Fin Mars – début Avril 2023| Reprendre le Grand Tour, avec Émilie ou Coppélia en opératrices complices

Dès le 28 Mars, j’ai entrepris de refaire mon Grand Tour*, et après quelques ajustements techniques, sommes partis en vadrouille, jonglant avec la météo et la course du soleil… Aussi, l’ordre est-il encore incertain, d’avant en arrière, effectuant des sauts dans l’espace et dans le temps.

Pas simple de coordonner disponibilités des uns, temps qu’il fait et temps qui passe… Mais bon, avec persévérance et insistance, je réalise méthodiquement le plan de retrouvailles avec des lieux qui me tiennent à cœur sur le pourtour du bassin de la Lacquette.


Pour rappel, la carte de février 2023


Message du Vendredi 17 Mars 2023 /
Bonjour Émilie,
J’espère que tu vas bien et que tu reçois bien mes messages avec Gmail
maintenant. Si tu peux confirmer.
Pour ma venue, je n’ai pas eu de retour sur les créneaux en matinée.
J’ai déterminé une sélection qui, j’espère va s’avérer être un bon choix.
La météo sera déterminante. J’ai considéré les sorties avec du soleil,
ce qui impacte fort les orientations.
En partant d’Aire, c’est-à-dire d’Est en Ouest, soit en passant par le
Nord (après-midi), soit par le Sud (matin).
Les matins : 12 sites, peut être des adaptations sur place, selon…
des créneaux entre 10 et 11h, vers 11-12h, 12, avant 13h.
Les après-midis : 8 sites, même conditions d’adaptations que le matin, selon…
des créneaux à partir de 15h, 16-17h, 17h et après à l’Ouest ?
Et si la météo n’est pas idéale on fera au mieux.
Comme tu le sais, ta participation sera précieuse.
Bien à toi,
Gilles


L’idée du tour du bassin de la Lacquette est né progressivement, au fil de mes en-quêtes sur le territoire en lien avec mes recherches documentaires au service de l’eau de l’agglomération de Béthune-Bruay (la première mention dans le carnet de la résidence date du jeudi 17 mars 2022 où Flora Tivelet, responsable du service Etudes GEMAPI, lorsqu’elle avait tracé le contour du bassin).

En passant sur le long de Quernes, dans une parcelle de la Justice, avant d’arriver à l’autoroute. Juste de l’autre côté, coule la Lacquette, un peu perchée.

Au-dessus de la Tirmande, arrêt non loin d’un des terrils du Transvaal, depuis le chemin
qui traverse « les Saintes », en venant de la D341.

Vers Laires, s’avancer en direction du Mont Saul depuis un champ le long de la D95.


Carte en main, j’étais allé sur le terrain, communiquant avec des habitants ou des spécialistes et j’ai enregistré, noté, pour comparer, vérifier… une nécessité car l’outil est plutôt abstrait lorsqu’on veut aborder la question hydrologique.


En descendant vers la Tirmande par la D90, traverser un champ du Rappoy.

A droite, regard sur l’un des terrils du Transvaal.


L’interface de la carte a fait émerger des constellations de noms de lieux, de cours d’eau, m’intriguant au point de chercher à dessiner les contours du bassin et vouloir vivre une expérience de l’eau définie par les écoulements qui alimentent la rivière.
J’ai eu besoin de l’expérience sensible, aller humer le terrain, expérimenter la géomorphologie par les pieds, vivre les aléas du climat et éprouver ce bassin : peut-on le voir ou le deviner, voire, le ressentir ? Question interprétation me dira-t-on… d’humeur sans doute, de croyance aussi, peut-être…


Sortie de Ligny-lès-Aire, au Sud de Westrehem, sans doute le creux
de la Cavée de la Tirmande au loin…


Les calculs ne donneront jamais rien d’autre que des calculs, ils modélisent, se veulent rationnels, abstraits.

