Mercredi 23 février 2022 | 1ère partie : de la fin du cheminement de la Lacquette au Nord des Pâtures d’Aire


Rendez-vous avec Michel Abdellah à l’Hôtel Communautaire. On ne pourra pas voir notre contact ce matin, sera disponible qu’en soirée. En attendant, un programme pour la partie Nord du bassin : commencer par la fin !

9H30, direction Aire-sur-la-Lys, encore… Vouloir en finir avec cette histoire de Lacquette qui se sépare en 2 bras. Michel me pilote non loin du canal, près du parc des sports, tant de partir fureter ! Remonter un cours d’eau en s’engageant dans la rue Henry Velay… Logiquement, devrait être la Lacquette. Après vérification avec le GPS du smartphone, confirmation : nous sommes bien sur le bras extérieur de la Lacquette, super !

La scène : à droite, la Lacquette / à gauche, des maisons individuelles.
Coté rivière, la rue est bordée de saules pleureurs d’un bel âge que Michel admire, sont taillés en têtes de chat. Il observe les oiseaux dans les branches hautes, on entend une grive musicienne dont le chant puissant couvre tous les autres. Une mésange à tête bleue inspecte méthodiquement des ramilles en quête de petits insectes. Nous évoquons le calme qui règne dans cette rue ; des canards s’épanche sur le bitume, ils avancent tranquillement de front dans notre direction…

Passage d’un promeneur : femme avec chien et enfant…, peu après, une autre… Cette situation de ville est finalement profitable à tout le monde. Ça rappelle la période de confinement où nous découvrions des villes sans voiture, entendant de nouveau le chant des oiseaux…

Michel m’arrête, il tend l’oreille, un sorte de crissement lui fait penser chant d’une grenouille rousse, la première qui se reproduit ; c’était une illusion sonore : un canard colvert mâle apparaît sur l’eau, le bec s’ouvrant et se refermant en émettant ce son inhabituel, on éclate de rire !

Côté opposé, sur l’autre rive : le bord de rivière est séquencé par un aménagement propre à chaque propriété, en bout de terrain : clôtures vives ou en mailles plastiques vertes, même en dur, avec des arbres et des arbustes taillées ou même surtaillés, comme un tilleul en espalier…

Aux pieds, une bande de terre sécurise les limites, façon de protéger les implantations des ardeurs de la rivière ; certains ont même planté des fleurs, prolongeant ainsi leur jardin.

Il arrive qu’on perçoive l’intimité des jardins à travers… Un bus aperçu au loin signale la rue, derrière la ligne des habitations. C’est la ville, ancienne, bourgeoise, qui pavoise le long des rues, tout en soustrayant au regard des passants les espaces privés de ses habitants les mieux lotis.

Maintenant, nous apercevons un dispositif de vannage qui barre la rivière, toutes vannes ouvertes… Le flot y est vif.
Une troupe importante de canard virevolte, la période de reproduction a commencé, sont fort actifs les bougres : jeu de courses poursuites, d’évictions des prétendants, des couples sont déjà formés, avec des mâles suivis de plusieurs cannes… Bref, la vie des canards.
Un spectacle qui nous occupe un moment ; toutefois un son incongru dans le brouhaha de cette foule qui cancane : le son bref et sec d’une poule d’eau ; on localise. Pas effarouché par notre présence, le volatile se faufile aisément entre ses voisins exubérants.

A droite, se détache un bras. Et voilà ! Sommes tombés tout logiquement sur l’endroit où la Lacquette se divise… Le canal s’enfonce discrètement entre des propriétés. Le GPS atteste de son parcours vers le centre de la ville.

Passage d’un nouveau promeneur, Michel salue le chien qui se précipite, joyeux, puis sa maîtresse, flattée…

Poursuivre, jusqu’à la fin de la rue : un pont marque l’endroit. On débouche sur une route ; je reconnais, la rue de la Tour Blanche, suis déjà passé par là avec Fabienne, en octobre 2021, lorsque nous cherchions la confluence de La Lacquette et du Mardyck. cet endroit n’est pas loin, mais me reste inaccessible, hélas, leurs eaux se mêlent sur le terrain d’un particulier.

