Samedi matin, 23 octobre | Estrée-Blanche, rencontre avec Johann Lefèvre, un historien local passionné.


9h20, M. le maire a repéré la voiture de l’agglo, est venu à ma rencontre… Puis au tour de Johann d’arriver : salutations, échanges entre eux, ils m’organisent des repérages…

Après les présentations de rigueur, nous voilà partis Johann et moi. Me dit qu’il est arrivé en 2004, mais est reparti d’Estrée en 2017. Passionné de généalogie, il a fait l’état civil du village de 1713 à aujourd’hui. Johann m’embarque avec un regard du passé, habitants, noms, rues, maisons… Il voit autre chose, m’entraîne, me montre.

Me raconte qu’en 44 il y a eu un bombardement malheureux sur la rue de la gare (aujourd’hui rue François Denoeu), un train de munition partait de Fléchinel… Je lui expose ma requête, la recherche de la confluence du Surgeon ; m’emmène plus haut, dans la rue, à un pont fort discret. La rencontre avec la Lacquette se fait derrière, sur un terrain privé, une friche… L’accès se fait par l’autre rue, par la maison du propriétaire, faudrait que je vois avec monsieur le maire pour me faciliter un accès. Mmm, suit un peu déçu, mais têtu, j’insiste en douceur sur mon intérêt pour les cours d’eau et là, en particulier, la confluence Surgeon / Lacquette.

Il poursuit jusqu’au coron du Mont Pouret, il est 10h. Au carrefour me dit que passait le train de Fléchinel en provenance de la mine, autant dire que je ne vois rien, aucune trace. Me montre un chemin à gauche, un chemin bien droit, régulier : le passage de l’ancien chemin de fer.

A droite, somme sur le site de l’ancienne sucrerie, elle s’est arrêtée en 1901, puis a succédé une usine chimique qui fabriquait du blanc de céruse, une activité très polluante, a fini fin 1962. Une épicerie s’est installée dans les années 80 ; sur la gauche j’aperçois le bâtiment, et maintenant, plus rien, c’est abandonné. Pas compliqué de voir que l’endroit est en souffrance, masqué par les habitations plus récentes d’une rue en voie sans issue, on ne voit rien d’autre qu’une friche au fond.

Son intérêt historique se superpose maintenant à ma quête de la confluence : Jérémie s’enfonce dans la friche, je le suis, nous quittons le village, changement de monde… Le bosquet est fréquenté, je vois des coupes récentes de bouleaux, on a dû venir chercher là des piquets, du sol affleure des gravats, de la brique…

Me parle d’une pollution de la sucrerie dont les gens au 19e siècle se plaignait déjà. Une activité industrielle, c’est jamais neutre…

J’ai l’impression que la végétation à recouvert un remblai. Johann me dit que la rivière est là, derrière. Nous ne tardons pas à entrevoir de l’eau en contrebas, la Lacquette. Je constate que le niveau du terrain est carrément plus haut que celui d’en face où dans une trouée, je vois paître des vaches : une prairie…

A droite, nous percevons une limite, arrivons à une propriété privée qui va nous barrer le passage. Un vestige de pont est surmonté d’une cabane, Johann me dit qu’on y est, pour lui le Surgeon est derrière, ça doit correspondre à la confluence. C’est devenu excitant, ça sent l’aventure à côté de chez soi, sa curiosité l’emporte, nous entreprenons d’approcher le lit de la Lacquette pour essayer de voir à travers la lumière de l’arche si on aperçoit quelque chose.

Johann me dit que ce vestige est celui du chemin de fer, la ligne a été abandonné à la fermeture de la mine au début des années 50. Effet en cascade : déclin de l’usine chimique qui perdait un transport et consécutivement le déclin d’Estrée, une perte d’habitants, est redevenue rurale, les corons se sont littéralement vidés, puis avec le temps d’autres sont venus des alentours, d’Auchel.

Prudemment, nous descendons : c’est abrupte ; d’abord moi, je trouve appui sur un bloc de pierre taillée et prend le temps d’observer et photographier : à travers la voûte j’aperçois un bouillonnement, je devine une arrivée d’eau… C’est sans conteste la confluence. A mon retour, sa curiosité est trop forte, Johann va jusqu’à l’eau faire une photo. Nous nous demandons s’il y aurait moyen d’approche, plus tard, avec des bottes… Aller jusque sous la voûte, mais après ?… Ça semble plus risqué. A voir une autre fois.

