L’artiste en greeter ? *
A partir d’un premier document lu sur un projet de restauration de la Busnes et ses affluents, j’avais noté qu’apparaissait la traversée des territoires, des communes, signalant un morcellement de l’espace qui contredisait le principe de flux des cours d’eau : une traversée.
Faire projet est pour moi une affaire qui se construit progressivement, les rencontres qui sont consignées dans ce blog en sont des jalons, des moments qui me nourrissent d’éléments que je découvre, d’ouvertures que j’entrevoie, décelant ici ou là un attachement à la rivière, même à travers des menaces liées non pas à des caprices, mais à des incertitudes quant à son débit, au climat, à nos façons d’habiter ses rives, de cultiver les terres…
Nous avons su nommer ces cours d’eau, inscrivant notre histoire dans ces lieux – repères et fondation -, il en sort une poétique des noms à laquelle j’ai été sensible. A celle-ci, il faut ajouter les noms de lieux-dits traversés, toponymies et appellations singulières, en lien avec l’histoire des lieux et des gens…
Nos usages humains de ces cours d’eau ont entraîné leur « domestication », celle-ci a évolué au fil du temps, au gré de nos besoins et des « caprices » de la « nature ». Ces termes seront à redéfinir et les situations à réexaminées à partir d’une approche différente de ces phénomènes, voire même un inversion, comme si nous pouvions adopter le point de vue de l’eau : un agent qui est acteur, pas un objet asservi à nos besoins.
Sur ce principe d’un territoire traversé par un cours d’eau majeur et ses affluents, je décèle une piste de travail en lien avec nos interrogations environnementales, les mesures administratives assurant leur continuité écologique, leur protection comme ressource commune indispensable à nos besoins en tout genre, etc. Où il est important d’être attentif, voire attentionné et pas seulement être gestionnaire : savoir rêver auprès, s’allier l’eau, ne pas se l’aliéner…
Pour ce faire, j’éprouve le besoin de pouvoir me poser dans des lieux pour aller circuler dans les espaces traversés par l’eau. Me déplacer, aller vérifier, confronter la carte au terrain ou l’inverse ; l’histoire, petite ou grande ; éprouver avec mes pieds, mes sens, tout entier, pour construire une représentation des lieux…
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Le protocole de travail mis en place consiste dès lors à faire du repérage, de l’arpentage, pour définir une carte sensible des lieux traversés par un cours d’eau et ses affluents. Pour ce faire, m’intéresse de rencontrer des usagers, des riverains… sans jugement, comme l’ethnographe, pour constituer un corpus, et en proposer, à certains moments, des expériences immersives à un public.
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* Une des personnes rencontrées m’a qualifié de greeter de la Lacquette, un des cours d’eau que je fréquente, le terme de greeter est un anglicisme qui désigne communément des habitants passionnés par leur ville ou leur région, soucieux de la faire partager le temps d’une rencontre insolite et hors du commun…
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///// Gilles Bruni, octobre 2021 /////
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D’autres éléments de projet apparaissent au cours de la résidence :
Mercredi octobre 2022 ; Samedi 9 avril 2022 ; Jeudi 17 mars 2022
