Mercredi 8 décembre | La cressonnière et le marais

Chance, la météo est correct, le soleil pointe : bel après-midi en perspective ; rendez-vous à 15:30 chez le cressiculteur de la rue des Prés. Mais avant, je veux repasser par le marais à Blessel, montrer à Fabienne, refaire des photos après les épisodes de pluie.

En passant par Witternesse, s’arrêter au pont, voir l’évolution de la Lacquette. Avec de meilleures conditions météo, nous allons pouvoir prendre le temps de regarder. L’eau a baissé.

Retrouver la cressonnière à Blessel, mais je me trompe à la sortie de Witternese, alors faut remonter sur Blessy et redescendre par la petite route sur la D 159… Pas grave, c’est tout près… Montrer l’emplacement de la cressonnière à Fabienne et filer retrouver le Madi de Blessel. S’arrêter, et observer plus attentivement les lieux que mardi, il pleuvait trop : aller voir les fossés, le pont et le Madi et, sur un des côtés, le marais qui semble tenté de redevenir marécage : roseaux et fouillis végétal.

1155 rue des Prés : on aperçoit les véhicules de l’entreprise. Je m’annonce, la dame sursaute, je l’ai visiblement surprise ; elle nous indique où retrouver son mari, il est en train de récolter dans la cressonnière.

Le soleil est radieux. Bertrand Bouclet est dans un bassin, en cuissardes. Il s’affaire à remplir des cagettes posées sur le côté. Nous nous approchons pour le saluer et le regarder faire. Je commence à lui poser des questions sur son activité : « c’est pas profond, le cresson pousse à 5-10 cm de profondeur, si je suis enfoncé, c’est la vase ; ici l’endroit s’appelle les tourbes. » Je retrouve là l’homme affable que nous avions rencontré, la parole généreuse, nous expliquant sans retenue la cressonnière.

Il se hisse hors du bassin.

« Vous n’avez pas froid dans le bassin ? »

« Non, l’eau est à 10 degré, c’est plutôt quand on sort qu’on sent le froid. »

Sommes prêt à le suivre : aller jusque dans le marais – le summum de ma curiosité – et approcher le grand fossé qui se jette dans le Mardyck, de l’autre côté, rue de Montbus.

« Vous avez des bottes », nous dit-il en regardant nos pieds, un poil dubitatif… Je réponds que je vais aller les chercher dans la voiture ; Fabienne nous assure que c’est bon pour elle, ces bottes en cuir feront l’affaire.

Bertrand nous entraîne derrière lui, il nous présente méthodiquement des arrivées d’eau, des puits artésiens, des rigoles d’évacuations. Il évoque les travaux qu’avait fait l’ancien cressiculteur : « là, c’est la sortie qui rassemble les eaux, on voit qu’ici il devait avoir un vanne, il avait sans doute construit ça pour contrôler en cas d’inondations. » Démonstratif, il nous montre, descend pour atteindre la glissière du batardeau. « Il devait utiliser une pompe pour rejeter l’eau de l’autre côté lorsque ça menaçait d’inonder. »

« Mais où part cette eau ? »

« Elle va dans le fossé qui passe derrière l’étang (on le perçoit à travers la végétation), il rejoint le Mardyck. »

Nous sommes surpris par un tel dispositif, dans les rigoles coule vivement une eau limpide, je note qu’il y a 3 bras, l’un provient du bas de l’exploitation, un autre du haut et le canal de sortie vers le fossé. Il nous explique que les eaux sont conduites sur les côtés, rassemblées et acheminées vers cette sortie. Raconte que ce n’est pas évident, il n’a qu’un dénivelé de 2 cm avec le fond de son terrain. En bas, il a été inondé récemment : « le cresson souffre de l’immersion, c’est une plante semi-aquatique. Ça et le froid, et les feuilles deviennent marron »… il nous montre.