Nous rebroussons chemin et nous dirigeons vers la clôture, Johann semble reconnaître la propriété de l’autre côté… Au sortir du bois, nous revenons à la réalité du village, tombons de nouveau sur le maire, 11h05, il arrive de la maison où se trouvait la gare, ça lui appartient, nous dit aussi qu’il a fait cette cabane que nous avons aperçue. Nous confirme la confluence du Surgeon et de la Lacquette et expose la situation du site aujourd’hui, d’un devenir souhaité. Indéniablement, il y a une volonté politique de faire évoluer les choses avec les propriétaires. L’avenir nous le dira, comme il se dit…

Retournons à notre point de rencontre, Joahnn m’emmène voir les derniers aménagements dans l’église, ceux des années 50, puis veut me montrer une situation pour laquelle il n’a pas encore de réponse satisfaisante au niveau de la ferme de Rémy Hammeux. Me dit qu’avant, il y avait un château ; le château d’Estrée-Blanche était probablement là. Par les archives, il connaît la présence d’occupants, il en nomme ; pour lui la ferme aura succédé au château, mais où précisément ? On y arrive… Un peu plus loin, en bout de ferme, me dit qu’il y a là, caché par la végétation, un fossé en U dont on ne sait rien, avait-il un lien avec ce château ? Mais ça lui semble trop à l’écart, et Créminil qu’on aperçoit ? Trop loin !… Je sens que ça le taraude, je prends son histoire comme une invite à y aller voir.

11h50, avant de nous quitter, m’emmène voir encore un endroit : le chantier de la salle des fêtes… Il a le souvenir d’un cours d’eau au bout, et lui recherchera des éléments anciens de carrelage, ils auraient été vus quelque part sur le site.

Nous passons outre, l’eau ne doit pas y couler souvent, mais de vieux saules têtard attestent bien une présence d’eau. Un fossé remonte le long d’une maison, il est encore légèrement marqué…

Je me dirige vers le centre du village, j’avais repéré un lieu où me restaurer, cette exploration m’a mis en appétit. Mon objectif : poursuivre l’après-midi en remontant le Surgeon, à sa source !

Vendredi 22 octobre | A la source de la Lacquette : comme un road trip à travers le pays de la Lys Romane et plus…


Parti à pieds à 8h45 pour gagner le Bus 2, à coté de la gare ferroviaire. Rendez-vous à l’arrêt du centre de Bruay, l’ami Didier doit me récupérer au centre ville. On se connait depuis 2005, lors d’un premier séjour de résidence dans le Pas-de-Calais… A proposé ce projet : aller à la source de la Lacquette et la suivre jusqu’à Aire-sur-la-Lys, tout un programme.

On ne se retrouve pas du premier coup ; je finis par voir une voiture traverser le carrefour, conducteur à bonnet rouge, cherchant visiblement alentours ; je le reconnais, fais signe… C’est bon. Il est 10h, direction Houdain, Fond-Madame, Divion, détour par le carreau de la fosse 1, sa passion : a photographié des milliers de fois.

Quittons le bassin minier pour aller dans la direction de Calonne-Ricouard, me dit que nous sommes dans un des plis de l’Artois, j’aime l’image. Me dit aussi que la Lacquette est une rivière de son enfance, c’est pour cela qu’il m’a organisé cette expédition. Traversons maintenant Couchy-la-Terre, extrémité à l’Ouest du Bassin Minier ; détour par la fosse 1 : me mène sur le trou de la mine, enfin… la plaque qui le recouvre : s’y tient un instant, silencieux, comme un rituel… « D’un terril monstrueux ici, ne reste plus rien. »

Repartir vers Amette, pays de Saint-Benoit Labre : sommes entrés dans le Pays de la Lys Romane. Me dit qu’il y a toujours une maison de sa famille. Détour. M’y conduit, voir si nous pouvons toujours entrer dans celle du saint. Le lieu m’évoque les terres vendéennes, celle du renouveau catholique de la 2e moitié du 19e s., comme à Chavannes-en-Pailler (l’Artois est aussi très catho). Mais Amette, c’est d’abord le village de sa famille, de sa grand-mère maternelle. Didier plonge dans son histoire, cette virée est aussi un retour sur son passé.

Nous longeons maintenant la Nave, va vite, elle longe des maisons, comme ce que nous avions vu avec Émilie en août. Didier m’évoque les maisons de Anna et Céline, la sœur de sa grand-mère et sa fille… les dimanches… l’ennui… Cherche sans retrouver la maison de sa tante. Souvenir mental.

