Mardi 12 avril 2022 | la fuite de la Lacquette vers Mississipi

Partir un peu avant 14h, avec Iannis, qui effectue un stage en ce moment à Labanque.

C’était trop facile, une belle histoire : au fil de l’eau de la Lacquette jusqu’à à Aire-sur-la-Lys, sa rencontre avec le Mardyck puis, sa division, avant de rejoindre la Lys dans le centre et près des vannes de sortie, avant le canal d’Aire à la Bassée… Ça, c’est déjà de l’histoire ancienne.

Avais entendu, puis lu aussi, qu’un fossé longeait la RD 943 pour gagner la La(c)que, bon, ça, je l’ai finalement vu, tout du moins, au niveau de l’exutoire, façon de confirmer le récit.

Mais depuis ce temps (pourtant pas si loin), j’ai eu un doc en main , extrait du « plan de gestion globale et équilibrée des écoulements et des crues des eaux de la Lacquette » ; m’a incité aller à la source du problème. Juste avant de franchir la RD943, à remonter la petite route qui mène à la ferme de l’Estracelle… Pourtant j’avais déjà vu au moins une fois l’endroit…

Ici la Lacquette est ponctionnée, divisée via un ouvrage ancien, un peu dégradée ; elle est comme aspirée avant d’être rejetée, bouillonnante, de l’autre côté. J’y ai trouvé un jeune garçon pêchant la truite, il en a sortie une au moment où j’arrivais, pas trop bavard, plutôt intimidé… En avait déjà plusieurs. Et pour cause, j’ai appris un peu plus tard par un riverain de la Lacquette, que l’association de pèche venait d’effectuer son lâcher de truites…

Avec Yannis, nous avons entrepris de suivre cette fuite qui longe les « Trois Mousquetaire », un ancien hôtel transformé en siège d’une assurance.
Au niveau du domaine, la voilà re-ponctionnée, un courant sur la droite contourne le parc…

Sommes allés vérifier, en faisant le tour par le parc, avant de ressortir par l’entrée principale donnant sur la départementale.

Jeter un œil au bras principal qui se jette dans le fossé descendant vers la Laque, mais bon, en lorgnant vers la traversée de la départementale… La fuite doit passer dessous et suivre parallèlement la Lacquette officielle, celle qui a le droit de pavoiser à l’air libre.

Le bras caché, est masqué, passe derrière les maisons de la rue… Mais nul trace, ni fossé visible, ni saules blancs qui nous indiqueraient son passage…

Têtu, j’ai embarqué Iannis : descendre la rue ; apercevoir un riverain qui, visiblement, avait envie de causer. Il était dans son jardin, sur le bord de la Lacquette… Affable, nous a donné ses informations ; on comprend que ça ne va pas être simple.

Déjà, prendre la première rue à droite et commencer systématiquement les explorations à la recherche d’indices… A force de fureter, plan en main, nous établissons des liens visuels entre les habitats et les jardins, histoire de se repérer, parce que le quartier devient un dédale.

Sommes dans Mississipi, une partie basse des abords d’Aire, les fossés emportent là la Lacquette, la tourne et la détourne en un réseau qui vient lécher les pavillons. Les canards colvert ont adopté les riverains, ils séjournent paisiblement dans les jardins.

Accrochons de temps à autre un riverain qui bricole dans son jardin, faut dire qu’il fait beau… Pas farouche, on placote, apprenant toujours un détail sur le comportement de l’eau, sa présence, mais dans tous les cas, les gens savent qu’ils vivent au bord de la Lacquette.

En bout de quartier, au loin, on aperçoit le merlon de la contournante d’Aire qui mène plus à l’Est, vers Isbergues. Mais, de prime abord, nous nous retrouvons à l’orée des champs, après le dernier fossé du maillage du réseau ; celui-ci semble vouloir retenir les habitations dans son filet. A côté la terre, labourée, a attiré des choucas qui viennent y chercher leur pitance. Le calme règne en ces lieux.