« Et pour les semis, vous faites comment ? »

« On fait l’été, on vide l’eau des bassins, le cresson ne lève pas dans l’eau, faut 15 jours. »

Il produit ses graines, les récoltent à la main : « elles sont toutes petites, viennent dans des siliques, comme le colza, c’est une brassicacée. »

Il faut donc imaginer l’exploitation comme un ensemble de bassins savamment reliés à des rigoles souterraines d’évacuation d’eau… Là, on ne voit rien, on ne devine pas non plus au premier coup d’œil, faut l’éduquer ; après s’être fait expliqué, nous commençons à voir la cressonnière autrement.

En passant, il nous montre ses serres, une tentative pour faire pousser autrement son cresson : « il pousse trop vite, bien sûr, on peut récolter un peu vite, mais regardez, les tiges sont trop hautes, la densité est faible ; je voulais essayer, pas convainquant. » Cette fois, nous voyons l’étang par dessus le muret, c’est de là que viennent les cris moqueurs qu’on entend par moments, des canards s’égayent dans l’eau…

Je lui demande s’il y a d’autres cressiculteurs dans le marais de Blessy, il en resterait 5… Un voisin, là, à gauche, il nous montre une bâtisse. Mais il n’habite pas là. Il nous énumère et localise les producteurs, mais je ne suis plus bien, trop d’infos… L’un deux a la cressonnière à Blessel. Bertand, lui, a 5 autres lieux de production. C’est visiblement la règle, je pensais naïvement qu’il travaillait juste là. Il nous explique les cressonnières qu’il y avait dans la direction de Saint-Quentin, en direction du pont de Folie, mais elles ont été rachetées et supprimées. En d’autres endroits du marais, l’agence de l’eau en a rachetées ; ça doit remonter à une quinzaine d’année – suis plus très sûr -, les laisse évoluer librement, pour la qualité des eaux. Faut aussi considérer le marais comme un filtre naturel. Bertrand nous dit aussi que l’eau sort plus pure après être passée dans ses cressonnières… On se prend à imaginer du lagunage avec de tels bassins, mais compliqué à entretenir nous dit-il.

En limite du marais, quelques dépôts de l’exploitation et aussitôt la végétation typique des milieux humides : carex, prêles, aulnes, roseaux, chardons des marais, consoudes… Bertrand s’enfonce, on le suit, enjambant les plantes, s’enfonçant légèrement dans la tourbe. Le changement est radical, avec l’hiver, nombre de plantes sont en fin de cycle, cassées, pendantes, occupées à rejoindre l’humus… C’est le pays d’Alice ici, sensation d’avoir changé de monde ; nous devons nous frayer notre passage, frôlant des arbres, évitant des poches d’eaux.

Bertrand nous dit que ses enfants venaient jouer ici, l’un d’eux avait même entrepris de dégager et d’entretenir un bout de fossé. Nous passons une passerelle qu’il avait fait d’un bout de tôle. Notre hôte a quitté sa peau de cressonnier, pour celle d’un autochtone du marais ; on sent un plaisir indéniable à y circuler et à nous montrer l’endroit…

Nous montre parfois un ancien puis artésien, le tuyau en métal rouillé, d’où monte une eau limpide, l’un d’eux est surmonté d’une mousse abondante, lui donne des allures de petite fontaine, semble tout droit sortie d’un conte.

Bertrand file devant, tourne, zigzague ; nous le suivons plus laborieusement ; là, une branche tente un croc en jambe ; plus loin Fabienne s’exclame : s’est frottée à une ortie…

Ça monte légèrement, c’est taluté, derrière, le fossé du Mardyck. Tout ça c’est chez lui, jusqu’à l’eau. De l’autre côté, un pré, nous dit qu’au bout c’est la rue de Ham, je pense reconnaître l’endroit : des tas de bois. Nous échangeons sur ces eaux, effectivement le fossé récolte les eaux des cressonnières, je lui parle de ma confusion entre ce bras et le Mardyck qui coule a bout, le long de la rue de Montbus, pour lui c’est le Mardyck ici. Je lui sors la carte IGN sur laquelle le Mardyck est un petit cours d’eau qui s’enfonce dans la campagne entre la rue de Ham et la rue de Montbus. Bertrand est perplexe car côté importance et débit, c’est bien ce fossé qui alimente le Mardyck. Il nous dit que ce marais a été aménagé de longue date, que les anciens ont trouvé dans cette zone une belle occasion de domestiquer le marais, l’eau affleure ; on peut trouver un peu partout d’anciens forages ou ce qu’il en reste, « l’eau, ici, est à 17 mètres, même si on ne creusait pas elle remonte de toute façon ».