Repartir vers la source : Groeuppe. Mais d’abord, passer à Bomy, puis Fontaine-les-Hernans : de l’eau coule à gauche, en fossé, visible, parfois couverte, la Nave ? Maintenant Heurtebise, au carrefour, arrêt, souvenir d’un avant, d’une chapelle qui a disparu. Il fait une nouvelle photo. Les noms de lieux s’égrainent comme un chapelet, « je patauge dans mon enfance. » Didier évoque le dernier chapitre du Temps perdu de Proust.

Me montre sur la droite la plaine de Flandres, on va vers Laires, « le pays d’en haut », ici sa famille parlait l’ancien français. Me dit qu’il y avait des rampes de V1 par ici, beaucoup de fermes détruites…, ce qui explique cette architecture récente. Ici, sont enterrés les arrières grand-parents. Sommes à environ 5 km de la Lacquette. Au carrefour, à gauche, vers Beaumetz-lez-aires, entre Lacquette et Lys.

Bomy… Groeuppe, sommes revenus sur le territoire de la rivière, dans son bassin… Chercher l’eau : un aménagement avec bancs m’indique un traitement soigné du lieu, c’est l’endroit. S’arrêter. S’approcher pour constater la présence d’une source : résurgence. L’eau arrive de sous une dalle, pétillante, petit bassin où des plantes aquatiques frétillent. A gauche, un petit bassin inactif, l’eau stagne, vient du petit pont, un passage qui mène à des habitations ; de l’autre côté, le fouillis végétal masque le fond du fossé… qui remonte le long d’une maison.

Un homme apparaît à la fenêtre. Je lui demande si de l’eau coule régulièrement ici : « non ! ». Il sort et me rejoint, visiblement ravis d’échanger. Didier qu’il s’appelle aussi, Didier Lefrère. Me dit que les voisins en sauraient plus, mais sont pas là ; il n’habite là que depuis 5 ans. Il n’a jamais vu d’eau couler. Après un temps d’échange, nous invite à revenir le voir… Nous quittons Groeuppe : poursuivre notre road trip, le temps file.

12H45 : aller à côté du moulin de Bomy, la Lacquette y est déjà grosse et coule vive. Un étonnement permanent si près de sa source. D’où vient toute cette eau ?

Me dit qu’il a un terril fétiche ici, celui de la fosse 2 du Transvaal… Didier me dit qu’il faudrait que je rencontre un poète, de la beat generation, Lucien Suel, habite au Transvaal.

Ligny-les-Aires, village de famille aussi, le lit de la rivière est à sec, un mystère pour Didier, a toujours connu comme ça. Nous passons sous le cavalier de la mine du Transvaal pour remonter vers la chaussée Brunehaut.

 « Ici, c’est Rely, on trouve des vestiges du terrain d’aviation, il y avait des rampes de V1 », Didier m’indique en passant qu’on voit sur notre droite les 4 monts des Flandres.

Pause déjeuner : Auchy-au-Bois. Repartir, il est 13h50, je commence à être perdu dans la litanie des noms de lieux, suis tout emmêlé. M’explique qu’il y avait la fosse 3 de Ligny… Détour. L’arrêt s’impose, montée au sommet. Didier me montre les alentours…Ici, il y a produit une œuvre. Croit repérer où coule Surgeon. Non, c’est pas lui…

Repartir, recroiser le cours d’eau qui ne coule pas, le fossé à sec, un agriculteur rencontré le confirme ; un nom ? lui n’en connaît pas… « Ça coule juste quand il pleut fort. »

14h40, La Fosse 2 du Tranvaal, son grand-père y a travaillé. Nous nous enfonçons dans un chemin, pèlerinage bourbeux. Je vois au passage des coprins chevelus bien appétissants… pas le temps.

Au retour, sortir la carte pour localiser le Surgeon. Le fossé sur notre droite ? presqu’à sec : un cloaque ; l’odeur mauvaise nous prend le nez. Pas possible, le Surgeon coule dans Estrée, là-haut, pas ici.

Remontons dans le village, pas d’arrêt pour l’heure, poursuivons pour quérir du carburant : Thérouanne. Ici il n’y a pas de stations d’essence dans tous les villages… Franchir de nouveau les plis de l’Artois, quitter un instant la vallée de la Lacquette ; mais c’est pour mieux y revenir.