Bon, maintenant que j’ai vu : retourner…
Les canards occupent toujours le devant de la scène : nous assistons de nouveau aux courses poursuites des mâles en quête de femelles… Mais quelque chose de nouveau nous arrête, d’étranges jeux de séductions se déroulent sur le bras secondaire de la Lacquette ; nous assistons aux plongeons répétés d’une femelle, jeux d’esquive plus que fuite… Tant et si bien qu’au début, Michel avait cru avoir affaire à un grèbe.

Je suis curieux de savoir si je peux retrouver et suivre ce bras que je sais devoir déboucher au niveau de la Chapelle Beaudelle. Les ponts restent bien souvent mes seuls repères, les eaux disparaissant, traversant des propriétés privés, risquant d’être couverte à l’approche du cœur historique de la ville.

Bon, pas le temps de finir le parcours jusqu’à l’exutoire pour vérifier, on verra avant de retourner sur Béthune en fin d’après midi car là, il est déjà midi, et Michel doit aller pointer : direction l’antenne de Lillers.

Après un temps réglementaire : pause déjeuner à « la Popote », le restaurant choisi par Michel… Et nous commençons d’abord par le marais, au niveau des Pâtures d’Aire, Michel voulait m’y emmener, connait un chemin qui va nous le faire traverser d’Est en Ouest.

Prendre la direction de Witternesse, la D186E1, et avant l’Abbaye de Saint-André, nous tournons à gauche, le chemin est praticable. De part et d’autres des près. Sur un bord, un arbre a été brûlé sur pied, s’arrêter. Michel peste : il semble bien mort…

Nous apercevons la ligne du chemin que Michel vise : haies irrégulières, séquencées en touffes de thuyas – l’une me fait penser à un grand bâtiment végétal – ou en saules alignés, et même apparemment rien, sans doute des clôtures… Michel me dit que le chemin permet d’accéder à de petites propriétés privées « chasse, pêche et tradition » et des cressonnières plus ou moins anciennes, dont certaines sont abandonnées ; il doit même y avoir un élevage récent d’écrevisses…

Au bout du chemin, prendre à gauche : une construction fait face, elle masque. S’arrêter. Aller voir. Scruter, essayer de voir ce qui est derrière…

Bah, une branche barre le passage, les effets de la tempête ; un autre arbre brûlé… Aller voir. Michel dégage la branche et poursuit sa marche, je le suis en voiture. Il regarde les propriétés sur la droite ; ici aussi, chacun aménage sa limite de terrain à sa façon : pas que des haies vives, des clôtures en grillage vert, des arbustes anciens plus ou moins dégradés. Je sens un endroit dont l’entretien ne nécessite nul démonstration ostentatoire, on masque néanmoins, dérobant à la vue sa propriété, ses activités.

Michel repère une entrée, s’avancer : c’est une cressonnière en activité. Des bassins sont recouverts d’un voile blanc. De là, on peut voir les autres terrains sur les côtés. Au fond, c’est boisé, quelques abris signalent des cabanes de chasseur. Michel me dit que de là on peut deviner les marais de la Besvre où nous sommes déjà allés.

Plus loin, une cressonnière dégradée, en cours de comblement. Et puis… sans doute le lieu d’élevage des écrevisses, Michel scrute un fossé à travers le grillage, il a aperçu un filet de protection, celui-ci semble lui donner raison…

Nous avançons ainsi, tranquillement, nous arrêtant au gré de l’appel des clôtures, sont comme des promesses, nous dévoilant parfois des aménagements et des activés insoupçonnés.

Maintenant le paysage s’ouvre à gauche, derrière les clôtures des champs… A droite, de vieux saules… Nous arrêtons en observer, Michel me montre combien certains sont anciens, l’écorce est colonisée par des lichens crustacés – de ceux qui sont des bio indicateurs de la qualité de l’air.
C’est à peu près à ce niveau que commencent les fossés en eau que me promettait mon guide.