Il trouve que l’eau du fossé s’écoule trop lentement, manque de courant, celui-ci est trop large, trop envasé par affaissement des berges. A côté j’aperçois des thuyas , même quelques saules plantés, nous dit que c’est un jeune qui a fait ça, il vient chasser, fait remarquer qu’il a débordé de la limité de propriété, « il ne connaît pas encore bien ses limites » ; derrière, masqué par la végétation, on devine son abri de chasse… En face, nous apercevons le propriétaire du pré, il nous salue à peine. Bertrand nous raconte une histoire de branche tombée, une fâcherie des campagnes qui peut empoisonner les relations entre voisins…

A voir le marais, si sauvage, on peine à imaginer la propriété, on ne distingue pas si facilement des limites, un voisinage, et pourtant ces lieux sont utilisés, fréquentés… chasseur, cressiculteur, propriétaire d’étang pour le loisir, propriétaire d’un bosquet qui fait son bois… sans oublier les techniciens de rivière qui viennent faucarder le grand fossé.

Au retour, Fabienne montre un fossé sur notre gauche, Bertrand nous dit que c’est son fossé de décharge, il remonte et vire à droite et contourne l’étang jusqu’à l’endroit où nous avons vu sa sortie d’eau… Difficile pour nous, de nous rendre compte. Ça corrobore le fait que ce marais est truffé de rigoles et de fossés qui relient ou reliaient des cressonnières, ils se déchargent dans ce fossé central qui conduit les eaux au cours d’eau. Un énorme réseau draine les parcelles, il faudrait imaginer toutes ces résurgences, ces puits artésiens comme autant de sources qui viennent grossir le Mardyck, et font finalement le Mardyck.

Retour, on aperçoit du monde près des bassins : une dame près des cagettes, un enfant à conduire le petit tracteur ; tout ce monde s’affaire, va charger les cagettes de cresson. Nous les rejoignons, Fabienne prête main forte. Et l’enfant repart avec son chargement, il est tout jeune, c’est son dernier fils, il a 7 ans, l’âge où on jouerait plus volontiers avec une tracteur à pédale ; lui, non, il joue au cressiculteur, manœuvre avec aisance, en avant, en arrière. Nous le regardons s’éloigner, amusés et admiratif. Bertrand nous dit qu’il trouve normal qu’il aide, faut qu’il apprenne…

Va être le moment de nous quitter, je lui dis qu’à l’occasion, je reviendrais bien à la belle saison dans le marais, voir le changement.

Suis ravis d’avoir pu enfin accéder au marais ; cet endroit a dévoilé une partie de son mystère, le mariage de ces zones de basses terres, domestiquées, et leur lien avec les cours d’eau naturels, au point qu’on s’y perd tous. Tout ce monde tissent un réseau complexe aux ramifications insoupçonnées pour un œil non averti. Ici, le Mardick, le Madi de Blessel et la Lacquette règnent sur ces terres, inondant ou drainant les eaux, selon les humeurs de la météo.

Vendredi 3 décembre | Avec Fabienne, au pays du Mardyck : 2ème sortie autour du marais de Blessy


Nous partons plus tôt aujourd’hui, il est 10h, fait plus froid aussi. Retourner à Blessy, là où nous nous sommes arrêtés hier. D’abord, aller voir le producteur de cresson, rue des Prés. Parcours sans faute : nous retrouvons facilement notre route, en arrivant une camionnette est là, coup de chance, trouvons le producteur, affairé, alors nous échangeons, vite, il a pas mal à faire et doit se rendre dans le Jura… En apprendre déjà pas mal sur le coin, mais trop rapidement, alors il nous promet de nous revoir à son retour. Se donner nos numéros de téléphone, je devrais le contacter en début de semaine.