L’artiste, lui, se fait ici raconteur d’histoires – il s’en raconte aussi d’ailleurs -, donnant corps à une fiction pour tenter de montrer le terrain, transpositions de données sensibles, d’une poétique des lieux et de la carte qui, tous ensemble, dessinent inlassablement l’entrelacs des désirs d’un bassin impossible à voir ; il est plutôt à ressentir, à travers la houle des champs et des prés qu’il traverse,
à l’approche des éoliennes qui lui souffle le vent
ou le chant d’alouettes qui se dérobent à la vue
pour lui révéler la cloche du ciel,
lent défilé des nuages,
vapeurs et pluie…


Au Nord de Febvin-Palfart, de la petite route qui vient de Ligny,
s’enfoncer dans les champs du Chemin de Ligny.
Toujours plus au Sud, à l’Est de Livossart, à la croisée de chemins, les champs du Buché plonge vers Honninghem où je sais être la Source du Puits sans fond.


C’est une quasi fiction que je propose ici : à travers les ingrédients du témoignage, récits et photos.
Un personnage, explorateur/narrateur avec son barda – du tourisme à côté de chez soi (énonçant ce qui serait alors à voir ?) -, circule et s’arrête sur des objets qu’il a décidé, il a ses règles.
On peut voir ce voyage comme une tentative de donner du corps à cet impalpable du bassin de la Lacquette, le touriste cherchant à transmettre son expérience, souvent déceptive, nous donnant à voir simplement ce qui est là… dans sa crudité/nudité, à chercher des indices qu’il ne sait pas forcément trouver ou reconnaître.


Un matin, par l’Est, au sortir du pont de la Lacque, longer le canal d’Aire à la Bassée,
une butée artificielle du bassin.

En redescendant, depuis le Mont de Cocagne, une hauteur dans le plat des abords
d’Aire-sur-la-Lys. Frôler Isbergues…


Je ne fait que tenter de faire naître de l’intérêt pour ce paysage de la Lacquette.
Cette proposition peut-elle devenir un des ingrédients qui peut susciter l’envie d’y aller soi-même ?…
Je le vois comme une façon d’interroger notre rapport au monde, de retrouver du lien avec des lieux, des endroits dans lesquels nous évoluons sans les connaître, pour apprendre à les apprécier, les goûter.
Et si c’était là un des moteurs de l’attachement qui nous lie ?


Depuis la petite route qui raccourcit la distance entre Molinghem et Lambres, profiter du passage du tracteur pour s’avancer dans un champ de blé des Lunes, au loin, l’église Saint-Pierre
d’Aire-sur-la-Lys s’impose à la vue.


Pause le long de la D186, entre Mazinghem et Rombly : vue large sur l’étendue de Witternesse ;
au bout du bout, la Lacquette.


Cette banalité du paysage m’importe, la Terre n’est plus à considérer comme faisant partie d’un projet de conquête et d’exploitation massive des ressources.
Cette banalité et un « lieu » commun, un « lieu » que nous partageons de fait avec les autres terrestres.


A rebours, la D943 non loin du pont qui enjambe le Mardyck à Aire-sur-la-Lys, suis pratiquement en contre-jour. La route, hostile, m’entraine à gagner les prés humides.

Poursuivre vers l’Ouest, enfin, par le Nord, du côté de Mametz. Depuis la D157,
descendre dans un champ de la Justice : en bas coule le Mardyck vers Aire-sur-la-Lys.


La Terre est aujourd’hui reconsidérée dans son habitabilité, l’écologie est passée par là. La Lacquette revêt autant d’importance à mes yeux que la Seine, le Rhône ou la Loire… Elle m’a laissé entrevoir ses fragilités et apprécier un territoire qu’elle a façonné, l’irrigant, le nourrissant autant qu’il l’a nourri. Ses constituants sont liés, nous avec. Pas de Lacquette : pas d’eau, pas d’agriculture, etc. Usagers, habitants, riverains, sommes finalement tous responsables de la vie du cours d’eau. S’en préoccuper – le choyer -, c’est favoriser le maintien de la vie qu’il agrège.
La Lacquette traverse, irrigue.


Grand écart, la course du soleil impose un retour au Sud, non loin du terril de Ligny-lès-Aire,
sur une ancienne voie de chemin de fer des mines parallèle à la route qui traverse Rely.