A gauche, c’est bien dégagé, on aperçoit au loin le clocher de Saint-Quentin, je reconnais la maison de Gérard Botrel à Fort Mardyck, elle m’indique l’endroit où passe la Lacquette. A gauche, l’Abbaye de Saint-André… Entre, ce ne sont que pâtures bien vertes, en descendent des fossés bien larges, emplis d’eau : un, puis un deuxième, trois… qui se jettent tous dans celui qui les conduit tranquillement le long du chemin.
Heu, dans quel sens d’ailleurs !
D’Est en Ouest je pense, pas si simple ici.
Malgré la distance, on dérange un groupe d’aigrettes Garzettes ; s’envole un peu plus loin…

Deux femmes passent avec leur chien, pas grand monde par ici, ça change d’Aire-sur-la-Lys.

Côté droit, derrière le fossé, une maison, la seule d’ailleurs, isolée… Michel tente d’attirer le chien, mais celui-ci garde ses distances et nous observe… Le charme de Michel n’opère pas.

Maintenant, on aperçoit la route, au bout du chemin ; doit être 15h, retourner à la D943, d’ailleurs fort passante à cette heure… Suis vigilant.

Tourner de nouveau au château d’eau, et s’en aller poursuivre le parcours de la Lacquette où nous l’avons quitté : au parc des sports, mais en aval cette fois… Passer le pont de la rue d’Isbergues et poursuivre jusqu’au pont de l’avenue Carnot.

Depuis le parapet, Michel pointe un autre pont, il semble proche ; nous contournons les habitations par le boulevard du Général de Gaulle…

Cet autre pont est situé rue de Vauban. Déception : un prunier en fleur barre la vue. Contourner, se trouver devant un établissement de notaires dont le parking à l’arrière est une véritable invitation à s’approcher de la Lacquette !
Retrouver le cours d’eau, mais voilé par une végétation de berge ; il s’esquive… je le perds… Des plaques délimitant la propriété m’interdise de le poursuivre.

Je m’empresse de retrouver Michel pour tenter de le retrouver, l’heure tourne, mais impossible par le boulevard ; rebrousser chemin et poursuivre jusqu’à un rond point d’où nous prenons la rue Pierre et Marie Curie. Nous approchons du canal… l’ambiance a changé, le tissus urbain s’est relâché et désormais nous apercevons le haut de bâtiments industriels.

Sur notre gauche, le gymnase rouge déjà aperçu : à son pied, j’entrevois la Lacquette, en partie masquée par un jardin. Michel avait vu juste, elle a effectué un virage serré, détournée vers la Lys qui passe au bout de la rue…

Voilà, c’est vérifié, suis satisfait, le cours d’eau qui se jette dans la Lys juste avant le dernier pont… est bien la Lacquette, son cours principal. La rivière contourne la ville, pour sans doute éviter d’y surcharger la Lys dans les périodes où les risques d’inondation sont importants.
Impossible d’en voir la confluence depuis le pont, faudrait pouvoir accéder au terrain d’un particulier.

Faut pas traîner, 16h, c’est l’heure de ramener Michel à l’hôtel communautaire… Après, nous devrons retourner au marais de la Besvre, pour notre rendez-vous avec Alfred.

Mardi 22 février 2022 | Remonter la Lauvet à sa source, un affluent du Surgeon : la Douce Fontaine


Départ vers 9h30, direction Estrée Blanche, Cuhem… La tempête a fait de la casse, vu ça le long de la route… Des arbres brisés, leurs moignons ; ils ont déjà été coupés, débités, évacués… Les sols sont trempés, les cours d’eau vifs….

10:40, arrêt à Fléchin, avant d’aller chercher la « Douce Fontaine », source de la Lauvet. J’avais idée d’aller à la mairie et me laisser aller au hasard des rencontres. Raté, fermé les moments où je suis disponible. Je regarde autour sur la place et décide de tenter le café, pourrait même servir à manger le midi…

Quelques anciens sont assis, petit verre sur la table ; derrière le comptoir un homme d’une soixantaine d’année, deux personnes au bar.

