Le temps est-il fiable aujourd’hui ? Fait pas chaud. Émilie s’est bien couverte, a pris ses bottes aussi, elle sait que nous allons crapahuter dans la campagne. Nous quittons Béthune à 13:30, avec juste ce qu’il faut de carburant… Je verrais plus tard pour le ravitaillement. Je reprends la D943 jusqu’à Lillers, plus simple, après je tournerais sur Estrée-Blanche, puis direction Cuhem. Émilie trouve que je me rallonge, mais je vais en profiter pour lui montrer au passage ce que j’avais exploré auparavant.
Arrêt au moulin de la Carnoye, puis aller dans Cuhem voir où se trouve la source du Surgeon, enfin les deux endroits que j’ai repéré… Elle apprécie tout autant que moi le charme de l’endroit.
Je veux prendre la D77 qui descend au Sud vers Fléchin, c’est retrouver l’endroit où nous nous sommes arrêtés ensemble en décembre, le pont est à environ 1 km : le passage de la Lauvet ; va se jeter plus bas dans le Puits-sans-Fond. Mais je préfère continuer, repérer d’abord des lieux où je compte retourner plus tard, d’abord filer au plus loin : à la source…
Nous remarquons un pont dans Fléchin… continuer… Émilie a repéré qu’en tournant à gauche, nous allons pouvoir traverser le ruisseau et monter à flanc de colline et surplomber le cours d’eau, on devrait pouvoir le longer sur une bonne distance…


Raté, c’est un chemin impraticable en voiture, on prendrait trop de temps à pieds aujourd’hui… Renoncer. Ici, la vue porte : au loin, à l’entrée de la route, on aperçoit une colonne de jeep qui s’engouffre et se dirige vers ici…

Bon, redescendre et nous diriger sur Honninghem. En traversant le hameau, un pont, c’est bon à savoir, j’aurais une vue le cours d’eau qui passe ici. Prendre à droite rue de Moulinel et traverser un deuxième hameau ; nous nous arrêtons à la sortie, sommes tout proche… Chaussons nos bottes, ça devrait se trouver dans un pré. Nous avons de la chance, fait plutôt beau.

Doit être vers 15h, nous passons devant une ancienne ferme et longeons un fossé où l’eau coule drue, on sent qu’il a plu ces derniers temps. Sur la gauche, une entrée de prairie, le cours d’eau arrive perpendiculairement, prend un virage à droite, elle est plutôt limpide, c’est bon signe…



L’entrée nous promet d’être boueuse… Prudence. Au fond on voit une bâtisse abandonnée, sommes étonnés de trouver un bâtiment dans cet endroit, nous passons précautionneusement une clôture en fil barbelé.



En approchant, Émilie le compare à un bunker, les ouvertures béantes laissent apparaître le squelette d’une chaise longue… Poursuivre. Contourner pour examiner le site. Un fossé en pente douce, des limons au fond, une vieille balle de paille. Le fossé commence à la haie de séparation avec le champ d’à côté. En haut, nous apercevons un panneau ; ça nous intrigue, Émilie entreprend d’aller voir, elle rit : rien, il est tout blanc…





Derrière la ruine, des restes d’un aménagement, une buse prolongée d’un tuyau qui semble pénétrer le bâtiment. Émilie arrive en descendant la pente abrupte, glisse, maintient son équilibre et traverse le fossé. Ensemble, nous jaugeons l’endroit : la source surgit d’un trou, passant entre du lierre, je dis ma surprise tant je trouve le flot puissant ; un muret semblait fermer l’endroit, au moins partiellement ?… Était-ce pour maintenir un niveau d’eau, faire un bassin de rétention ? Tout ça reste assez mystérieux pour le moment. Nous y descendons patauger avant d’aller dans la ruine pour inspecter les lieux, voir si on va pouvoir en apprendre plus.


Visiblement, ce n’était pas une habitation… Vide… Émilie fait remarquer un emplacement en béton, comme un socle.


Nous retournons, plutôt satisfaits de cette rencontre avec le site. En ressortant du pré, nous suivons cette source qui se prend déjà pour un cours d’eau. Apprécier le débit… Nous apercevons un ouvrage masqué par la végétation. Il a attiré notre attention ; sur la droite, à travers la haie, un plan d’eau ; il semble rectangulaire, j’aperçois des pierres. De l’eau s’en écoule, traverse une grille ; elle a la transparence de l’eau de source. Je remarque sur le côté un filet d’eau qui émerge d’une petite souche… Le symptôme nous est devenu familier, on dirait une résurgence. Ça donne envie d’en voir plus.



