Vendredi 22 octobre | A la source de la Lacquette : comme un road trip à travers le pays de la Lys Romane et plus…


Parti à pieds à 8h45 pour gagner le Bus 2, à coté de la gare ferroviaire. Rendez-vous à l’arrêt du centre de Bruay, l’ami Didier doit me récupérer au centre ville. On se connait depuis 2005, lors d’un premier séjour de résidence dans le Pas-de-Calais… A proposé ce projet : aller à la source de la Lacquette et la suivre jusqu’à Aire-sur-la-Lys, tout un programme.

On ne se retrouve pas du premier coup ; je finis par voir une voiture traverser le carrefour, conducteur à bonnet rouge, cherchant visiblement alentours ; je le reconnais, fais signe… C’est bon. Il est 10h, direction Houdain, Fond-Madame, Divion, détour par le carreau de la fosse 1, sa passion : a photographié des milliers de fois.

Quittons le bassin minier pour aller dans la direction de Calonne-Ricouard, me dit que nous sommes dans un des plis de l’Artois, j’aime l’image. Me dit aussi que la Lacquette est une rivière de son enfance, c’est pour cela qu’il m’a organisé cette expédition. Traversons maintenant Couchy-la-Terre, extrémité à l’Ouest du Bassin Minier ; détour par la fosse 1 : me mène sur le trou de la mine, enfin… la plaque qui le recouvre : s’y tient un instant, silencieux, comme un rituel… « D’un terril monstrueux ici, ne reste plus rien. »

Repartir vers Amette, pays de Saint-Benoit Labre : sommes entrés dans le Pays de la Lys Romane. Me dit qu’il y a toujours une maison de sa famille. Détour. M’y conduit, voir si nous pouvons toujours entrer dans celle du saint. Le lieu m’évoque les terres vendéennes, celle du renouveau catholique de la 2e moitié du 19e s., comme à Chavannes-en-Pailler (l’Artois est aussi très catho). Mais Amette, c’est d’abord le village de sa famille, de sa grand-mère maternelle. Didier plonge dans son histoire, cette virée est aussi un retour sur son passé.

Nous longeons maintenant la Nave, va vite, elle longe des maisons, comme ce que nous avions vu avec Émilie en août. Didier m’évoque les maisons de Anna et Céline, la sœur de sa grand-mère et sa fille… les dimanches… l’ennui… Cherche sans retrouver la maison de sa tante. Souvenir mental.

Repartir vers la source : Groeuppe. Mais d’abord, passer à Bomy, puis Fontaine-les-Hernans : de l’eau coule à gauche, en fossé, visible, parfois couverte, la Nave ? Maintenant Heurtebise, au carrefour, arrêt, souvenir d’un avant, d’une chapelle qui a disparu. Il fait une nouvelle photo. Les noms de lieux s’égrainent comme un chapelet, « je patauge dans mon enfance. » Didier évoque le dernier chapitre du Temps perdu de Proust.

Me montre sur la droite la plaine de Flandres, on va vers Laires, « le pays d’en haut », ici sa famille parlait l’ancien français. Me dit qu’il y avait des rampes de V1 par ici, beaucoup de fermes détruites…, ce qui explique cette architecture récente. Ici, sont enterrés les arrières grand-parents. Sommes à environ 5 km de la Lacquette. Au carrefour, à gauche, vers Beaumetz-lez-aires, entre Lacquette et Lys.

Bomy… Groeuppe, sommes revenus sur le territoire de la rivière, dans son bassin… Chercher l’eau : un aménagement avec bancs m’indique un traitement soigné du lieu, c’est l’endroit. S’arrêter. S’approcher pour constater la présence d’une source : résurgence. L’eau arrive de sous une dalle, pétillante, petit bassin où des plantes aquatiques frétillent. A gauche, un petit bassin inactif, l’eau stagne, vient du petit pont, un passage qui mène à des habitations ; de l’autre côté, le fouillis végétal masque le fond du fossé… qui remonte le long d’une maison.

Un homme apparaît à la fenêtre. Je lui demande si de l’eau coule régulièrement ici : « non ! ». Il sort et me rejoint, visiblement ravis d’échanger. Didier qu’il s’appelle aussi, Didier Lefrère. Me dit que les voisins en sauraient plus, mais sont pas là ; il n’habite là que depuis 5 ans. Il n’a jamais vu d’eau couler. Après un temps d’échange, nous invite à revenir le voir… Nous quittons Groeuppe : poursuivre notre road trip, le temps file.