C’est clair, tous le monde se connaît ici. En demandant un thé, j’interroge le patron sur les cours d’eau dans le coin ; me propose d’étaler la carte sur une table, et je me lance sur cette affaire du Puits sans Fond qui serait en fait le Surgeon…

Il ne sait pas trop me répondre mais les voisins de tables, si ! Seraient même plutôt bavards les deux anciens…

Je note l’entrée d’un nouveau personnage dans le café ; le patron a disparu de la scène et les deux hommes qui étaient accoudés au bar prennent une porte à gauche et disparaissent…

Mes deux compères, Lulu et Claude, évoquent le territoire, chacun à sa manière. Lulu est de Fléchin et Claude, de Flebvin… Lulu est le plus éloquent, connaît bien le coin et, entre leurs souvenirs et des anecdotes du coin, j’apprends quelques infos, mais c’est l’arrivée de Georges qui change la donne. C’est un ancien élu. Il finit par s’asseoir, passe commande et offre sa tournée ; pour moi, juste un autre thé… Pas le moment de prendre une bière.

Je n’avais pas remarqué, le patron a changé… C’est un homme d’une quarantaine d’année qui sert, c’est le neveu paraît-il. Par contre pour manger ici, c’est raté, ça fait déjà plusieurs années que le patron a arrêté. Une femme d’un certain âge arrive et passe derrière le bar. On nous regarde, je devine bien que je suis l’animation de la matinée. Les hommes qui étaient sortis par la porte à gauche reviennent…

Georges en connaît pas mal et ne se laisse pas tenter par les digressions de ses compères : il regarde la carte avec moi, avec assurance il pointe l’endroit au-delà duquel c’est pour lui le Surgeon, avant c’est bien le Puits sans Fond… Avec mon crayon il corrige sur la carte : le Surgeon naît de la rencontre du cours d’eau qui traverse Fléchin et du Puits sans Fond, au niveau du Pré de Boncourt, point !

Le jeune serveur nous écoute avec une certaine attention ; la femme est partie derrière, empruntant le couloir qui dessert l’espace privé du café ; les hommes qui étaient au bar finissent par partir… Tout se déroule calmement, avec l’habitude d’un scénario bien rodée, entre ceux qui vivent leur vie à table (nous) et les autres, qui passent un moment, et s’en repartent vaquer à leurs occupations.

J’en profite pour demander à Georges à quoi correspondent ces appellations dans les zones agricoles sur la carte, comme « la Campagne » ou « les Longs Buissons » du côté de Pippemont. Georges les appellent joliment les lieudits des champs. Évoquer ces ensembles de parcelles, c’est situer des lieux dans lesquels on travaille, comme l’ancien agriculteur rencontré à La Tirmande… La carte en est constellée, c’est la poétique des champs : « le Bois des Agneaux », « les Corrissets », « le Bosquet », « la Grande Pièce », « la Verte Rue », « les Prés Linettes »…

Et pour les sources ? Georges confirme que c’est bien celle du Puits sans Fond à Honninghem qui est à la source du Surgeon. Lulu me dit que l’eau qui vient de Flebvin a pu arrêter de couler, mais n’a jamais vu celle d’Honnighem tomber à sec.

L’homme qui servait derrière le comptoir quitte la scène et sort par le couloir qui mène dans la partie privée ; le bar ne reste pas désert longtemps, un homme assez jeune entre… Il s’installe et nous écoute à son tour.

Je dis au trio qu’en allant à côté au Trou sans Fond, j’ai vu une maison, paraît que c’était un lieu d’élevage de truite. Connaissent tous l’endroit, Lulu évoque la qualité de l’eau et sa fraîcheur ; Georges ajoute qu’elle est toujours à 10-11° C, les responsables de cet élevage étaient des danois, ils faisaient produire des alevins… Mais c’est fini de temps là.

Maintenant, j’annonce que je veux aller à la Douce Fontaine, c’est la source qui manque dans mes repérages, elle alimente la Lauvet.
« La Lauvet ? » Lulu corrige, la nomme la « Lauwette », sans doute dans l’ancien parlé, Ch’ti.

L’homme au comptoir entre dans la danse, Monsieur Binet, il connaît bien le coin, il est chasseur et pêcheur. Me dit qu’il va falloir des bottes, et même peut-être plus…, vu l’état des terres en ce moment ; la source est dans le Bois d’Aunes.

