Sommes repartis pour une expédition avec Fabienne, cette fois nous reprenons la route d’Aire mais nous tournons à Witternesse pour atteindre le site de l’Abbaye Saint-André… Se tromper de route, pas grave, ça permet de montrer le moulin à Witternesse. Arrêt près du pont. Descendre, s’avancer jusqu’au moulin, un battant du portail est ouvert : tenter ? Courte hésitation : j’entre, passe le porche, une cour dévoile de longs bâtiment de part et d’autre, en face, je devine la rivière toute proche… Sonner à la porte. Rien. près un instant, Fabienne me signale du mouvement. Un homme, jeune, ouvre, bientôt suivi d’une femme : exposer la requête, l’envie d’en savoir plus, sur l’eau, ce moulin…



Dorothée et Sébastien en sont les propriétaires, la jeune femme nous dit que son arrière grand-père en était le meunier, c’est un bien de famille. Et puis ses grand-parents étaient agriculteurs ici même, les bâtiments de la cour servaient à la ferme, pour les bêtes entre autre. Le grand-père utilisait encore le moulin pour la mouture du blé pour ses bêtes, avait un moteur à l’extérieur pour entrainer la meule. Dorothée parle vite, passionnée, elle connait son affaire. Sébastien me confirme que sur le site internet, c’est bien eux, l’appel à des fonds participatifs pour la remise en état du moulin… C’était en 2015. Avait très bien marché. Mais il reste tant à faire…




Ils évoquent avec force détails les inondations qu’ils subissent de façon récurrente, la rue a pu être inondée. L’eau menace le site plusieurs fois par an, aussi réclament-il qu’on fasse évoluer la situation. Il y a bien un clapet un niveau du pont qui avait été mis en place, mais cela ne semble pas suffisant, ça demande une surveillance constante lorsque la situation devient préoccupante…
Je leur demande si nous pouvons accéder à la partie rivière, de l’autre côté… Une anecdote : je raconte à Dorothée comment j’ai vu, lors d’un précédent passage, un enfant pêcher par une fenêtre, celle qui donne sur la rivière, la situation était drôle. Me dit que c’était leur fils de 11 ans, mais il ne pêche rien de là… Rires. C’est de là qu’est née mon envie de venir au moulin…



Maintenant, nous empruntons le passage qui mène à la passerelle, celle-ci passe au-dessus de la chute : impressionnant ! Suis ravis de découvrir le site de ce point de vue après la vue du pont en août : contrechamp. Je suis Dorothée sur les planches qui descendent du côté du déversoir, me dit qu’il a été refait avec les élèves d’une école. L’eau passe là lorsque la rivière est très grosse… Elle pointe du doigt le pont, montre la charge de matériaux qui s’accumulent à sa gauche, « c’est un phénomène normal ici, il faudra enlever, sinon ça contribue à faire monter le niveau au pont. » De son côté, Fabienne est restée sur la passerelle avec Sébastien, l’échange a l’air animé.


La rencontre touche à sa fin, nous nous retrouvons un temps sur la passerelle avant de retourner sur la cour. Nous échangeons nos contacts, je reviendrais…

Avant de remonter dans la voiture, je montre à Fabienne l’endroit où se trouve le clapet que nous avons évoqué… Puis, nous rebroussons chemin, en retournant à la patte d’oie, là où j’eus la bonne idée, au final, de tourner du mauvais côté.

Bon, s’agit maintenant de ne pas rater l’endroit pour accéder à l’Abbaye de Saint-André. Carte en main, Fabienne me donne ses indications, je tourne trop tôt, je reconnais un pont que j’avais emprunté avec Didier, hop, demi-tour… L’Abbaye, c’est juste un peu plus loin, il y a même un arrêt de bus du même nom. C’est bien l’endroit, mais au bout de la voie, circulant entre des bâtiments de taille respectable, nous sommes arrêtés par une clôture !… Pas grave, demi-tour. Reprendre la carte. Soyons stratégique ! Aller un plus loin et prendre à gauche cette route prise avec Didier, mène à Saint-Quentin ; il me souvient qu’on peut prendre à gauche après le pont et remonter un peu la Lacquette.

On va contourner le problème. Et c’est reparti… Avançons lentement au bout de la route, jusqu’au cul de sac : une prairie ! là même où Didier m’avait parlé de sa pêche dans la Lacquette. Je descends en premier, observe le cours d’eau et apprécie son courant, sa largeur… Rien à voir avec ce qu’on a vu la veille à Aire-sur-la-Lys. Ça reste un mystère.