La carte nous signale qu’en face, de l’autre côté de la route, commencent les marais de Lenglet ; là-bas, je devrais y retrouver ce bras de Lacquette, mêlé à d’autres eaux…

Commence à se faire tard et la fatigue se fait sentir, renoncer à continuer le crapahutage au Sud, retourner à la voiture pour aller plus à l’Est, sur la D187 en direction d’Isbergues.

Nous retrouvons ce bras de Lacquette qui a ressemblé les diverses dérivations qui l’ont affectée depuis la RD 943. Impressionnant, mais je n’en maîtrise pas le réseau… La route est fort passante, prudence s’impose avant de passer d’un bord à l’autre et voir couler l’eau sous le pont.

L’eau coule à un bon débit. Un fossé sur la droite remonte non loin de la route, l’eau vient vers la Lacquette. Chercher des yeux où devrait se trouver l’autre pont, celui qui enjambe la Laque.

En fait, était plus près de nous qu’on l’imaginait… pas plus 200 m apparemment.

Surprise, l’endroit est assez moche, pas seulement laid, mais aussi dévalorisé : un carrefour au-dessus duquel passe une ligne à haute tension, une laque dégradée vers l’aval ; les habitations sont traversées par un fossé encastré qui n’a plus rien d’un cours d’eau, y pisse un filet peu attirant… Un voisin me confirme que c’est bien la Laque. Retourner au carrefour et observer plus attentivement le cours d’eau, un lièvre mort gît près d’une berge.

A la maison toute proche, une femme descend de sa voiture, nous regarde, ni avenante, ni hostile ; j’ose, elle répond et finit par nous montrer sur son smartphone les inondations du 30 novembre 2021, l’eau a non seulement débordé, a aussi envahi toute la cour, et aussi l’arrière… Je regarde les lieux, le pylône tout proche, le carrefour, suis attristé par l’endroit. Quelque chose de malsain ici. Traverser la route pour voir l’autre face de la Laque : le fond est envasé, encombré par des branchages qui ralentissent le mouvement de l’eau sous le pont, les berges sont abruptes, palissées, un caneton mort repose au fond…

On comprend bien, avec cette montée des eaux, faut se protéger.

Mais la rivière qui nous arrive tourne sec en fait ! Va vers le fossé qui rejoint la Lacquette un peu plus haut ; ce qui arrive sous le pont n’est qu’une pissette : impression que le cour principale se jette dans le bras de la Lacquette juste un peu plus loin. Arpentons le fossé… Le débit est bien nourri…

En retournant, regard vers l’amont de la Laque, le village semble plus agréable, cette partie doit être plus ancienne, Trézennes sans doute ici… Je m’adresse à un homme qui se tient de l’autre côté de la rivière, dans son jardin… mais visiblement ne sait trop rien, j’en n’en apprendrais pas plus aujourd’hui.

En retournant à la voiture, nous retrouvons le premier habitant sollicité ; me confirme les inondations chez lui aussi, que le cours de la Lacquette passe derrière son terrain…

Je comprends qu’on ne verra rien de la fusion des deux cours d’eau cette fois… Reste à aller en aval, voir la Laque se jeter dans le canal… Mais pas maintenant. Sur le chemin du retour, poursuivre dans la direction du canal et s’arrêter une dernière fois, au niveau d’un pont, à l’entrée d’un village : « La Lacque » !

Fin de l’épisode : retour à la D943 en passant à l’ouest d’Isbergues, il est 18h30.

J’en aurais appris un peu plus, c’est as fin… La Lacquette a été dérivée en plusieurs endroits du bassin de la Lacquette, au sud d’Aire-sur-la-Lys, là où les basses terres favorisent l’entrelacs des cours d’eau, où le jeu des fossés finit par tant les emmêler, qu’à un moment donné, je ne peux plus dire que c’est la Laque ou la Lacquette, elles sont mariées, se séparent, se retrouvent… avant de se perdre définitivement dans le canal.