Derrière, dans le couloir de l’espace privé, ça s’active : tous les acteurs reviennent sur scène ; ça sent l’heure des comptes… Georges s’en va régler sa tournée et quitte la salle, s’en retourne chez lui.

Ça ne traîne pas maintenant, avant que tous le monde ne quitte les lieux, j’en profite pour demander où déjeuner dans les parages. Tous s’accordent pour m’indiquer le « Vert Dragon » à Auchy-au-Bois, un routier sympa où on mange bien, sinon, y’aurait bien Beaumetz… J’opte pour Auchy-au-Bois, m’y suis déjà arrêté avec Didier Vivien lors de notre grande virée initiatique sur le territoire.

Claude et Lulu se lèvent et s’en vont payer leur dû ; ils saluent cordialement ceux qui restent encore, et partent chez eux… A mon tour de régler, je prends congé, cet endroit était fort agréable.

*

Après ma pause du Vert Dragon, où j’ai déjeuné en compagnie de 3 autres clients, je sens le vent qui se lève, les nuages défilent sacrément vite…
Remonter sur Westrehem, sur la ligne de partage du bassin de la Lacquette, le vent chahute la voiture, elle tangue.

A Fléchin, je tourne sur Boncourt et m’enfonce résolument dans la campagne ; petite et déserte est la route… Je l’ai même prise un temps pour un chemin agricole… La carte m’indique de traverser le carrefour et de poursuivre dans la direction de Cuhem… Ça, c’est sur le papier, plus d’indications depuis un moment : le paysage qui est devenu collineux ; suis entré dans la Vallée de la Chaine, la route serpente mollement… Et le vent qui forcit, la nouvelle configuration du terrain doit faciliter la circulation des courants d’air…

Chercher des yeux un chemin sur ma droite : le bois au loin semble correspondre. 14:20, je sens que je touche au but ! Un chemin plonge vers le bois ; je m’arrête prudemment dans l’entrée et pars à pieds tester la descente ; le vent me bouscule ! Je titube, retour à la voiture… Avancer lentement avec le véhicule… Je doute… M’arrêter, tenter un demi-tour… péniblement… et pour finir : m’embourber, argh ! la voiture patine…

Après plusieurs tentatives infructueuses, remonter difficilement la pente… Surtout, ne pas s’arrêter !… et se garer prudemment à l’entrée.

Bon, il est temps de mettre les bottes et de partir à la recherche de la « Douce Fontaine ».

D’abord, retourner où j’en étais avec la voiture et commencer à fouiner, à observer les signes alentours… J’en déduis rapidement que j’entre sur le territoire des chasseurs. En bas, à gauche, un bassin récemment creusé capte l’eau de la source. Une passerelle qui fait office de barrage s’ouvre sur un espace qui a été tripoté : grillage, buses… Ils délimitent un bassin ; l’eau est toutefois limpide, un signe d’importance : suis sur la bonne voie…

Impossible de traverser ou de passer sans escalader la butte sur ma droite. Celle-ci sépare le bois des champs, elle est artificielle, mais comment l’interpréter ? Pour faire un lit à la source, un bassin ? Il est tout en longueur, semble être dans les 5 m de large voire plus.

Un chaos d’arbres fraîchement tombés me barre la route, sans doute l’effet de la tempête qui a sévi avant le week-end. Bon, rebrousser chemin, et remonter le cours de l’eau à l’aveuglette, en longeant le champ. Chercher un passage : le fossé boueux ne m’inspire pas confiance… Je note de temps en temps des coulées animales et de vieilles planches moussues faisant office de passerelles.

Finalement, je trouve un point de traversée, agrémenté d’un avertissement : « Propriété privée ». Continuer malgré tout…
Descendre un chemin peuplé de vestiges assez énigmatiques, propres à l’activité des chasseurs ; semblent à l’abandon ; j’en interprète certains comme étant des abris de nourrissages… et des cabanes… L’une d’entre elles est plus complexe, un laurier palme s’est couché dessus et, derrière : LA source !