Au bout de la haie, c’est l’entrée d’une propriété, sommes devant la cour à jauger la situation, j’observe sur la droite le bassin que j’ai entraperçu, l’appareillage de pierre fait un peu déstructuré, une ancienne cressonnière ? Je me fais un film…
Émilie a aperçu quelqu’un au fond de la cour, la couleur bleue électrique du vêtement l’a attirée, il tranche, je m’avance pour interpeller l’homme, fait jeune ; il s’approche pour répondre, nous avons ferré le poisson, je commence à lui poser des questions, sur l’eau, le bassin… J’apprends déjà qu’il y a source ici, que son père a aménagé cet endroit, ça fait une trentaine d’année déjà…

Contenant mon impatience, je lui demande prudemment si je peux approcher le bassin, le photographier même ; timidement, il accepte et me laisse vaquer… Je commente tout en observant ; je lui fais remarquer qu’à ma gauche, de l’eau sourd de la paroi du bassin, pareillement de sous la barque… Il confirme, de l’eau arrive bien par là, alors je lui parle de la source que nous venons de voir, « oui, au bunker », c’est ainsi qu’il nomme la ruine.


Nous avons fini par attirer l’antention de son père, doit être vers 15:30, il sort de la maison, prêt à engager la conversation, Bruno qu’il s’appelle, le fils, lui, c’est Matthieu. Engageant, il explique qu’il a aménagé ce bassin quand il est arrivé ici, il lui a ajouter ce tour en pierre, rien d’ancien dans tout ça donc ; en fait, l’eau émergeait du fond d’un petit trou d’eau en fait.

Cette source est l’une du ruisseau, il en deux. Par contre l’été celle-ci peut-être à sec ou presque, l’autre jamais.
Il la connait bien celle-là, dans le pré au bunker, il y met ses chevaux, Émilie réagit. On en voit un au fond, près du tunnel qui lui sert d’abri, il a la maigreur de l’âge… Bruno récupère de vieux chevaux, ils vivent tranquillement leur retraite ici.
Nous expliquons alors ce que nous avons vu au bunker ; je lui fait part de mon étonnement. « C’était la station de pompage de l’eau potable avant, maintenant elle est un peu plus haut. » Nous dit que l’eau était appréciée ici, certains venaient même prendre de l’eau à la source… Maintenant, il juge la qualité moins bonne. L’eau provient de la nappe superficielle, d’un lit de silex, comme dans son bassin, alors qu’à la nouvelle station, elle est plus profonde, sous une couche de gré. Si je veux en savoir plus, me dit de voir avec le maire de Flebvin, « il habite à côté »…


Nous les remercions chaleureusement de nous avoir accordé du temps. Avec Émilie, nous prenons congé, il est déjà tard, nous allons essayer de faire quelques arrêts sur le retour. Au sortir de la rue de Livossart, nous tournons à gauche, chemin de Laires, Émilie a repéré un pont sous lequel passe le ruisseau…






Repartir. Nous tournons sur notre gauche vers Honninghem : on va retrouver notre ruisseau plus bas, au carrefour qui débouche sur la D 77… Celui-ci est venu longer une maison : en profiter pour s’arrêter et approcher le cours d’eau. Au niveau du pont, une niche habitée d’une vierge, elle a été construite ou refaite… Le contour donne l’idée de grotte et tient lieu, en même temps, de pilier pour le portail. Faut noter combien il est récurrent de croiser des niches ou des chapelles dans les hameaux et les villages qu’on traverse… le plus souvent à des croisées de routes ou de chemins. Je prends ce fait comme un marqueur de ce pays, comme en Flandres. En est-il de même avec le passage des cours d’eau et les sources ? Il semblerait qu’il puisse y avoir des convergences…



En traversant la route, je regarde le ruisseau qui file droit : il longe l’allée qui mène au château, derrière il doit continuer jusqu’à buter contre le flanc abrupte de la colline où se trouve Ligny-lès-Aire et Westrehem. De là, le Puits-sans-Fond suit son penchant naturel, vers Cuhem ; la D 77 accompagne ce mouvement, et nous allons faire de même, Fléchin, Cuhem, rue de la Carnoye, où nous retrouvons le Surgeon… jusqu’à Estrée-Blanche. Je ressens un plaisir certain à rouler de concert avec le cours d’eau, oserais-je parler même d’empathie ?



Émilie m’enjoint d’emprunter la D 341 pour rentrer, la Chaussée Brunehaut… Longer Rely, Auchy-au-Bois et puis, nous tournons sur Ames, passons sous l’autroute des Anglais pour enfin contourner Lillers et retrouver la D 943… Nous arrivons un peu plus tard que prévu, vers 17:15. Demain je poursuivrais la reconnaissance des sources avec Samia, nous nous rendrons à Fléchin.