Il est 15h20… Didier me résume : « ici, c’est une vieille guerre de France, batailles, châteaux… » Sommes de retour à Estrée-Blanche, remontons vers Fléchinelle, le Surgeon y passe, c’est sûr.

Sur le bord d’une route rectiligne, sur la gauche, nous longeons un fossé, il est ponctué de passerelles qui signalent le passage de l’eau. Un espace se dégage, là, un bâtiment connu de Didier, l’arrêt s’impose de lui-même.

De mon côté, je m’enfonce dans un chemin privé, il me mène jusqu’au Surgeon : une pente, un fond de vallée arboré ; rien à voir avec le cours d’eau que nous venons de longer. Mystère. Au retour, je retrouve Didier avec un homme, ils causent bouquin, celui sur les mines du bassin qu’il a fait. L’homme s’appelle Christian, habite là ; il est propriétaire du terrain qui mène au cours d’eau et entretient l’accès. Il est d’accord pour que je revienne le voir pour apprendre un peu plus…

Repartir : vers l’aval, à la rencontre du Mardyck et de la Lacquette, Didier me dit qu’il faudra que j’aille quand même à la ferme des templiers, n’est pas loin, mais le temps file vite. Là-bas, pourraient m’apporter des infos aussi, le ruisseau y coule au pied.

Didier peste : « il n’y a plus un bar avant Aire-sur-la-Lys », une des conséquence de la fermeture des mines, le territoire s’est vidé. Détour par Liettres, me montrer les abords du château, pourrait me trouver un contact si je veux approcher là la Lacquette.

Poursuivre : traverser Witternesse, bref arrêt pour me montre les abords du moulin, connaît quelqu’un qui pourrait peut-être me permettre une entrée…

Aller maintenant vers Saint-Quentin, mais au passage, nouvel arrêt, au niveau de la ferme château de la Besvre… puis, repartir et traverser Quernes… Me raconte qu’il a vécu par là-bas, enfant, qu’il y avait 2 sociétés de pêches qui s’étaient partagées la Lacquette, lui, a été membre de la Fine Touche. Toute une histoire : voilà comment ça se déroulait à l’époque… les gens s’agglutinaient à l’ouverture, aux week-end… se pressaient pour avoir les meilleurs emplacements… et y pêcher les truites qu’on venait de relâcher… A été écœuré de cette pratique et a fini par préférer le Mardyck, plus calme, moins fréquenté.

16h10, Hameau de l’Abbaye de Saint-André, nouveau souvenir… Fut un temps, à l’Abbaye, où c’était une auberge, un étang y était alimenté par la Lacquette. Me raconte alors l’histoire d’une pêche qui remonte à la jeunesse de son père, le comte interdisait cette pratique dans l’étang…

Dans le hameau, doit y avoir un agriculteur avec qui il a fait du théâtre dans sa jeunesse. A côté de la Lacquette, il y avait une cressonnière…

Maintenant, tourner vers Saint-Quentin, son village d’enfance, y coule la Lacquette, une rivière rapide, creuse, alors que le Mardyck est lent, « accessible aux vaches ». Je me rends compte que les deux cours d’eau sont très proche.

16H20. Didier me dit qu’il connaît tout le monde entre les deux cours d’eau. Nous approchons de la confluence, notre périple s’est accéléré, toujours saccadé, au rythme des stations : des lieux chargés d’histoires intimes.

S’arrête causer avec des gens… à côté d’une maison tout à côté du Mardyck, j’y apprends qu’il a connu la vieille dame qui habitait là à l’époque où il pêchait près de la passerelle, celle près de la vieille grille, son endroit préféré. Me montre. Un monde semble vouloir ressurgir… Des gestes, un emplacement, des regards posés… Me dit que le cours d’eau prend source au niveau des cressonnières de Blessy.

Sommes dans Saint-Quentin, Didier s’arrête au cimetière, lieux où les siens demeurent : un ancrage. Lieu-dit Terné, s’approcher du Mardyck, la Lacquette pas loin… m’explique qu’on utilisait « an’planc’ » (une planche) pour traverser, était étroite, avait un peu peur ; pas de pont à l’époque. M’emmène à travers la prairie, arrivons à l’endroit : nécessité d’enjamber des orties qui nous barrent le passage, et nous tombons sur une passerelle de traverses de chemin de fer : c’était là ! L’eau est noire, trouble : « le Mardyck était clair, tapissé de verdure, là, la rivière est morte ; j’en ai un autre souvenir. » De l’autre côté, on s’avance à travers une zone humide bordée de roseaux : « je marchais le long de la rivière pour rentrer chez moi. »

Quitter le cours d’eau pour aller à l’entrée d’Aire-sur-la-Lys, les cours d’eau vont s’y rejoindre. Il est 17h15, en passant me montre deux tuyaux qui traversent au-dessus de nous, ils alimentent en eau potable la ville de Lille, une station de pompage n’est pas loin. Me raconte que la Lys n’est pas loin non plus, tous convergent vers ce point bas.