Dimanche 20 mars 2022 | Retourner à Aire-sur-la-Lys, en finir avec le bras de décharge de la Lacquette : trouver le moulin

Didier Vivien passe me chercher : m’emmène de nouveau sur Aire… Entre retour sur ses souvenirs des lieux et retrouvailles avec la Lacquette.


Rituel : en me remontrant le passage du Mardyck à l’entrée de la ville, regard sur l’ancienne piscine, hissé sur un banc. Le lieu, toujours fermé, m’oblige a être voyeur…

L’ami Didier poursuit, m’emmène rue du Mardyck, au pont, le ruisseau coule, large, canalisé, domestique…

Pas loin, la Lacquette nous arrive de l’allée des Marronniers, droite, disciplinée, mais fort amaigrie, j’avais déjà été frappé lorsque je l’avais vue avec Fabienne, sous la pluie, fin octobre 2021…
De l’autre côté du pont, redevient comme un ruisseau qui s’enfonce dans une friche échevelée… Plus sauvage.

Même impression qu’avant, mais plus précise :

« Mais où est donc passé l’eau de la Lacquette ! »

Si je songe à ce que j’ai vu d’elle, encore mercredi, en allant vers Bomy… Comment a t’elle pu tomber si bas ?

Et puis, regardant l’autre pont, celui du Mardyck, et ce que j’entre aperçois au plus loin de la Lacquette, ça fait mouche : mais, cette maison, ce jardin… Doivent correspondre à la propriété où se mêlent leurs eaux !

Chance : deux personnes s’apprêtent à la quitter ; je tente ; m’approche en m’adressant à l’homme qui va monter dans sa voiture. Il me reçoit courtoisement : bingo, c’est bien ça ! Excitation.
Il nous autorise à nous rendre à la pointe du jardin, madame nous y conduit et repart… A ce moment, je comprends aussi que mon enquête à Aire-sur-la-Lys touche à sa fin…

En attendant, tout à ma joie, je note, prends le temps d’observer devant, à mes pieds, le fond de l’eau et derrière, le Mardyck à gauche, avec ses berges tunées et l’autre côté, plus libre, où la Lacquette maltraite les berges…

Didier avait raison : le Mardyck a un petit débit, s’il est large, il n’a pas de fond… A la pointe, c’est bien visible. Je perçois la jonction des deux cours d’eau ; elle se manifeste par les différences de profondeur : le Mardyck n’a pas la force d’entrainer les matières qu’il transporte, elles se déposent… La Lacquette, elle, est profonde, je ne vois pas le fond, l’eau est chargée, plus trouble…

Poursuivre, se rendre à la division de la Lacquette, Didier connaît le coin, une tante habitait par là… Je lui parle d’une roue à aube qui devrait se trouver sur le bras de décharge, il confirme et m’y amène…

Le centre ville lui rappelle sa jeunesse, son école… « Tu vois là-bas, la grille, derrière, tu aperçois un filet vert à l’horizontal, la Lacquettte passe là, dessous. Le filet sert à arrêter les ballons. »
Bon, le filet, faut le deviner plus qu’on ne le voit…

Et plus loin, depuis un pont, LA roue à aube d’un moulin d’eau Cours Saint-Jean, il l’a connu en activité… Je me régale de l’endroit, enregistrant des détails, et pars de l’autre côté de la rue dans l’espoir de voir le cheminement de ce bras vers l’exutoire.

Peine perdu, il n’y a pas d’autres points de vue entre la rue Saint-Pierre et la rue des Clémences ; j’étais allé voir là-bas son débouché dans la Lys, toujours avec Fabienne, en octobre 2021…
L’exiguïté du passage entre les habitats m’interdit définitivement tout voyeurisme : fin de l’épisode Lacquette dans Aire-sur-la-Lys !