12H45 : aller à côté du moulin de Bomy, la Lacquette y est déjà grosse et coule vive. Un étonnement permanent si près de sa source. D’où vient toute cette eau ?

Me dit qu’il a un terril fétiche ici, celui de la fosse 2 du Transvaal… Didier me dit qu’il faudrait que je rencontre un poète, de la beat generation, Lucien Suel, habite au Transvaal.

Ligny-les-Aires, village de famille aussi, le lit de la rivière est à sec, un mystère pour Didier, a toujours connu comme ça. Nous passons sous le cavalier de la mine du Transvaal pour remonter vers la chaussée Brunehaut.

 « Ici, c’est Rely, on trouve des vestiges du terrain d’aviation, il y avait des rampes de V1 », Didier m’indique en passant qu’on voit sur notre droite les 4 monts des Flandres.

Pause déjeuner : Auchy-au-Bois. Repartir, il est 13h50, je commence à être perdu dans la litanie des noms de lieux, suis tout emmêlé. M’explique qu’il y avait la fosse 3 de Ligny… Détour. L’arrêt s’impose, montée au sommet. Didier me montre les alentours…Ici, il y a produit une œuvre. Croit repérer où coule Surgeon. Non, c’est pas lui…

Repartir, recroiser le cours d’eau qui ne coule pas, le fossé à sec, un agriculteur rencontré le confirme ; un nom ? lui n’en connaît pas… « Ça coule juste quand il pleut fort. »

14h40, La Fosse 2 du Tranvaal, son grand-père y a travaillé. Nous nous enfonçons dans un chemin, pèlerinage bourbeux. Je vois au passage des coprins chevelus bien appétissants… pas le temps.

Au retour, sortir la carte pour localiser le Surgeon. Le fossé sur notre droite ? presqu’à sec : un cloaque ; l’odeur mauvaise nous prend le nez. Pas possible, le Surgeon coule dans Estrée, là-haut, pas ici.

Remontons dans le village, pas d’arrêt pour l’heure, poursuivons pour quérir du carburant : Thérouanne. Ici il n’y a pas de stations d’essence dans tous les villages… Franchir de nouveau les plis de l’Artois, quitter un instant la vallée de la Lacquette ; mais c’est pour mieux y revenir.

Il est 15h20… Didier me résume : « ici, c’est une vieille guerre de France, batailles, châteaux… » Sommes de retour à Estrée-Blanche, remontons vers Fléchinelle, le Surgeon y passe, c’est sûr.

Sur le bord d’une route rectiligne, sur la gauche, nous longeons un fossé, il est ponctué de passerelles qui signalent le passage de l’eau. Un espace se dégage, là, un bâtiment connu de Didier, l’arrêt s’impose de lui-même.

De mon côté, je m’enfonce dans un chemin privé, il me mène jusqu’au Surgeon : une pente, un fond de vallée arboré ; rien à voir avec le cours d’eau que nous venons de longer. Mystère. Au retour, je retrouve Didier avec un homme, ils causent bouquin, celui sur les mines du bassin qu’il a fait. L’homme s’appelle Christian, habite là ; il est propriétaire du terrain qui mène au cours d’eau et entretient l’accès. Il est d’accord pour que je revienne le voir pour apprendre un peu plus…

Repartir : vers l’aval, à la rencontre du Mardyck et de la Lacquette, Didier me dit qu’il faudra que j’aille quand même à la ferme des templiers, n’est pas loin, mais le temps file vite. Là-bas, pourraient m’apporter des infos aussi, le ruisseau y coule au pied.

Didier peste : « il n’y a plus un bar avant Aire-sur-la-Lys », une des conséquence de la fermeture des mines, le territoire s’est vidé. Détour par Liettres, me montrer les abords du château, pourrait me trouver un contact si je veux approcher là la Lacquette.