Pause au soleil de l’après-midi. La vue donne au loin vers la Tirmande,
enfin, porte plutôt vers le Mont Pourret…

Poursuivre toujours plus à l’Ouest, là où le soleil terminera sa course… L’après-midi touche à sa fin, un grand écart… Beaumetz-lès-Aire. Les nuages reviennent, la fraîcheur s’installe.

C’est l’entrée au pays des éoliennes – les moulins à vent – qui traversent les hauteurs du Nord au sud, on avoisine ici les 180 m. Je domine la vallée de Groeuppe, lieu de naissance de la Lacquette.

*

Fin de cette séquence à dessiner avec mes pas le contour du bassin; restera à poursuivre vers l’Ouest et remonter vers le Nord, après la mi avril,
à moins de faire l’inverse !…


*Note sur le Grand Tour

« Le Grand Tour, écrit de la même façon en anglais, est à l’origine un long voyage en Europe effectué par les jeunes gens, et très rarement les jeunes filles, des plus hautes classes de la société européenne, britannique, allemande, mais aussi française, néerlandaise, polonaise, scandinave, plus tardivement russe à partir des années 1760. La pratique, qui émerge vers le milieu du XVIème siècle, s’affirme tout au long du XVIème siècle, pour culminer au XVIIIème siècle. Ce voyage d’éducation aristocratique est destiné à parfaire leur éducation et élever leurs centres d’intérêt, juste après, ou pendant leurs études, qui étaient alors essentiellement fondées sur les humanités grecques et latines.

Les destinations principales sont avant tout l’Italie, mais aussi la France, les Pays-Bas, l’Allemagne et la Suisse que le jeune homme parcourt en partant et en revenant dans son pays. Plus tard, à partir du milieu du XVIIIème siècle, certains se hasardent jusqu’en Grèce et au Proche-Orient, parfois en Perse. Ces voyages duraient en général plusieurs années, jusqu’à cinq ou six pour les familles les plus fortunées, ou les jeunes gens les plus ambitieux ; ils étaient le plus souvent effectués en compagnie d’un tuteur. Ils devinrent une pratique normale, voire nécessaire à toute bonne éducation pour des jeunes gens destinés à de hautes carrières ou simplement issus de l’aristocratie cultivée. »

Le Grand Tour: le voyage de la noblesses européennes
https://www.proantic.com/magazine/grand-tour-voyage-de-noblesses-europeennes/

Début Mars 2023 | poursuite des prélèvements…

4 mars 2023, reprise des prélèvements, le regard collé aux cours d’eau, à leurs berges, en quête d’un nouveau regard… Pour un paysage à fleur d’eau, aux ras des pâquerettes, encombré de détails.

A l’entrée de la Tirmande… descendre dans le fossé de la Cavée de la Tirmande, est assez abrupte ; beaucoup d’éléments anthropiques jonchent, charriés par les arrivées d’eau.

Morceau d’os de bovidé, de calcaire et bout de brique usé par l’eau, une semelle de chaussure d’enfant.

Au pont à droite, prendre un chemin de sous bois, privé sans doute, des marques d’occupations de chasse. Il longe le fossé de la Cavée de Vignacourt, bien à sec et se poursuit à travers champs.

Prélevé 2 morceaux de métal rouillé, bris d’élément de construction, brins d’herbacés agglomérés par l’eau.

Retour par un champ labouré, les mottes s’effritent, c’est bien sec pour la saison.

Se déplacer vers Lingy-les-Aire pour remonter la Cavée de Vignacourt. Deux ponts : le fossé arrive, longeant la route et la traversant en direction des champs…
Des buses venant de Ligny sort de l’eau domestique, grise, malodorante. Elle nourrit le cours d’eau.

Prélevé des feuilles et des racines dénudées par le passage de l’eau.

6 mars 2023, reprendre la Cavée de la Tirmande, juste avant les terrils du Transvaal. Passer sous le pont à droite, il a fini d’être rénové, se diriger vers le fossé en bas des champs. Les arbustes de la berge ont été taillés depuis ma visite en novembre 2022.

Descendre dans le fossé, observer ce qui est normalement masqué par la végétation, c’est un chemin d’eau ponctué des traces de dévalement de l’eau des champs et de son passage dans Ligny-lès-Aire et la Tirmande.