Maintenant, Didier m’emmène au point de vue en contrechamp, d’où je peux voir l’arrivée d’eau dans la Lys… De là, je poursuis à pieds vers le pont du boulevard du Général de Gaulle.

Il me récupère pour aller vers la confluence du bras principal de la Lacquette ; au passage, je lorgne vers l’Oduel, sur ma gauche…
Attirance, je décide de m’y engager. En remontant l’arrivée d’eau, j’aperçois la confluence de la Lacquette : même peu visible, une photo du point de vue s’impose !…

Par curiosité, j’allonge le pas jusqu’à une vanne qui sépare la Lys de l’Oduel ; l’endroit me saisit. La rue du Fort Gassion tranche l’univers urbain de celui de la campagne : point de vue sur l’étendue des champs.

A mon retour, aller jusqu’à la vanne de la porte de Garde qui signe la fin de la Lys Municipale et marque l’entrée du bassin des Quatre Faces avant le bief Cuinchy-Fontinettes (le canal d’Aire à la Bassée).

Rebrousser chemin et se diriger vers le bras mort, un quai de déchargement du canal. Au fond, une péniche est accostée, bien au-delà des silos de l’usine de maltage d’orge (Malteurop)… Je ne m’étais pas avancé aussi loin : avec Didier nous réintégrons la voiture pour contourner cette zone d’activité.

Je lui parle de la Lys qui passe dans le siphon sous le canal, il méconnait, aussi, pour essayer de se faire une idée de cette Lys mystérieuse qui joue à cache-cache, nous franchissons le canal à grand gabarit pour avoir un autre point de vue : aller jusqu’au fort Gassion, à l’écluse…

De là, la Lys poursuit son chemin dans les Flandres, les terres basses…
Depuis l’écluse, en contrechamp, je trouve des repères qui me sont devenus plus familiers : les grands silos et la collégiale. A la bifurcation des cours d’eau, les indications de circulation pour les mariniers mènent au canal ; de l’autre coté, c’est le bras de la Lys provenant du siphon, un cul de sac… Elles signalent clairement cette distinction de statut des deux bras.

Didier me signale que nous poursuivons notre avancée dans le territoire des Flandres pour faire une boucle qui va nous conduire à un pont historique des années 30… Widdebrouck, Pecqueur… et voir se profiler l’ouvrage…

Une péniche passe au moment de notre arrivée, j’assiste au spectacle ; d’autres font de même, au niveau du chemin de halage… Sont en train de pique-niquer, un signal pour aller faire de même !

Franchir le pont et traverser Aire pour aller vers Saint-Quentin : retour à la Lacquette et au Mardyck : pique-niquer à notre tour, au pied du petit château, un temps de retrouvailles pour Didier, avec le souvenir de madame Raoult.

Quitter, c’est entamer un retour quelque peu erratique, ayant perdu le but de la sortie… cherchant une boussole…
Où aller ?… Quernes ! Didier a eu l’envie de revoir le moulin.

Et puis…, retourner lentement vers Béthune, hésitant, passant, détour après détour, dans des endroits déjà fréquentés : s’arrêter près de la confluence de la Cavée de la Tirmande et de la Lacquette, pour montrer à Didier ; puis le moulin Espagnol, à Enquin-les-Mines, où nous nous interrogeons un temps sur le passage du gué…, et enfin, Ligny-lès-Aire, histoire de réveiller les vieux démons de Didier.

La vue d’un terril : envie d’ascension… Didier descend sur la Tirmande, jusqu’à l’ancien pont de chemin de fer.
Poursuivre à pieds.