En attendant, il nous laisse approcher les bassins de production, nous expliquant l’essentiel : les puits artésiens sont en tête de bassin, l’écoulement se fait en sortie vers le marais, dans un fossé du réseau qui alimente le Mardyck. Avec les inondations, l’eau a envahi ses bassins, nous dit qu’on peut voir des poches qui restent, comme vers l’abbaye de Saint-André. Sont plus fréquentes maintenant, et comme ces zones de marais sont basses, ils prennent les premiers. A Aire-sur-la-Lys, ils se protègent, protègent Saint-Venant, alors forcément, en amont ils sont submergés, dit que les cressiculteurs compte peu.

Fait un froid de canard, d’ailleurs on les entend qui ricanent pas loin… Le vent qui souffle nous gèle… Nous nous dirigeons vers le centre du bourg ; sur la droite, j’aperçois un chemin qui visiblement s’enfonce dans le marais. S’arrêter et s’y engouffrer. Je pressens qu’il peut relier celui d’hier à Ham ; même symptôme : terrain enherbé entretenu et table de pique-nique, on sourit au côté incongru dans un tel lieu, au milieu de cette campagne ; j’ai du mal à imaginer des gens venir ici. Je sais que je suis influencé par l’arrivée de l’hiver, il renforce cette impression. Fabienne me montre un panneau de l’ancienne agglo : « trame verte et bleu », on a investi pour le territoire…

Nous nous enfonçons dans le chemin, il doit remonter dans la direction de Ham : bingo ! Au tournant j’aperçois au loin la ferme que nous avions longée hier. Fabienne ne tarde pas à confirmer, elle a aperçu les jeux. A l’approche, un chien apparaît, sort d’un chemin sur notre gauche, il est bientôt suivi par une femme : se croiser. Je la salue, un bref échange, elle dit avoir l’habitude de venir là en ballade avec son chien ; les poils sont trempés, normal dans cette ambiance, le sol est gavé d’eau, on patouille…

Nous avons eu la confirmation espérée, le chemin aménagé qui traverse cette zone de marais, relie la grande rue de Blessy à celle de Ham. Nous constatons des rigoles pleines d’eau, des champs détrempés ; je revois la passerelle plus loin, avec son passage de bovins, juste de l’autre côté de la clôture, il la longe. Me laisse songeur. La clôture nous accompagne de part et d’autre, le chemin est une trouée au milieu des prés, on se demande qui on enferme finalement, les bovins ou nous ? A la limite, sommes des intrus dans ce milieu agricole.

En retournant, je m’arrête à la plateforme d’observation dans la plantation de peupliers. Me suis avancé sur la passerelle couverte de feuilles… Au bout, j’observe : mon regard balaie l’espace, j’essaie de m’imaginer ; en temps normal je dois avoir affaire à une mare sous les peupliers.

Au fond au gauche, j’aperçois Fabienne qui poursuit, elle s’en retourne à la voiture… Je hâte le pas, remarque le chien vu tout l’heure, il gambade dans le sous-bois. Je remarque la femme, elle s’avance vers le jardin de la maison qui est à l’angle de la rue, le chien lui emboite le pas. Je me fais la réflexion que cette balade est en fait le prolongement de son jardin, une extension de son domaine…

Maintenant, aller à Saint-Quentin, je veux aller voir un pont que je ne connais pas, la carte IGN m’indique un chemin à prendre sur la droite… Raté, sommes déjà dans Saint-Quentin, tant pis, je vais voir un autre pont, je le reconnais, sommes venus là avec Didier Vivien en octobre : le pont du Mardyck, la bâtisse à droite… on s’arrête, Fabienne va examiner l’endroit : panneau à vendre, la végétation a été coupée, tout est mort… Le temps et la saison ont tout gâté.

J’ai repris la carte, veux trouver ce pont au bout du chemin qu’on aurait dû prendre à l’entrée de Saint-Quentin. Demi tour. Repasser dans le bourg, regarder au passage si on peut trouver quelque chose à manger : rien… aucun commerce ; Aire-sur-la-Lys a vidé les lieux, tout drainé, sauf l’eau, c’est l’effet ville sur les villages périphériques.

Scrutant le bord de la route, je m’arrête assez brutalement en exultant : « ce doit être le chemin ! » Je m’attendais à un endroit plus dégagé… sommes dans le péri-urbain, la ville s’est étalée, mangeant la campagne et l’entrée agricole s’en trouve masquée.