Suis pourtant éloigné de la Tirmande, le lit est toujours habité de déchets, plastiques, bouteilles, fragments d’objets divers : ai prélevé une cartouche bleue, des brindilles agglomérées par l’eau, un bout de plastique.

Continuer en direction du Transvaal, pas en descendant le long des terrils, mais en allant tout droit, par une route taillée dans les champs. La descente est marquée. On lit sans peine le trait du fossé du Vauda. J’assiste au loin à une course poursuite de lièvres. Le premier s’arrête, le suivant le rattrape. Accouplement… Un autre lièvre surgit, un concurrent visiblement. La femelle en profite pour s’esquiver ; un nouveau lièvre apparaît… Les mâles se surveillent. La femelle est loin maintenant. Indéniablement, le printemps est là, la faune s’active, pas encore trop la végétation.

Une grange de stockage, bordée d’un dépôt de fumier d’où s’écoule les jus ; l’eau du fossé est presque noire. Toujours autant de déchets ponctuent le fond, mêlés aux cailloux, aux tiges d’herbacées…

Pris un bout de plastique noir, c’est ce qui domine, quelques cailloux, des tiges-squelette d’orties (elles aiment l’azote), des brindilles emportées par l’eau…

Retourner et prendre le chemin de la Breteulle pour couper vers l’autre bassin versant, celui du Surgeon. En descendant vers son lit, ai repéré un sentier. Le ruisseau coule tout en bas, vif, rassurant après l’épisode fossés…

Ai pris un bout de plastique usée, couleur « saumon », une petite plume, quelques cailloux, 2 bouts de bois – ça deviendrait bucolique ici !

Arrivée à Fléchin et remonter vers la Source du Puits sans Fond, à Boncourt, vers 12h20, c’est la pause casse-croûte.

La source est toujours aussi limpide : 3 petits cailloux avec des taches noires de micro organismes.

De Boncourt, passer à la source la Douce Fontaine. Je laisse le véhicule à l’entrée d’un chemin qui descend vers le fond du vallon. Un agriculteur entre dans le champ à côté et entame ses travaux, un lièvre s’enfuit.

Longeant l’eau dans le sens aval, un passage ouvert puis fermé, dans un sous-bois, des habitations apparaissent sur l’autre berge. Le cours d’eau est-il déjà devenu le Lauvet ? première rencontre avec une végétation aquatique depuis un moment, les plantes se laissent caresser par l’eau, ondulent.

Prélevé des feuilles avec mycélium, un anneau orange, jeu d’enfant ou pour un chien ? Il est mordillé. Un petit bout de bois avec lichen, tige de saule avec des feuilles oblongues, saule hybride ?

Poursuivre sur Fléchin et prendre la route de Saint-Omer, retrouver le Lauvet à gauche, il passe sous la route et file dans le fond de vallée rejoindre le Surgeon.

Feuilles, brindilles d’herbacées, bout de bois, plume (pigeon ?), bras de poupée.

Au Surgeon, un coin de pêcheurs ? Ramassé une boîte faisant à penser à de celles qu’on utilise pour les asticots… feuilles de peupliers, chatons de noisetiers, plumes d’un festin, un prédateur est venu là.

Suivre le Surgeon jusqu’à Cuhem. Il est vers 15h30 ; du bord de la route, je m’avance vers le cours d’eau : deux rafles de maïs, un bout de plastique…

Continuer sur Rupigny : l’eau coule vivement le long de la route, c’est bien « sourcé » ici ; plein de canards, on les entend avant de les voir, c’est comme ça les canards. Ils habitent là, deux habitants du coin me confirme : sont là en liberté toute l’année, se sont mêlés aux colverts…

Malgré l’évitement des véhicules, j’en trouve un d’écrasé, puis deux dans le fossé, c’est l’hécatombe. J’imagine qu’à la période de reproduction, sont imprudents.

7 mars 2023, pluie : route de Fléchinelle, à l’entrée d’Estrée-Blanche, le Surgeon coule vivement. Sur le site visité en décembre 2022, les restes du débroussaillage et de la taille des arbres.