Poursuivre : traverser Witternesse, bref arrêt pour me montre les abords du moulin, connaît quelqu’un qui pourrait peut-être me permettre une entrée…

Aller maintenant vers Saint-Quentin, mais au passage, nouvel arrêt, au niveau de la ferme château de la Besvre… puis, repartir et traverser Quernes… Me raconte qu’il a vécu par là-bas, enfant, qu’il y avait 2 sociétés de pêches qui s’étaient partagées la Lacquette, lui, a été membre de la Fine Touche. Toute une histoire : voilà comment ça se déroulait à l’époque… les gens s’agglutinaient à l’ouverture, aux week-end… se pressaient pour avoir les meilleurs emplacements… et y pêcher les truites qu’on venait de relâcher… A été écœuré de cette pratique et a fini par préférer le Mardyck, plus calme, moins fréquenté.

16h10, Hameau de l’Abbaye de Saint-André, nouveau souvenir… Fut un temps, à l’Abbaye, où c’était une auberge, un étang y était alimenté par la Lacquette. Me raconte alors l’histoire d’une pêche qui remonte à la jeunesse de son père, le comte interdisait cette pratique dans l’étang…

Dans le hameau, doit y avoir un agriculteur avec qui il a fait du théâtre dans sa jeunesse. A côté de la Lacquette, il y avait une cressonnière…

Maintenant, tourner vers Saint-Quentin, son village d’enfance, y coule la Lacquette, une rivière rapide, creuse, alors que le Mardyck est lent, « accessible aux vaches ». Je me rends compte que les deux cours d’eau sont très proche.

16H20. Didier me dit qu’il connaît tout le monde entre les deux cours d’eau. Nous approchons de la confluence, notre périple s’est accéléré, toujours saccadé, au rythme des stations : des lieux chargés d’histoires intimes.

S’arrête causer avec des gens… à côté d’une maison tout à côté du Mardyck, j’y apprends qu’il a connu la vieille dame qui habitait là à l’époque où il pêchait près de la passerelle, celle près de la vieille grille, son endroit préféré. Me montre. Un monde semble vouloir ressurgir… Des gestes, un emplacement, des regards posés… Me dit que le cours d’eau prend source au niveau des cressonnières de Blessy.

Sommes dans Saint-Quentin, Didier s’arrête au cimetière, lieux où les siens demeurent : un ancrage. Lieu-dit Terné, s’approcher du Mardyck, la Lacquette pas loin… m’explique qu’on utilisait « an’planc’ » (une planche) pour traverser, était étroite, avait un peu peur ; pas de pont à l’époque. M’emmène à travers la prairie, arrivons à l’endroit : nécessité d’enjamber des orties qui nous barrent le passage, et nous tombons sur une passerelle de traverses de chemin de fer : c’était là ! L’eau est noire, trouble : « le Mardyck était clair, tapissé de verdure, là, la rivière est morte ; j’en ai un autre souvenir. » De l’autre côté, on s’avance à travers une zone humide bordée de roseaux : « je marchais le long de la rivière pour rentrer chez moi. »

Quitter le cours d’eau pour aller à l’entrée d’Aire-sur-la-Lys, les cours d’eau vont s’y rejoindre. Il est 17h15, en passant me montre deux tuyaux qui traversent au-dessus de nous, ils alimentent en eau potable la ville de Lille, une station de pompage n’est pas loin. Me raconte que la Lys n’est pas loin non plus, tous convergent vers ce point bas.

Au sortir de notre route, à gauche, nous cherchons la jonction des deux cours d’eau, sans succès. Au loin, Didier me désigne un château d’eau : devait y avoir la piscine à ciel ouvert, était alimentée par la Lacquette, on est donc pas loin… A coté le restaurant le Mardyck. Me dit aussi qu’il faudra que j’y aille, essayer d’en apprendre plus, voir peut-être l’emplacement de cette piscine qui est un étang de pêche aujourd’hui.

En prenant à gauche au feu, sommes près de la Tour Blanche, c’est fait, les deux cours d’eau sont unies… mais pas vu la jonction. Déception. Didier pense qu’il y a deux Lacquette qui traversent Aire, mais ne sait pas trop bien situer ; l’une passe dans le centre ville et l’autre, entre le monument aux morts et le terrain de sport. La Lacquette se jetterait donc en deux endroits dans la Lys ? Me reste plus qu’à revenir, prendre le temps de vérifier tout ça, mmm…

Là, il est temps de regagner Béthune, 17h50, Didier va me déposer à Labanque… Fin du road trip !