S’engager dans la descente vers les zones basses ? Mmm, c’est prendre le risque d’endroits boueux. Avec Fabienne on rit à la pensée de se retrouver bloqués… Finalement ça va, même si dans les champs les nappes d’eau apparaissent ici et là. Chance, en bas, nous trouvons une entrée d’un terrain privé qui nous permet le demi-tour et de stationner, sans risquer de gêner.

Nous découvrons le Mardyck, enfin 2 passerelles et 3 bras d’eau… Sont tous plein, chargés, bien ocre. Le Mardyck coule parallèlement à la route, alors, qu’est ce bras qui arrive perpendiculairement ? Un fossé ? On s’y perd, comme d’habitude… D’après la carte, il relierait le Madi de Blessel… Mmmm, faudra que j’aille voir. En face, de part et d’autre du fossé : à gauche, un autre terrain privé boisé, relié par une passerelle en béton, l’accès est interdit par une barrière ; à droite un pré à vaches… On reste dans les usages des campagnes, juste derrière la ligne des habitations.

Avant de repartir, Fabienne jette un œil sur le terrain privé près duquel nous avons laissé la voiture, fait sa curieuse : on aperçoit des cabanes, on se demande si les gens qui viennent sont des chasseurs, en tout cas des gens qui aiment être dehors, couper leur bois, cabaner…

Cette fois, j’ai pointé sur la carte un accès possible pour approcher le Madi de Blessel. Repartir à Saint-Quentin… Repasser le pont du Mardyck et aller au niveau de l’autre pont, celui qui enjambe la Lacquette. En prenant à droite le Chemin de la Lacquette, nous reconnaissons l’endroit : sommes déjà venus lors de notre excursion d’octobre, avions contourné l’abbaye de Saint-André en longeant la Lacquette… Impossible de stationner, une voiture bloque. Retour au pont. Fabienne préfère m’attendre, elle a pris froid, alors je retourne à pied en cherchant les traces du débordement. Déjà, au niveau du pont, je constate que la rivière est bien sortie de son lit, elle a laissé des traces. En longeant la Lacquette, je vois que les berges sont bien affectées, des débris ont été arrêtées par des cépées de saules et d’aulnes…

A droite, je remarque un champ labouré, a dû être inondé dans sa partie basse, et les maisons, ont-elles été touchées aussi ? Suis au bout du chemin, la voiture rouge vu tout à l’heure ronronne, elle tourne, son propriétaire ne doit pas être loin.

Un homme sort d’une maison, m’aperçoit : « pour les photos de l’inondation, c’est trop tard, fallait venir hier », je le sens plutôt jovial et nous engageons facilement la conversation. Il m’explique ce qui vient d’arriver, que l’eau est passée à certains endroits de la digue, que les maisons ont été protégées… La femme à l’entrée de la maison acquiesce. Je me présente ; il me dit aussitôt qu’il avait remarqué notre voiture il y a environ 3 semaines… Il a l’œil ! Nous avions donc été repérés mais vite jugés inoffensifs : il avait vu qu’elle était marquée du sigle de l’agglo, ‘Béthune Bruay’, ça facilite les choses.

Gérard Brodel qu’il s’appelle, il est né ici, n’a pas bougé ; je lui parle du Madi de Blessel, il me montre une ligne de végétation dans un champ : « il passe là-bas, avant t’ches anciens l’appelait l’Becque, il a été détourné et coule dans l’pré derrière, à se jeter au bout dans l’Mardyck. » J’aimerais bien en savoir un peu plus, pas bien sûr de l’avoir bien suivi… va trop vite, il est à son aise ici, semble connaître les lieux comme sa poche. Il m’indique que je peux y accéder en passant dans le pré, en longeant la Lacquette… et retrouver la passerelle qui sort du chemin de l’abbaye de Saint-André… Je me dis que je ne vais pas m’aventurer maintenant dans cette expédition, surtout sans les bottes, je pense qu’il doit y avoir un autre accès plus facile… Faudra que je cherche sur la carte.