Au sol, sur la berge, je glane : une canette écrasée (il y en avait plusieurs), un bout de pastique bleu (pas seul…), des fruits secs d’aulne, 2 vieilles tiges de sureau, un cailloux pris dans le ruisseau, une coquille Saint-Jacques. Ça sent carrément la ville ici…

Retrouver la Lacquette sur Serny, pourquoi suis-je retourné vers Serny, je ne sais plus trop… Près du pont, un espace public donne un accès l’eau, une « boite » à livres, une cane qui appelle, des branches au sol, c’est l’époque de la taille des arbres, une constante partout où je passe…

Rameaux de saules pleureur, sans doute hybridés, bout de bois avec lichens, papier bonbon, briquet noir, coquille de noix et emballage argenté.

Remonter à Enquin-les-Mines, non loin du moulin des Espagnols. Un petit pont, à droite démarre un sentier, je le prends, boueux et glissant, il s’enfonce en sous-bois, longe la Lacquette, super.

Tomber sur un chantier de coupe/débroussaillage : pris des éclats de bois, un plastique bleu, une cartouche translucide, un bout de bogue de marronnier d’inde, un cailloux du bord de l’eau et un plastique d’emballage.

Sortie d’Enquin-les-Mines, prendre une rue, sans issue, elle me permet de retrouver l’eau et la suivre… La rue est parallèle à la Lacquette. Continuer à pieds, à travers pré, jusqu’à la berge. Longer, observe et prélever, c’est devenu une habitude : tiges sèches d’anthrisque des bois, d’orties, éclat de bois d’aulne, châtons fraichement tombés et fruits, plastique usé.

Un peu plus loin, arrêt dans Erny-Saint-Julien, aller au bout d’un cul de sac, retrouver la berge… tomber sur un amas de restes calcinés : ramassé des morceaux noirs et oranges ; plus loin, un bout de plastique noir, des brins végétaux agglomérés par une crue.

Pétigny maintenant: sortie en direction de Bomy, chercher un accès à l’eau… pas si facile. Se faufiler par une trouée dans la haie de clôture d’une plantation d’arbres.

Gagner le bord de la Lacquette, longer, photographier et prélever : tiges de plantes dans les branchages, sans doute du gaillet grateron… 2 bouts de plastique, un bout de tige d’apiacée, écorce.

Rentrer maintenant, doit être vers 16h, le temps m’a bien refroidi et va falloir retourner le véhicule,à la communauté d’agglomération.
Erny, Enquin… Estrée-Blanche, puis tourner sur Longhem et s’arrêter une dernière fois, au site repéré pour un campement : retrouver les emportés accrochés dans la clôture au pied du pont, fouiner, longer la berge : sable, petite plume, bout de plastique, enveloppe de plante, 1/2 coque de noix, bout d’écorce ayant séjourné dans l’eau, bouchon de bouteille d’huile ‘Lesieurs’.

Impression de finir par rechercher les indices de présences humaines plus que végétales ou animales… une façon de montrer combien les cours d’eau qui font la Lacquette sont anthropisés, dès leur naissance. Où que j’aille. Nous sommes partout, l’espèce est cosmopolite.

Février 2023 | début des prélèvements dans les cours d’eau du bassin

Samedi 11 février, j’ai entrepris de faire des prélèvements pour les campements. Je vais, je viens ; je remonte des fossés au-delà de ce que j’avais pu faire.

Je pensais avoir épuisé mes ressources en eau du bassin ; au passage, je découvre encore de nouvelles façons d’aborder les apports à la Lacquette. Celles-ci deviennent possibles depuis que je me suis bien familiarisé avec le bassin ; cela fait plus d’un an maintenant…

J’en suis arrivé à m’aventurer plus en amont, au sud-ouest, jusqu’à des fossés qui fleurtent avec les limites du bassin. Là où je ne voyais que des creuses sèches insignifiantes, je suis maintenant à même d’appréhender des sources non négligeables, par temps de pluie, surtout lors d’orages, toujours localisés, qui amènent des quantités d’eau importantes en un court laps de temps. L’eau n’a pas le temps d’être absorbée par les terres des champs, elle ruisselle sans entrave, dévalant des fossés, gonflant les ruisseaux et, au bout du compte : la Lacquette…

C’est un peu ces histoires que mes nouvelles pérégrinations racontent, montrant de nouveaux aspects du cours d’eau et ses affluents, notant des détails, en regardant de plus près, touchant même des matières… que je ramène, enrichissant le cours de la résidence, en vue de préparer la restitution en juin.

