un panneau, l’abord d’une entrée de propriété… La rue reste bordée de maisons sur la droite, à gauche le panneau barré d’Estrée-Blanche, je quitte le village pour Fléchinelle.

Une passerelle m’arrête, descendre, aller voir : un peu fouillis végétal, entre abandon et singularité d’un joyeux bric à brac. Un homme sort de la maison de l’autre côté de la rue, je l’ai visiblement attiré. Je me dirige vers lui, il m’interpelle, prenant les devants : s’appelle Michel, me dit qu’il est originaire des mines, que si je veux je peux traverser la passerelle aller dans son jardin… Lui parle du Surgeon qui coule là, m’explique que ce n’est pas son lit d’origine, il a été dévié du temps de la mine, son lit est là-bas, derrière : montre du doigt un arbre, il est au milieu…

Quand il y a des inondations, le Surgeon déborde et se répand là, reprend son ancien lit. Me demande de le suivre, nous remontons un peu la rue, me dit de regarder sous des frondaisons : « là, il fait un coude à angle droit, sur 70 m et il reprend son lit en amont. » En aval, il suit la route sur environ 400 m avant de plonger à droite dans le village, vers la Lacquette. Me dit de l’attendre, parti chercher une photocopie : « cette maison, c’était avant un café… »

14h05, j’ai quitté monsieur Deneuféglise, je pourrais repasser le voir à l’occasion. Poursuis ma route vers la ferme des Templiers que Didier m’a dit d’aller voir. Plein de voitures, du mal à stationner… J’observe le cours d’eau qui longe le bâti et pénètre dans la cour. Désert. Non, de la musique, j’aperçois deux jeunes, me dise que c’est une fête pour un départ en retraite ; je rebrousse chemin… Je note qu’ici la vallée est assez encaissée, la pente d’un pré est bien raide.

Continuer vers la Carnoye, c’est maintenant la campagne, les champs… J m’arrête un temps au moulin, l’est en face d’une ferme, bien active. Après, la rivière fait un coude, je devine son cours au loin, en bout de champ, avait-elle aussi été détournée ? Pour le moulin ?… Continuer.

Je m’arrête un peu plus loin, la végétation du cours du Surgeon est revenue à la route, le ruisseau a fait son retour : je m’avance à pieds, à droite un grand champ où a été récolté le maïs, le cours d’eau a parfois mangé ses berges, un embâcle, il doit pouvoir couler fort…

Direction Cuhem maintenant, la carte IGN m’indique des bras ou des canaux dans le hameau, semble avoir des bassins ou de petits étangs… Le Surgeon viendrait de là. Mais d’où ? Quel fossé suivre ? Au bout d’un moment, à observer le terrain, carte en main, je pense avoir trouvé le bon filon…

M’enfonçant dans la rue, arrêts fréquents, je m’approche, photographie la métamorphose du ruisseau en aimable ruisselet qui passe d’un coté l’autre d’une rue qui s’étire, annonce les champs… A la patte d’oie, j’hésite, en face, un corps de ferme, sur le côté, je devine qu’il longe le bâti, s’enfonce ; je le perds de vue… Sentiment d’approcher du but. J’arrive sur des terrains privés : frustration.

Têtu, je prends la rue à gauche et cherche à contourner, trouver une approche… Une placette, une impasse, elle s’enfonce, passe du bitume à l’herbe ; j’aperçois une barrière de champ : je tente à pieds. Un homme dans un jardin a remarqué ma manœuvre, il m’observe.

Au bout du bout, collé à la barrière, je retrouve mon cours d’eau qui passe entre deux prairies. A rebrousse poils, je suis des yeux d’où, et remarque un petit canal dans le jardin de l’homme. Je m’avance vers lui : le Surgeon ? Lui, pensait que c’était la Lacquette ici. « Pour la source, si vous regardez bien, là-bas dans le pré, on perçoit qu’il y a une arrivée d’eau à remonter vers le bois… Sinon, devant, au bout, derrière les tilleuls, il y a une source aussi. » Mais pour lui, il y aurait deux sources en fait… La pâture, là en face, ça nous appartient, mon frère a la ferme, par contre, pour l’autre source, vous pouvez y aller, mais faut retourner et prendre à gauche, remonter encore à gauche et prendre un chemin qui s’avance vers le bois… me signale encore qu’il y avait une cressonnière par là-bas…

Je décide de poursuivre, de tester, me rendre compte du lieu, de ce qui me resterait à entreprendre… Le site où se trouve le hameau est assez encaissé, des allures de montagne ici, ça monte.

Le chemin, est à droite… Je m’arrête, non sans avoir demandé à l’homme qui est à tailler sa haie si je peux m’arrêter là. Il semble surpris de me voir débarquer ici ; je lui explique ma quête, il sourit, me dit que je suis au bon endroit, mais que c’est privé là-bas, et sans doute boueux. A remarqué ma voiture, enfin la marque de l’agglo. J’apprends qu’il est conseillé municipal à Cuhem, enfin, à la commune de Fléchin. A un moment, je comprends ma méprise, je ne suis suis plus sur l’agglo, ici, c’est la CAPSO… Bernard Deron me dit qu’ici c’est la rue du Bois.

Confirme que c’est bien le chemin pour me rendre à la source. Par contre c’est privé. M’invite à aller voir la maire, elle pourrait me faciliter l’accès, me donner des infos. Me dit que ça l’a surpris que je cherche la source du Surgeon, assez inattendu. D’habitude on voit personne ici. Quand il était jeune, il allait à la source, mais ne se souvient plus bien où la trouver, me donne quelques indications pour aller au bois… Prends congé et m’avance dans le chemin, je veux aller voir, enregistrer l’endroit, mémoriser pour y retourner plus tard… Lui, s’en retourner faire son nettoyage dans le jardin.