Enfin… plutôt discrète, c’est le début de ce long fossé ; je cherche son point d’apparition… et finis par remarquer une forme d’eau bombée, la marque d’une remontée… Elle sort d’un embout métallique, comme ceux vus dans les cressonnières…

Ailleurs, je commence à repérer des taches grisâtres sur le fond plus sombre du bassin. Elles me laissent supposer d’autres points de résurgence. Quelle était la fonction de ce bassin ? Y aurait-il eut une cressonnière ici ? Dommage que le chasseur vu au café de Fléchin ne soit pas avec moi !

En suivant le mouvement de l’eau, je retombe sur le chaos d’arbres et cherche un échappatoire pour repasser le film à l’envers, par le champ labouré et retrouver le plan d’eau…

Hormis le nouveau bassin à proximité du chemin, cet endroit recèle des vestiges d’occupations, je ressens un abandon. Comme pour confirmer ce sentiment, je retrouve la vieille caravane aperçue non loin du nouveau bassin, à l’entrée du bois. Et pourtant, pour démentir cette impression, en m’approchant… je vois qu’un arbre est tombé là… a déjà été débité… C’est donc fréquenté !

Le vent semble avoir encore forci… une nuée approche, le ciel s’assombrit rapidement… Le temps de gagner la voiture et une bruine s’installe, me cinglant le visage au rythme des rafales… Des gouttes d’eau maculent la vitre, recouvrant le paysage d’un effet aquatinte. Cet épisode pluvieux clôt la quête de la source de la Lauvet, il est 16:25.

En repartant, je m’arrête à la sortie de Cuhem, l’envie de revoir le pont sous lequel coule vivement la Lauvet empressé de rejoindre le Surgeon… Suis maintenant à la limite de Fléchin ; je m’arrête au bord de la route, à l’entrée du chemin qui doit mener au champ où coule le Surgeon…

La carte confirme : j’entre dans « le Pré Warin », un fond de vallée, mais la Lauvet ne poursuit pas sa course éperdue à travers champ, elle a été contrainte de prendre un virage à 90°et de patienter un peu, avant de pouvoir se mêler au cours majeur.

Je ne peux m’empêcher d’aller jusqu’au Surgeon… voir son gabarit : il coule vivement derrière la ligne des arbres.

17H00 : je peux quitter ce cours d’eau avec lequel j’ai partagé un moment, entrant dans son monde fait de bois et de champs, pour le voir s’émouvoir, se précipiter ou s’étaler mollement…

J’ai comme l’impression de passer mon temps à détricoter le maillage que les habitants de ces lieux ont patiemment tissé, cherchant à dénouer les fils de l’eau de ce sous-bassin, en remontant leur cours, jusqu’à leur sources… levant, en quelque sorte, une partie du voile paysager qui recouvre le Surgeon et ses affluents.

Vendredi 7 janvier 2022 | Boncourt, à l’angle de la rue Jean-Marie Defrance et de la rue du Marais : le Trou sans Fond


Le départ est programmé à 13:30 avec Samia, elle m’accompagne aujourd’hui dans ma quête, arrêt carburant puis nous sortons de la D943, après Lillers, pour tourner sur Bourecq et Saint-Hilaire-Cottes. Au loin le ciel s’est passablement assombri. Je fais remarquer que ça tombe vers là où nous rendons… En prenant la D94, nous passons sous l’auto-route des Anglais pour rejoindre la chaussée Brunehaut. Je reconnais le carrefour où nous avions fait une pause déjeuner avec Didier Vivien. Maintenant nous approchons de Fléchin, nous sommes impressionnés, les alentours sont tout blanc, on dirait qu’il a neigé ! Arrêt à Westrehem pour montrer la chapelle près de bâtiment agricole, le sol est jonché de grêle en fait… L’averse a dû être importante. La route est couverte d’une couche qui m’impose la prudence. Passage obligé à Flebvin-Lès-Aire, décidément… ce lieu est têtu. J’y retrouve la D77 qui va nous permettre de reprendre l’enquête où nous nous étions arrêtés hier avec Émilie.