En arrivant au niveau des dernières maisons de la rue de Livossart à Honnighem, retrouver la source. L’eau y est claire… ai prélevé 3 petits morceaux de silex…

Dans le sens du courant, le pont à Honnighem, près de l’allée du château : un bout de plastique collé à une feuille de peuplier…

Un peu plus loin, sur la droite, un chemin mène à un gué, le flux vient de la rencontre entre la source du Puits sans Fond et le cours d’eau descendant de Febvin-Palfart. Non loin de la passerelle : pris un morceau de brique…

Sur l’autre, rive, remonter un peu le cours d’eau provenant de Febvin-Plafart : longer l’arrière du château, scruter les berges, et revenir sur mes pas, par le bois en longeant un temps le Puits sans Fond : des affaires abandonnées des riverains, vestiges d’une fréquentation révolue, des traces de petits habitants, fort discrètes…

Repartir, quitter Honninghem. Descendre le cours d’eau en direction de Fléchin, tourner sur Pippemont : ça grimpe bien. Dans la côte, une échappée à ma gauche ; je me gare un peu plus haut, le long d’une maison ; le propriétaire, curieux de ma présence, engage la conversation et confirme : le sentier descend bien au cours d’eau, le longe même un peu…

Ce ruisseau n’a pas de nom pour l’homme, mais ici, normalement ça doit être encore le Puits sans Fond, à moins que ce soit déjà le Surgeon ?

Ai trouvé du « brin », des brindilles charriées par le cours d’eau, en ai ramassé un peu, un duvet d’oiseau, un stylo bille mêlé à la berge, quelques lanières de plastique, sans doute issues d’un sac tissé.

Plus loin au niveau d’une passerelle : 3 chatons d’aulne…

*

Reprise des prélèvements, dimanche 12 février, façon de continuer d’aller à la rencontre des arrivées d’eau dans le bassin : changer de vallée, aller à l’amorce du Truvet, un fossé pluvial, non loin de Beaumetz-lès-Aire. C’est le retour au pays des éoliennes… signe que je suis sur le bord du bassin : pris des graviers.

Si l’eau ne doit pas couler souvent ici, elle doit dévaler de façon brutal, elle a tracé son chenal, rongé le sol, mis à nu des cailloux…

Après mon retour sur Beaumetz, avant de me diriger sur Bomy, un détour par l’amorce de la vallée de Groeuppe : passer entre des maisons… un chemin agricole… une barrière : elle signale la sortie d’eau de la station d’épuration et signe la fin de mon entreprise ici.

Plus bas, il doit y avoir les retenus d’eau. C’est moins bucolique que la source de la Lacquette à Groeuppe. Le début de la rivière pourrait bien relever de ces eaux de restitution après recyclage !…

*

Reprendre la route en direction de Bomy : un chemin à droite, descend tout droit dans le creux de la vallée de Groeuppe ; y chercher le fossé…

Voilà où passe l’eau de la station de traitement, c’est ténu : un peu d’eau de part et d’autre du creux du chemin couvert de graves, de nombreuses traces de petits rongeurs dans la vase… Intransportable. Mes prélèvements restent subjectifs… Ici rien hormis quelques photos.

Poursuivre sur Groeuppe, y retrouver le Truvet, il arrive en toute discrétion à la route… Je le suis, de l’autre côté… le vois disparaître sous le trottoir, plus de traces. Emprunter un chemin à droite, une autre arrivée, un fossé à sec, il vient de la direction de Beaumetz, logique, c’est celui que je viens de quitter !