Au sortir de notre route, à gauche, nous cherchons la jonction des deux cours d’eau, sans succès. Au loin, Didier me désigne un château d’eau : devait y avoir la piscine à ciel ouvert, était alimentée par la Lacquette, on est donc pas loin… A coté le restaurant le Mardyck. Me dit aussi qu’il faudra que j’y aille, essayer d’en apprendre plus, voir peut-être l’emplacement de cette piscine qui est un étang de pêche aujourd’hui.

En prenant à gauche au feu, sommes près de la Tour Blanche, c’est fait, les deux cours d’eau sont unies… mais pas vu la jonction. Déception. Didier pense qu’il y a deux Lacquette qui traversent Aire, mais ne sait pas trop bien situer ; l’une passe dans le centre ville et l’autre, entre le monument aux morts et le terrain de sport. La Lacquette se jetterait donc en deux endroits dans la Lys ? Me reste plus qu’à revenir, prendre le temps de vérifier tout ça, mmm…

Là, il est temps de regagner Béthune, 17h50, Didier va me déposer à Labanque… Fin du road trip !

Jeudi 21 octobre | rencontre avec le technicien rivière de la communauté d’agglomération

Partir vers 9h, rendez-vous à Estrée-Blanche avec Jérémie Duval, technicien rivière de la communauté d’agglomération. Émilie m’accompagne. Nous le retrouvons non loin de la mairie. L’homme est affable, la parole rapide, l’information dense. Va falloir suivre sans trop s’égarer… il travaille sur la restauration hydraulique des cours d’eau traversant le territoire de la communauté d’agglomération.

Avec Jérémie, nous scrutons le clocher pour essayer de comprendre, rien n’annonçait l’échec… 10h10, tant pis, on fait le tour de l’église, écoutons sagement les explications du technicien qui nous expose la situation de la rivière dans le village, masquée, canalisée comme nous l’avions vu fin août. Sommes bloqués devant un bâtiment qui sert de cantine aux écoliers, nous explique que la Lacquette est derrière, pas accessible, et juste visible sur une courte distance.

Lui parle de ce coude que fait la rivière au niveau du passage de la basse-cour pédagogique que nous avions traversée avec le maire. L’état de la berge avait été un sujet de discussion. Jérémie m’explique qu’auparavant, on déviait les cours d’eau pour voir une chute d’eau pour les moulins. Mais ce n’est pas le cas ici. C’est la dégradation, l’érosion naturelle des berges qu’on observe. Sommes dans une zone de collines. Les pentes sont assez importantes et dans les plaines ça s’épanche, ça déborde…

Alors nous ressortons en longeant le presbytère sur la place et reprenons les voitures pour nous diriger, pas loin, au niveau d’une ferme à la cour spacieuse. Cette fois, on chausse les bottes, l’affaire devient sérieuse ; sur le pont je découvre enfin la rivière, enchâssée dans un lit bordé d’une végétation dense, suis rassuré. C’est le moment choisi pour le ciel de nous bénir généreusement, nous nous réfugions sous un hangar où nous accueillent des moutons bêlant de joie, enfin… de voir arriver des bipèdes s’intéresser à leur sort. Effectivement, dehors, face à nous, s’étend une prairie parsemée de taches blanches… Le troupeau m’apparaît important. Jérémie explique la situation, son rôle dans cet endroit : il a pour mission de remettre en état écologique la Lacquette et ici, il devra intervenir, faire de la pose de clôture et mettre en place des abreuvoirs, pour que les animaux ne marchent pas et ne souillent pas la rivière. Mais Jérémie me fait remarquer qu’ici ce n’est pas très abîmé, pas comme avec des bovins. Ce sera une entreprise qui fera les travaux.

Monsieur Hammeux est donc propriétaire riverain. La majeure partie des cours d’eau traverse des propriétés privées et les propriétaires le sont jusqu’à la moité de la rivière.