La montée sur le plateau : paysage morne, gris, tarkovkien, la quête d’un lieu impossible… Finalement, trouver la quiétude d’une journée finissante, le socle tiède des stériles, la vue qui s’étend vers les Flandres… et les éoliennes évanescentes qui changent de teintes, jusqu’à s’évanouir dans le bleu du ciel…
Et nous,
apaisés…

Fin du road trip… Mais ce terril ne compte pas nous lâcher si facilement : la descente se fait laborieuse, les ronces nous agrippent… comme pour retarder le retour à la ville, à son agitation, ses bruits…

Mercredi 23 février 2022 | 1ère partie : de la fin du cheminement de la Lacquette au Nord des Pâtures d’Aire


Rendez-vous avec Michel Abdellah à l’Hôtel Communautaire. On ne pourra pas voir notre contact ce matin, sera disponible qu’en soirée. En attendant, un programme pour la partie Nord du bassin : commencer par la fin !

9H30, direction Aire-sur-la-Lys, encore… Vouloir en finir avec cette histoire de Lacquette qui se sépare en 2 bras. Michel me pilote non loin du canal, près du parc des sports, tant de partir fureter ! Remonter un cours d’eau en s’engageant dans la rue Henry Velay… Logiquement, devrait être la Lacquette. Après vérification avec le GPS du smartphone, confirmation : nous sommes bien sur le bras extérieur de la Lacquette, super !

La scène : à droite, la Lacquette / à gauche, des maisons individuelles.
Coté rivière, la rue est bordée de saules pleureurs d’un bel âge que Michel admire, sont taillés en têtes de chat. Il observe les oiseaux dans les branches hautes, on entend une grive musicienne dont le chant puissant couvre tous les autres. Une mésange à tête bleue inspecte méthodiquement des ramilles en quête de petits insectes. Nous évoquons le calme qui règne dans cette rue ; des canards s’épanche sur le bitume, ils avancent tranquillement de front dans notre direction…

Passage d’un promeneur : femme avec chien et enfant…, peu après, une autre… Cette situation de ville est finalement profitable à tout le monde. Ça rappelle la période de confinement où nous découvrions des villes sans voiture, entendant de nouveau le chant des oiseaux…

Michel m’arrête, il tend l’oreille, un sorte de crissement lui fait penser chant d’une grenouille rousse, la première qui se reproduit ; c’était une illusion sonore : un canard colvert mâle apparaît sur l’eau, le bec s’ouvrant et se refermant en émettant ce son inhabituel, on éclate de rire !

Côté opposé, sur l’autre rive : le bord de rivière est séquencé par un aménagement propre à chaque propriété, en bout de terrain : clôtures vives ou en mailles plastiques vertes, même en dur, avec des arbres et des arbustes taillées ou même surtaillés, comme un tilleul en espalier…

Aux pieds, une bande de terre sécurise les limites, façon de protéger les implantations des ardeurs de la rivière ; certains ont même planté des fleurs, prolongeant ainsi leur jardin.

Il arrive qu’on perçoive l’intimité des jardins à travers… Un bus aperçu au loin signale la rue, derrière la ligne des habitations. C’est la ville, ancienne, bourgeoise, qui pavoise le long des rues, tout en soustrayant au regard des passants les espaces privés de ses habitants les mieux lotis.

Maintenant, nous apercevons un dispositif de vannage qui barre la rivière, toutes vannes ouvertes… Le flot y est vif.
Une troupe importante de canard virevolte, la période de reproduction a commencé, sont fort actifs les bougres : jeu de courses poursuites, d’évictions des prétendants, des couples sont déjà formés, avec des mâles suivis de plusieurs cannes… Bref, la vie des canards.
Un spectacle qui nous occupe un moment ; toutefois un son incongru dans le brouhaha de cette foule qui cancane : le son bref et sec d’une poule d’eau ; on localise. Pas effarouché par notre présence, le volatile se faufile aisément entre ses voisins exubérants.

A droite, se détache un bras. Et voilà ! Sommes tombés tout logiquement sur l’endroit où la Lacquette se divise… Le canal s’enfonce discrètement entre des propriétés. Le GPS atteste de son parcours vers le centre de la ville.