Je finis par aborder l’homme qui bricolait dans son jardin, sympa, il m’explique et me montre l’aménagement de son père. Le Truvet passe le long de l’habitation, masqué par une allée pavée ; l’autre fossé le rejoint, il arrive perpendiculairement, le tout passant sous le petit hangar au bout de son terrain. Il est rejoint par sa femme. Philippe et Maggy, issus de familles d’ici, disent qu’ils n’ont jamais été inondés malgré ce dispositif qui contraint les arrivées d’eau…

L’homme m’emmène voir le Truvet, il longe la pâture de l’autre côté de la route… Son débit a creusé, étendu le fond… Philippe me dit qu’il est arrivé qu’il déborde sur la route, c’était en lien avec un orage plus haut, l’eau a dévalé…

Et puis, j’ai voulu voir l’arrivée du Truvet à la source de la Lacquette… Impression d’être remonté bien en amont de la naissance officielle de la rivière, là où ça commence : d’un côté une colline, la chute des champs, le ravinement, de l’autre, une station d’épuration ! Décidément… semblerait que le mythe en prenne un coup.

Rien trouvé à prélever à la source, dommage. Poursuivre mon chemin, suivre la rivière naissante en direction de Bomy, je cherche à l’approcher : un chemin sur ma droite, une aubaine, une belle descente, un passage à gué qui trace son chemin de l’autre côté de la vallée…

C’est en eau, les tracteurs ont fini par creuser et dessiner une mare, une petite passerelle assure au pédestre le franchissement… Je fouine, observe de part et d’autre les berges, j’y relève des plumes issues d’une prédation, des morceaux de branches déchiquetés par une épareuse : j’embarque !

Maintenant, aller à la fontaine Sainte-Frévisse, suis tout proche mais faut passer par Bomy : 3 petits cailloux du fond de la source, et hop !

En me relevant, je dérange un habitant des lieux, on dirait bien un chabot, première fois que j’en vois un. Il est parti se poser sur le sable, en face.

En voyant le flot vif dans le fossé de l’autre côté de la route, je me souviens que Daniel Boys m’avait dit l’avoir remonté jusqu’à trouver une source…

Un homme arrive, s’appelle Guy, je l’interroge sur la source, il me dit avoir toujours connu cette eau qui provient de « La fontaine de ch’claire »… Enfant, il allait souvent là-bas, prenait même de l’eau de la source pour boire, depuis, elle a été analysée et le verdict est tombé : impropre à la consommation… Avant de poursuivre sa promenade, il me montre par où aller la voir.

Arpenter une prairie, en émerge une couronne buissonnante cerclée d’une clôture : là se trouve la source hivernale ; entre les tiges de la végétation épineuse, j’aperçois le mouvement bouillonnant de l’eau. Paraît qu’à l’été elle est à sec, c’est sa nature. C’est une source temporaire qui émerge d’un trou conique de 3-4 m de profondeur !

En redescendant, je regarde cette eau sortir de la végétation ; de l’autre côté de la route, elle est descendue grosse il n’y a pas longtemps, elle a charrié des végétaux : pris des brindilles.

*

Mercredi 15, suis presque en haut du Fond Berquigny, arrivant par Laires ; au niveau du virage au lieudit des champs le « Fond de la rue des Marais », je poursuis à pieds à travers champ, c’est suffisamment sec : la vallée est à peine creusée.

Au centre, les herbes ont été couchées par les passages d’eau, des brindilles ont été emportées et retenues par des tiges, s’amoncelant, j’y prélève quelques emportées de crues.

Retrouver le Fond de Berquigny près du château de Bomy, à pieds je finis par trouver une entrée de pâture en direction du lieudit de Berquigny ; filer jusqu’au fossé pour trouver sa jonction avec la Lacquette. Sur l’autre rive, c’est au château.

Dans le lit du fossé : prélevé deux petits silex, puis quelques feuilles, des herbes sèches, un bout de plastique bleu et une demi coque de noix.

Auprès de la Lacquette, un accès bovins où sont imprimées les traces insistantes des oies que j’ai aperçues au fond du pré : quelques plumes, un tesson de vaisselle, un bout de bois.

En quittant l’endroit, je cherche un nouvel accès à la rivière ; je finis par trouver, au bout de l’allée du château, par la Grand Rue, le pont qui enjambe la rivière. J’emprunte les marches : quelques feuilles sur le bord et un mètre ruban rouge, bien en vue au fond de l’eau !

Fin des prélèvements pour cette fois, un beau début, je poursuis début mars.