Gérard me parle de la récurrence des inondations, qu’il y en a plus souvent ; il m’énonce des raisons que j’ai déjà entendues, les gens en ont une certaine idée, que ce soit de la gestion par les agglo, ou bien l’état du bassin versant. Ici, c’est un endroit un peu conflictuelle : il étend ses bras, me dit que d’un côté c’est la CAPSO et de l’autre, vers l’amont, c’est la CABBALR… Sous-entend que chacun renvoie à l’autre la responsabilité de la gestion des crues.

Est finalement bavard le Gérard, se quitter, non sans lui avoir demandé à le revoir, poursuivre mon enquête sur cet entrelacs de cours d’eau et de fossés.

Il s’en va rentrer sa voiture dans le garage. Hou là, ça passe hyper juste en hauteur, suis admiratif de la facilité avec laquelle il a manœuvré… Bon, il est temps de retrouver Fabienne à l’entrée du chemin. Content d’avoir fait connaissance avec un personnage riche en couleurs.

Vu l’heure, nous nous décidons à chercher quelque chose à manger à Aire-sur-la-Lys… Pas de chance, la grande place est à nouveau déserte, et nous ne trouvons rien qui nous convienne, doit être vers les 13:30. Finalement, le froid nous dissuade de poursuivre l’aventure au pays du Mardyck, nous retournons finalement sur Lillers où Fabienne va en profiter pour me montrer cette usine à sucre que nous voyons habituellement de la D943, elle est en pleine activité, c’est l’époque des betteraves à sucre… L’usine fume, semble alimenter les nuages.

Nous en profitons pour faire notre pause dans une boulangerie, se mettre au chaud… Ce moment signe la fin de ces deux sorties sur Blessy. La semaine prochaine, je vais retourner voir Bertrand Bouclet, le cressiculteur, et Gérard Brodel à Fort Mardyck, il vont m’en apprendre sur ces terres basses de Blessy.

Jeudi 2 décembre | Avec Fabienne, au pays du Mardyck : 1ère sortie à Blessy et Ham à tourner autour du marais.


Rendez-vous à 13H30 avec Fabienne, nous quittons Béthune en direction Blessy, on veut aller voir des cressonnières, la carte m’indique une forte présence d’eau, des étangs ? Des fossés et le passage du Mardyck ; semblerait qu’il prend sa naissance par là. Passer par Quernes, puis direction Witternesse, aïe, le GPS nous perd, on se retrouve vers la direction de la station d’épuration de la route de Liettres… Nous reprenons la petite route qui même au pont refait, celui que nous avions vu lorsque nous étions venus avec Fabienne en octobre. Revenir sur Quernes par l’ouest. Je reconnais le moulin ; prendre à gauche cette fois… Finalement, nous trouvons un panneau indiquant Blessy, pas si facile quand on ne connaît pas bien.

Fabienne m’indique la route, elle tient la carte IGN, tourner à droite de l’église pour suivre l’indication ‘producteurs de cresson’, c’est longer le marais par le sud, la route est bordée de maisons, puis de pavillons de plus en plus récents, le bourg a dû subir les assauts de ceux qui travaillent à Aire-sur-la-Lys… C’est la rue des Près.

A gauche on remarque des terrains en lanière qui se perdent dans l’espace boisé, c’est là que doit être le marais. Une maison en mauvais état : fait abandonnée ; on n’ose pas s’avancer sur le terrain à côté, il est ouvert, mais quand même marqué privé…

Un peu après, l’annonce d’un producteur de cresson ; s’arrêter près du libre service des produits bios : bottes de cressons, soupe de cresson, mâche, œufs, beurre, fromage… Une voiture s’arrête à la maison à côté, un enfant descend, puis la conductrice, je vais à sa rencontre, demande si elle peut me renseigner sur la production de cresson, à se moment une femme sort de la la maison, a une béquille et boite… C’est la productrice de la cressonnière mais son mari n’est pas là aujourd’hui, serait d’accord pour qu’on revienne demain pour visiter Sera pas valide pour nous accompagner, nous prévient elle…