J’en profite pour m’arrêter à la sortie de Flebvin pour observer l’eau qui va rejoindre le ruisseau du Puits sans Fond derrière le château…

Un peu plus loin, en traversant un hameau de la commune, suis attiré par l’eau qui coule dans le fossé à gauche, elle est drue, chargé, ocre jaune. On s’arrête le long des maisons et je file vers le fossé, regarde pisser l’eau d’une gouttière, remonter le long de la route, et suis le flux jaunasse. Indéniablement, l’averse de grêle a chargé les alentours et l’eau s’écoule vivement maintenant. Je dis à Samia qu’on a l’occasion de vivre en direct l’arrivée des eaux des champs…

Une homme sort, intrigué par nos manœuvres, il a remarqué qu’on photographiait, on comprend vite qu’il nous prend pour d’autres… Daniel qu’il s’appelle, il nous parle de cette situation avec les fossés qui débordent. Nous dit qu’on est ici sur le territoire de la CAPSO, qu’avec le remembrement et les aménagements qui ont opéré ces tracés, les eaux ont été déviés et vont rejoindre plus bas le ruisseau à travers champs ; les « creuses » (chemins creux) ont été supprimés et maintenant l’eau s’écoule de l’autre côté de la route ; comme pour appuyer ses explications, il pointe la doigt derrière sur sa gauche et nous évoque le plan d’eau qu’il y avait là.

En le quittant, je veux aller voir les fossés dont il a parlé, nous nous rendons un peu plus loin, à une sortie de champs boueuse, l’eau descend vivement vers le fossé. Avec Samia, nous nous rendons compte que ces eaux chargées viennent de directions opposées et s’assemblent pour passer sous la route, vers le fond de vallée. A droite derrière la haie, un grand fossé a été creusé dans une parcelle humide, colonisée par les joncs.

Je prolonge ma marche dans l’autre direction, prudence, les voitures roulent vite ici… L’eau dévale de la colline, est bloquée par des planches, sans doute pour éviter qu’elle se répande dans le fossé et finisse par déborder sur la route. L’eau traverse sous la route et rejoint le fossé qui descend vers le ruisseau en bas de Pippemont.

Nous nous y rendons en voiture, lorgnant vers l’eau du fossé. A la sortie du pont nous trouvons à nous garer : l’eau est bruyante, ça vient de l’autre côté, une chute au niveau de l’arrivée d’eau d’un fossé qui a bien creusé son lit. De l’autre côté, j’aperçois un bras qui arrive d’un pré ; je retourne sur la route pour gagner l’entrée du pré et essayer de voir cette arrivée d’eau, impossible ; après une courte hésitation, j’ouvre la barrière et pénètre.

A droite, à une centaine de mètres, une pelleteuse, elle a élargi un fossé pour faciliter le drainage de la prairie ; à gauche, je m’approche du ruisseau, la berge demeure inaccessible, embroussaillée, mais j’y gagne, le contrechamp me permet d’établir une liaison : le fossé traverse le pré à l’oblique, vient indéniablement de la route, là même où nous avons constaté le mélange des eaux tout à l’heure. Ça doit faire dans les 700 m d’après la carte.

Cette situation me permet de voir les eaux des champs dévaler vers un cours d’eau qui les rassemble, une vraie leçon de terrain d’hydraulique… La configuration des lieux me facilite le changement de point de vue et d’envisager le site sous différents angles ; c’est finalement saisir l’endroit dans une globalité : un préalable au geste cartographique.

Après cet épisode, je peux envisager de poursuivre sur Fléchin et rechercher la source nommée « Trou sans Fond » sur la carte IGN. Dans le village, l’appel des ponts imposent le rythme et les sorties exploratoires : un tour à droite, on a repéré un passage qui longe le cours d’eau : cul de sac, après, c’est privé…

Retour et remonter le cours de l’eau, le flot est puissant, nous nous sommes arrêtés près d’un muret qui le longe, j’imagine à la fois pour protéger la rue des débordements et des chutes…

Un peu plus loin, au détour d’un virage, le bruit puissant d’une chute d’eau nous intrigue, Samia me montre qu’on la devine derrière la végétation, ça semble tourner brutalement à gauche ; en redescendant, aucune vue par-dessus la clôture, l’eau contourne l’habitation ; peut-être y avait-il là un moulin ?