Passage d’un nouveau promeneur, Michel salue le chien qui se précipite, joyeux, puis sa maîtresse, flattée…

Poursuivre, jusqu’à la fin de la rue : un pont marque l’endroit. On débouche sur une route ; je reconnais, la rue de la Tour Blanche, suis déjà passé par là avec Fabienne, en octobre 2021, lorsque nous cherchions la confluence de La Lacquette et du Mardyck. cet endroit n’est pas loin, mais me reste inaccessible, hélas, leurs eaux se mêlent sur le terrain d’un particulier.

Bon, maintenant que j’ai vu : retourner…
Les canards occupent toujours le devant de la scène : nous assistons de nouveau aux courses poursuites des mâles en quête de femelles… Mais quelque chose de nouveau nous arrête, d’étranges jeux de séductions se déroulent sur le bras secondaire de la Lacquette ; nous assistons aux plongeons répétés d’une femelle, jeux d’esquive plus que fuite… Tant et si bien qu’au début, Michel avait cru avoir affaire à un grèbe.

Je suis curieux de savoir si je peux retrouver et suivre ce bras que je sais devoir déboucher au niveau de la Chapelle Beaudelle. Les ponts restent bien souvent mes seuls repères, les eaux disparaissant, traversant des propriétés privés, risquant d’être couverte à l’approche du cœur historique de la ville.

Bon, pas le temps de finir le parcours jusqu’à l’exutoire pour vérifier, on verra avant de retourner sur Béthune en fin d’après midi car là, il est déjà midi, et Michel doit aller pointer : direction l’antenne de Lillers.

Après un temps réglementaire : pause déjeuner à « la Popote », le restaurant choisi par Michel… Et nous commençons d’abord par le marais, au niveau des Pâtures d’Aire, Michel voulait m’y emmener, connait un chemin qui va nous le faire traverser d’Est en Ouest.

Prendre la direction de Witternesse, la D186E1, et avant l’Abbaye de Saint-André, nous tournons à gauche, le chemin est praticable. De part et d’autres des près. Sur un bord, un arbre a été brûlé sur pied, s’arrêter. Michel peste : il semble bien mort…

Nous apercevons la ligne du chemin que Michel vise : haies irrégulières, séquencées en touffes de thuyas – l’une me fait penser à un grand bâtiment végétal – ou en saules alignés, et même apparemment rien, sans doute des clôtures… Michel me dit que le chemin permet d’accéder à de petites propriétés privées « chasse, pêche et tradition » et des cressonnières plus ou moins anciennes, dont certaines sont abandonnées ; il doit même y avoir un élevage récent d’écrevisses…

Au bout du chemin, prendre à gauche : une construction fait face, elle masque. S’arrêter. Aller voir. Scruter, essayer de voir ce qui est derrière…

Bah, une branche barre le passage, les effets de la tempête ; un autre arbre brûlé… Aller voir. Michel dégage la branche et poursuit sa marche, je le suis en voiture. Il regarde les propriétés sur la droite ; ici aussi, chacun aménage sa limite de terrain à sa façon : pas que des haies vives, des clôtures en grillage vert, des arbustes anciens plus ou moins dégradés. Je sens un endroit dont l’entretien ne nécessite nul démonstration ostentatoire, on masque néanmoins, dérobant à la vue sa propriété, ses activités.

Michel repère une entrée, s’avancer : c’est une cressonnière en activité. Des bassins sont recouverts d’un voile blanc. De là, on peut voir les autres terrains sur les côtés. Au fond, c’est boisé, quelques abris signalent des cabanes de chasseur. Michel me dit que de là on peut deviner les marais de la Besvre où nous sommes déjà allés.