Sommes interrompus par l’arrivée d’un tracteur, l’éleveur nous accueille d’un franc sourire de bienvenue, nous nous présentons, s’appelle Rémy Hammeux ; il nous expose la situation de l’exploitation, son histoire même, familiale : l’achat progressif de la ferme, et des terres, une à une par le grand-père à l’ancien propriétaire du château. Je n’avais pas réalisé en arrivant que le fond de la prairie, c’est l’allée arborée du château de Créminil, celui même que nous avions arpentée avec Émilie et Samia fin août. Je ressens un certain plaisir, pouvoir assembler les pièces d’un puzzle : réaliser la continuité de la rivière.

Il élève des moutons depuis 2019, mais auparavant il faisait de la vache laitière, mais ça ne rapportait plus et les conditions liées à la production laitière ne cessent de se dégrader. Il vend ses bêtes en boucherie locale, sont un groupe d’éleveur et se débrouille très bien.

J’expose à Rémy des usages de l’eau dont nous avait parlé le nouveau propriétaire du château, monsieur Duru, Rémy connaît bien le coin, il a passé là son enfance, couru les pairies et champs. Dans cette vallée, l’eau ressurgit, alimente les douves du château, mais au-delà, il y a cette histoire de vannes qui me taraude…

On m’explique qu’il y a bien « les prés flottis », servaient au débordement, il y avait une écluse, un fossé, mais ici, c’est rare que ça déborde. Ici, serait un peu inondé. Jérémie utilise un terme, celui de ZEC, zone d’expansion de crue (lié au compétences de l’agglo). Je ne suis pas sûr qu’on parle de la même chose, tant pis.

Et concernant les sources, dont j’avais en tendu parlé par le châtelain, Rémy raconte y avoir joué enfant, je suis tout ouïe, et lui demande s’il serait d’accord de m’y emmener un jour prochain. J’escompte entendre des histoires, entrevoir des usages, apprendre à voir les lieux à travers d’autres yeux…

Quittant Rémy, nous nous engageons d’abord dans la prairie, longeant le cours d’eau, les moutons accourent, à la grande joie d’Émilie qui ne tarde pas à se faire des copines. Le sol est assez gadouilleux, le piétinement des bêtes a malaxé déjections et terre. Retourner. Prendre la passerelle qui franchit la rivière pour emprunter un passage vers la prairie qui se trouve de l’autre coté de la Lacquette. Le passage est indéniablement utilisé par les ovins, me frappe le pied des arbres, il est sans végétation. Jérémy me signale une fosse à droite, elle borde un champ, une canalisation est visible, traverse sous nos pieds et débouche au-dessus du cours d’eau. Il interprète ça comme un jeu d’accumulation d’eau au pied du champ et souligne le rôle de déversoir aux fortes pluies…

Nous nous avançons dans la parcelle, jusqu’au niveau du château, changement de point de vu : en face, je reconnais les endroits où nous sommes passés en août…

Nous repartons, c’est l’heure de la pause déjeuner, rendez-vous pris à Gauchin-Légal, au sud de la communauté d’agglomération. En chemin, nous nous arrêtons au niveau d’un moulin que nous avions déjà vu avec Émilie, Jérémie veut nous montrer là un exemple de restauration de berge. Effectivement celle-ci a changé, a été réalisé une amélioration de l’état physique des berges par clayonnage, avec des tiges de saule, restera à installer des plantes hélophytes qui vont coloniser… Nous dit que pour ce type d’aménagements, le génie végétal est assuré par la régie de la communauté d’agglomération.

13h30, avant de rentrer : Beugin, haute vallée de la Lawe, une entité avec un bassin versant dont le territoire est très petit, des collines de l’Artois à la plaine. Nous emmène voir le lac de Beugin, c’était une carrière de schiste rouge qui servait à faire de la brique. Nous raconte que du temps de l’exploitation, un jour, ils ont percé le fond, la couche imperméable, et sont tombés sur une nappe captive, l’eau est montée comme du pétrole, ce fut la fin, la carrière est devenue lac.

Jérémie nous entraîne voir le parcours dans cet espace naturel. L’endroit est très prisé, après avoir contourné l’endroit, nous arrivons sur un cours d’eau, un chemin de platelage suit le mouvement de la rivière, rapide, chantante. Je me croirais en Bretagne, elle est encaissée et ombragée. Nous jouons les montagnes russes, descendant, tournant à gauche, à droite et finissons par remonter sur notre droite, quittant la rivière pour une ligne droite, ancien passage d’une voie de chemin de fer… qui nous ramène au point de départ, fin de la boucle :retour à Béthune, il est 16h30.