De là, j’entreprends de franchir une clôture électrique, savoir si je peux avancer facilement ; Fabienne m’attend dans la voiture, prudente. Des génisses dans le pré. Sont curieuses, commencent à venir, par petites touches, comme si de rien n’était, à la Jacques-à-dit… La clôture lèche la berge. Je resterai donc dans la pâture ; les trognes de saules m’attirent, formes tordues, évidées, fendues, massives… Je n’y résiste pas, les contourne : sont impressionnantes. J’adore. A retenir.





Tout en avançant, je scrute à gauche, espérant voir ces fossés singuliers que j’ai repérés sur la carte. Rien. Toujours rien. Devant une passerelle. La base de l’ouvrage fait ancien, débouche en face un petit canal souterrain, ça m’intrigue… On dirait qu’il relie un fossé de l’autre côté… Je remarque Fabienne qui arrive au loin ; je l’attends pour poursuivre cette aventure champêtre. Après Aire-sur-la-Lys, quel contraste !…


Cette campagne est bien plate, nous n’apercevons rien qui fasse canaux quadrangulaires, sinon une haie en bout de champ, et en prenant le chemin on va vers une ferme… On hésite, la carte m’indique bien quelque chose d’assez important mais toujours rien de particulier. En tout cas, on remarque bien à gauche à droite des fossés dans les prés, mais de petit calibre… Certains sont plus ou moins à sec, d’autres avec de l’eau qui semble s’écouler doucement.




C’est décidé : se diriger vers la ferme ! En arrivant au premier bâtiment, un fossé qui longe, rempli d’eau… Fabienne fait des remarques sur la construction, les murs sont anciens, le toit est en mauvais état, couvert d’une tôle d’un état douteux… On aperçoit d’autres bâtiments d’importance, poursuivant le chemin nous arrivons sur une clôture qui nous barre le passage. Sommes arrêtés, silencieux, un doute nous envahi. Quelque chose cloche : « Mais… mais, nous sommes à la clôture où nous étions tout à l’heure à l’Abbaye ! » Rires… Tout absorbés par notre quête, avons fait un tour complet, la carte confirme.

Retournons, à l’entrée, au premier pré, on y entre, suivant le bâti, longeant le fossé pour atteindre la haie que j’avais aperçu, n’est pas trop loin ; je veux aller voir, vérifier s’il pouvait y avoir ces canaux. Ça ne peut être que là… L’eau du fossé que nous suivons est claire et s’écoule… Arrivons à une petite clôture, un jardin ? Un homme âgé arrive là, du fond, tranquillement, avec son chien. Sommes prudents, ne pas être trop intrusif, ne sommes-nous pas entrés dans des terrains privés ? Je m’avance et le sollicite, lui pose quelques questions, savoir s’il sait quelque chose : bingo !




Nous raconte que les canaux sont derrière le rideau d’arbres, des fossés en fait, ont fait jusqu’à 7 m de large ; cela a appartenu à un comte – ça coïncide avec l’histoire de la pêche racontée par Didier -, probable que c’était des viviers du temps de l’Abbaye… Reste que cette forme quadrangulaire m’intrigue, rappelle de l’aménagement défensif.
Il a été fermier, s’appelle Hammeux, comme celui d’Estrée- Blanche ? Je lui parle de Remy, c’est de sa famille !… Causer des fossés aperçus dans les prés ; Daniel dit connaitre leur principe : ce sont des fossés de drainage, les champs sont très humides, l’un d’eux relie la Lacquette au niveau du pont, une écluse dessous (ou une vanne ? un clapet ?), celle qu’on a vue, et que ça régule l’eau entre la Lacquette et les prés… Voilà qui corrobore mon intuition que tout est lié dans ces terres basses.

Se séparer, poursuivre pour aller voir ces canaux à travers les frondaisons… Nous remontons un fossé… il bifurque à droite, va dessiner sa forme. Suis satisfait d’avoir trouvé.
Sur la carte, j’ai vu qu’il doit relier, à quelques kilomètres, un autre cours d’eau : la Laque ; nous l’avions rencontré au niveau du marais de Besvres, en août, avec Émilie et Samia. Tout est lié. Les marais communiquent, se lient à des rivières éloignées les unes des autres, c’est plat et les eaux abondent…


En remontant un fossé de séparation de prairie, on se rend compte qu’on arrive à la Lacquette : pas possible de traverser là. Rebroussons chemin, à travers le pré. L’herbe est bien mouillée… Et hop, le chemin, le pont, c’est le film à l’envers : regarder à nouveau cette écluse dont on aimerait bien en savoir plus et repasser la clôture… longer les saules… Mais nous introduisons une variante, l’arrêt pour aller admirer les trognes et faire quelques photos : un jeu de sarcophages, se lover dans des troncs…



Temps de retourner en passant par Liettres, Quernes… et puis, s’égarer un peu, faut bien…. mais jusqu’à Marles ! la circulation s’est faite pénible, déviations, ralentissements…, l’espace urbanisé est traversé laborieusement.

























































