Plus loin, une cressonnière dégradée, en cours de comblement. Et puis… sans doute le lieu d’élevage des écrevisses, Michel scrute un fossé à travers le grillage, il a aperçu un filet de protection, celui-ci semble lui donner raison…

Nous avançons ainsi, tranquillement, nous arrêtant au gré de l’appel des clôtures, sont comme des promesses, nous dévoilant parfois des aménagements et des activés insoupçonnés.

Maintenant le paysage s’ouvre à gauche, derrière les clôtures des champs… A droite, de vieux saules… Nous arrêtons en observer, Michel me montre combien certains sont anciens, l’écorce est colonisée par des lichens crustacés – de ceux qui sont des bio indicateurs de la qualité de l’air.
C’est à peu près à ce niveau que commencent les fossés en eau que me promettait mon guide.

A gauche, c’est bien dégagé, on aperçoit au loin le clocher de Saint-Quentin, je reconnais la maison de Gérard Botrel à Fort Mardyck, elle m’indique l’endroit où passe la Lacquette. A gauche, l’Abbaye de Saint-André… Entre, ce ne sont que pâtures bien vertes, en descendent des fossés bien larges, emplis d’eau : un, puis un deuxième, trois… qui se jettent tous dans celui qui les conduit tranquillement le long du chemin.
Heu, dans quel sens d’ailleurs !
D’Est en Ouest je pense, pas si simple ici.
Malgré la distance, on dérange un groupe d’aigrettes Garzettes ; s’envole un peu plus loin…

Deux femmes passent avec leur chien, pas grand monde par ici, ça change d’Aire-sur-la-Lys.

Côté droit, derrière le fossé, une maison, la seule d’ailleurs, isolée… Michel tente d’attirer le chien, mais celui-ci garde ses distances et nous observe… Le charme de Michel n’opère pas.

Maintenant, on aperçoit la route, au bout du chemin ; doit être 15h, retourner à la D943, d’ailleurs fort passante à cette heure… Suis vigilant.

Tourner de nouveau au château d’eau, et s’en aller poursuivre le parcours de la Lacquette où nous l’avons quitté : au parc des sports, mais en aval cette fois… Passer le pont de la rue d’Isbergues et poursuivre jusqu’au pont de l’avenue Carnot.

Depuis le parapet, Michel pointe un autre pont, il semble proche ; nous contournons les habitations par le boulevard du Général de Gaulle…

Cet autre pont est situé rue de Vauban. Déception : un prunier en fleur barre la vue. Contourner, se trouver devant un établissement de notaires dont le parking à l’arrière est une véritable invitation à s’approcher de la Lacquette !
Retrouver le cours d’eau, mais voilé par une végétation de berge ; il s’esquive… je le perds… Des plaques délimitant la propriété m’interdise de le poursuivre.

Je m’empresse de retrouver Michel pour tenter de le retrouver, l’heure tourne, mais impossible par le boulevard ; rebrousser chemin et poursuivre jusqu’à un rond point d’où nous prenons la rue Pierre et Marie Curie. Nous approchons du canal… l’ambiance a changé, le tissus urbain s’est relâché et désormais nous apercevons le haut de bâtiments industriels.

Sur notre gauche, le gymnase rouge déjà aperçu : à son pied, j’entrevois la Lacquette, en partie masquée par un jardin. Michel avait vu juste, elle a effectué un virage serré, détournée vers la Lys qui passe au bout de la rue…

Voilà, c’est vérifié, suis satisfait, le cours d’eau qui se jette dans la Lys juste avant le dernier pont… est bien la Lacquette, son cours principal. La rivière contourne la ville, pour sans doute éviter d’y surcharger la Lys dans les périodes où les risques d’inondation sont importants.
Impossible d’en voir la confluence depuis le pont, faudrait pouvoir accéder au terrain d’un particulier.

Faut pas traîner, 16h, c’est l’heure de ramener Michel à l’hôtel communautaire… Après, nous devrons retourner au marais de la Besvre, pour notre rendez-vous avec Alfred.