Nous poursuivons, tantôt à pieds, tantôt en voiture pour coller au plus près de l’eau ; de fil en aiguille, nous approchons de notre but : cette source tant convoitée du Trou sans Fond. Le fossé est toujours large et plein, traversé de passerelles qui mènent à des maisons ou des terrains.

Sommes sortis de Fléchin, Boncourt : nous approchons…, le cours d’eau devient plus libre, il traverse un vallon qui se révèle à terrain découvert, une maison isolée gît au fond, donne l’impression d’être traversée par le cours d’eau.

Sommes enfin à la fourche, à l’angle de la rue Jean-Marie Defrance et de la rue du Marais, une arbre majestueux trône, équipée d’une chapelle, il marque l’endroit, nous y sommes : y’a plus qu’à…

Descendre et entreprendre l’exploration, d’abord ensemble, puis chacun de son côté… Finalement, nous remarquons qu’à l’abrupte de la route, des gabions de graves bordent un bassin assorti de deux buses. Un peu plus bas, un autre bassin, naturel cette fois, l’eau bouillonne bruyamment à la sortie d’une buse éventrée : c’est là ! Le sol enherbé est détrempé, couvert de feuilles mortes parsemée de grêle, la situation nous rappelle qu’il ne fait pas chaud ; Samia finit par aller se réfugier dans la voiture. Je fouine encore un peu…

Lâcher l’affaire, va être temps de retourner, 16:20 déjà. Sur le retour je propose à Samia d’aller jeter un œil au pont de l’autre côté de Fléchin, il va enjamber le ruisseau le Puits sans Fond… Une occasion de s’arrêter pour satisfaire une dernière fois ma curiosité.

On aperçoit un groupe : trois hommes, se laisser tenter, l’occasion est trop belle… Je leur pose des questions, le plus grand, pas farouche, me répond d’un ton enjoué qu’ici c’est le Surgeon… Aïe, lui dit, en tenant fermement ma carte IGN, que c’est le Puits sans Fond… Il connaît pas ce nom… Avec ses compères ils échangent, puis il rend son verdict : « y’a qu’à aller voir à la mairie le cadastre, pour moi ça a toujours été le Surgeon ici… », mais j’insiste, un peu têtu, gonflé de certitudes… le doigt sur la carte. Il persiste. Je commence à désespérer… Pendant ce temps, l’ancien retourne armé de sa fourche à ses occupations derrière le tracteur et le jeune descend, entre sous un porche et disparaît de la scène.

Et la source du « Trou sans Fond » ? Pareil, connaît pas ce nom… Il connaît l’endroit, bien sûr, les deux buses, la maison là-bas : c’était un élevage de truites, l’eau est claire. L’eau passe à Fléchin, dans le Pré Boncourt et va se jeter dans le Surgeon. Alors je lui fait part de ma quête, le bassin de la Lacquette, sa source à Groeppe ; le Surgeon à Cuhem et la source que je suis allé chercher là-bas… « Mais la source du Surgeon est à Honnighem ! » s’insurge-t-il. Argl !… Visiblement, nous ne parlons pas de la même chose, j’ai l’impression d’être entré dans un monde parallèle où les choses ne sont pas tout à fait pareil, suis troublé… « Je peux vous emmener voir, vous avez des bottes ? », je lui réponds que si c’était possible, demain, je serais disposé à venir… On doit rentrer à Béthune, il est déjà tard pour nous. « Bah, ça m’arrange pas demain, suis en retraite mais c’est le week-end. »

Il s’appelle Watelle, il accepte de me donner son numéro de téléphone, je tenterai à un autre moment. Pour conclure, il me dit « y’a de l’eau partout ici », j’en conviens, pas si facile de s’y retrouver, un cours d’eau se nourrit de sources multiples…

Le jour baisse vite maintenant, on a un peu froid, les pieds pour Samia, les mains pour moi… Nous rentrons par le même chemin, le temps a vite passé, difficile de faire plus, faudra que je revienne pour essayer de trancher, Surgeon ou Puits sans Fond ?à moins que ce soit les deux ?