On poursuit : voir la zone des cressonnières par le Nord, contourner, retrouver la route de Saint-Quentin ; passer sur le Pont de folie, il enjambe le Mardyck, mais rien de particulier à l’endroit, sinon des travaux qui nous stoppent, des tracteurs passent avec leur remorque, bien chargés…

En fait, la route qu’on cherche est juste derrière, nous longeons des champs, et descendons vers la zone boisée : une propriété avec barrière ; une passerelle sur le Mardyck qui coule là, dans un fossé assez large et plutôt profond… Nous nous arrêtons pour voir et jauger l’endroit…

Un peu plus loin une autre propriété, nouvel arrêt. Fabienne pense à des gîtes. A droite, des rigoles et des champs gorgés d’eau…

A gauche, le Mardyck se complique de fossés qui remontent dans le bois, le deuxième, juste avant la patte d’oie est gros, c’est louche… Je m’interroge, ne serait-ce pas plutôt le cours d’eau ? Fait pourtant un angle droit…

Avec Fabienne, on constate que si les bas côtés sont bien humides, nul trace de cours d’eau. Il faut l’admettre, le Mardyck traverse bien ce qui ressemble à un bois. Mais à bien regarder, à travers la végétation, c’est truffé de plans d’eau… D’anciennes cressonnières ? Je me dis que le Mardyck doit provenir de cette zone de marais, d’un réseau de fossés et de rigoles alimenté par des résurgences. Faudra essayer de vérifier, d’en apprendre plus avec les producteurs de la cressonnière.

Avancer jusqu’au carrefour pour vérifier : la rue de Montbus continue, mais le ruisseau quitte la route, il file tout droit dans la campagne, devenu un ruisselet ; à gauche, c’est la rue de Ham… plus de cours d’eau, juste un fossé encombré d’herbes, il s’étoile jusqu’à pratiquement disparaître…

En remontant la rue de Ham, nous arrivons sur un espace ouvert, une étendue assez importante d’herbe bien verte, c’est entretenu, joue le rôle de place ? Table de pique-nique et poubelle. Mais c’est désert ici ! et peu engageant… Des habitations n’ont pas de fenêtres sur leur façade. Avec la lumière du jour baissant, cette impression de village fantôme est renforcée. Avec Fabienne on se regarde, on jauge l’espace…

Dans le prolongement, la rue Marais, elle longe les maisons et mène vers une ferme, une promesse de pouvoir nous approcher de notre objectif : le marais… En arrivant face aux bâtiments agricoles, pas de bruits, pas de mouvements… Ce hameau est-il vraiment abandonné ? Un petit sentier étroit file à gauche : « on y va ? »

C’est reparti pour l’aventure… Où cela va-t-il nous mener ? Au virage suivant, le sentier s’en va vers la zone de marais, une info sur une aire de jeu amuse Fabienne, l’endroit paraît tellement improbable… Rien. Juste quelques éléments pour l’exercice de l’équilibre…

Sommes encadrés par des clôtures, guidés vers… Nous traversons des prairies humides, passons sur passerelle, et bientôt apparaît au loin le toit d’une structure avec son toboggan. Quelque part, cela nous rassure. Mais pourquoi aussi loin du bourg, au milieu de ce qu’on seraient tentés de nommer : nul part ?

Au-delà, à droite le sentier est devenu chemin et semble filer vers l’autre village, Blessy… En face, des maisons, au bout du terrain en friche du marais, sont pas loin en fait. Sur notre gauche, court le chemin, bien droit, en lisière de la friche ; nous l’entreprenons un temps, mais ne sachant pas où celui-ci nous mène, Fabienne renonce, le froid s’est installé et nous préférons remettre cette exploration au lendemain.

Doit être vers 16h, le ciel s’est bien assombri, ça vient de l’Est… Se préparer à rentrer. Premier grain sur la route, brutal. Retrouver la D943, deuxième vague de pluie battante… On rit de la situation qui sent le repli… A un moment le ciel s’embrase à l’ouest, ambiance de fin du monde, et c’est le déluge !… On remarque même qu’il a neigé après Lillers. Une nouvelle nuée s’amasse sur Béthune… Ne semble jamais en finir. En tout cas, pour nous, la journée est bien finie !