Mardi 7 septembre 2022 | Reprendre pieds après la pause estivale…

Pas si facile les retrouvailles avec la Lacquette, 1 mois et demi, c’est long… Le temps d’oublier, de perdre le fil de l’eau ? Oui et non.

Avant mon retour dans le Pas-de-Calais , j’ai pu passer un temps sur la côte charentaise, prenant des bains : pas si anodins que ça…

Me plongeant dans une matière liquide qui me porte et m’enveloppe, elle résiste, mes mouvements sont ralentis mais, néanmoins, elle me procure une sensation de continuité : je l’observe, je m’observe à travers son épaisseur… La Lacquette est là, tapie, agissant à mon insu, me poussant à m’immerger, à éprouver son contact sensuel.

L’eau m’obsède-t-elle à ce point ?

En revenant à Béthune, je savais qu’il me faudrait faire le deuil des expéditions dans le bassin de la Lacquette : inaugurées en août 2021, une année s’est écoulée…

La résidence est au mitan, au point de bascule : les balades de juillet à Estrée-Blanche ont signé la fin de ces moments d’exploration qui m’ont tant réjoui, le temps des découvertes de mon objet d’étude.

L’été a peut-être eu cette vertu : me faire prendre la distance nécessaire pour pouvoir passer à nouvelle étape du projet…

Dorénavant, je privilégie des repérages d’emplacements susceptibles de devenir des étapes dans mes pérégrinations auprès de la Lacquette.

Quelques exercices pour se mettre en bouche :

  • reprendre et compléter le répertoire des personnes croisées qui m’ont permis d’explorer le bassin ;
  • marquer les emplacements sur la carte pour visualiser l’ensemble.

Prendre de la distance, c’est aussi quitter le terrain pour une vue abstraite de coordonnées.

Voilà que maintenant je joue au stratège, observant le théâtre des opérations à mener : commencer par restreindre le terrain au territoire de la communauté d’agglomération et viser des endroits où approcher le cours d’eau ou un de ses affluents…

Là… Witternesse, je scrute sur la carte des approches possibles, depuis le centre, près du moulin, puis à remonter vers Blessel. Le doigt suit la ligne bleu de la Lacquette… hésite, s’arrête, revient, repart… Il m’indique l’espace que je vais aller arpenter.

Sortir de logement pour retrouver le terrain, me frotter à l’étendue du paysage, à hauteur d’œil, pas à pas.

*

Witternesse : l’impasse du centre, puis remonter, où plutôt descendre le cours de la Lacquette vers Blessel ; la carte m’indique un cheminement possible entre des propriétés ; je m’avance, rebrousse chemin au besoin, scrute des accès possibles au cours d’eau, visibles/pas visibles ? évaluant la demande d’entrer dans une propriété…

A l’amorce d’un virage, je devine la présence toute proche de la rivière, hélas, une barrière métallique m’interdit l’approche…

Après la maison, la dernière de la rue, un champ, mais pas de sentier pour m’y aventurer… J’hésite et passe mon chemin.

Reprendre la voiture et me rendre un peu plus loin. Avant Blessel, un virage serré : s’en échappe un chemin agricole. La carte m’a bien renseigné !

Avancer, prudemment, et finir par s’arrêter au bout de quelques centaines de mètres chaotiques : à pieds, ça me semble plus sûr.

Tâtonnant, butant sur une barrière, j’examine la carte pour évaluer la situation ; un homme providentiel apparaît : il promène son chien.

Chance, comme souvent, quelqu’un apparaît.

Georges qu’il se prénomme. Il est enclin à m’informer des possibilités d’accès au Madi de Blessel. Il évacue les difficultés apparentes : la barrière, pas un problème, on contourne… De son côté, le chien tire puissamment sur la laisse, les odeurs l’affolent, il est à son affaire – ne s’encombre pas de nos échanges -, l’animal s’enfonce dans l’herbe, semble même disparaître tant il s’aplatit, le museau avide de sensations, fouille, renifle bruyamment…

Georges m’initie au local, au foisonnement des noms des propriétaires et de la géographies des parcelles : en face, le Madi apparaît, enfin ! Le pré s’en va sur la droite, le cours d’eau suit, l’inverse serait plus juste : je prends note.
Il connait l’agriculteur, le filleul de sa femme pourrait m’introduire, faciliter la prise de contact, il est adjoint au maire à Witternesse. Super ! Voilà qui est de bon augure, ça m’arrange bien.

En s’en retournant, Georges m’explique que la ruine sur notre gauche était un bâtiment d’exploitation d’une cressonnière : en effet, d’anciens bassins apparaissent. Il semble tout connaître d’ici… Les champs et les bois deviennent les pages d’un livre qu’il commente avec force détails, comme ces lignes de saules et les sentiers que j’aperçois à mesure qu’il m’explique, en chef d’orchestre, d’un doigt labile qui bat souplement la mesure d’une pastorale.

Et maintenant, il va poursuivre sa balade… Avant de me laisser, il m’indique un passage à droite, à travers un pré : un raccourci pour le retour, la voiture passera… Mmm, j’hésite…

Peu après, il réapparait, a oublié de me signaler que dans le virage, à gauche, à travers le pré, ça me mènera tout droit à la Lacquette : « tu peux y aller avec ta voiture (Georges tutoie), pas de problème ; tu vois au loin, derrière les saules, des piquets de clôture, la Lacquette passe là-bas. »

C’est entendu, trop content… mais la prudence m’enjoint d’y aller à pieds ; lui, s’en retourne à nouveau… le chien, qui n’est pas chien, ne dit rien, ou plutôt ne manifeste aucune impatience : il se contente de fouiner, renifler, et tire un peu sur sa laisse.

Au loin, je devine le cours d’eau, il est taluté, les herbes sont plus hautes, quelques arbres font office de ripisylve… Et derrière… je sais que la rivière sera là.

Super : deux emplacements possibles, proches, et la promesse d’un accès facilité avec l’aide de la mairie.

Demain, c’est sûr, je file à la permanence de Frédéric Ségard. Georges m’y a encouragé, après, ce sera trop tard, il part en congé…

Cette sortie est fructueuse, la reprise est pleine de promesses… Plus qu’à se rapprocher de la mairie et solliciter une aide, ce sera déterminant dans la poursuite de mes recherches d’emplacements à proximité de la Lacquette.

Semaine du 8 au 16 juillet 2022 | Les ballades : longer la Lacquette entre Estrée-Blanche et Longhem

Vendredi 8 juillet, retrouver Bernard Delétré, le maire d’Estrée-Blanche, puis Rémy Ammeux et pour finir, Michel Duru, à Crémimil. Samia m’accompagne.
Nous crapahutons sous la chaleur…

J’ai mon idée de parcours pour longer la Lacquette, je teste des portions, vérifie, et surtout, m’assure des autorisations de passage… Un des écueils, les routes. Les traverser, ça va, mais les longer, sans trottoir, c’est rédhibitoire, trop dangereux.

photo Samia Dzaïr, Labanque
photo Samia Dzaïr, Labanque

A la sortie de l’allée du château de Créminil, Monsieur Delétré me suggère de prolonger la marche de l’autre côté de la route. Parfait ! La montée sur le coteau, surplomber la vallée, apporte un nouveau regard.
Par contre, je bute au pont qui enjambe la Lacquette au niveau de Longhem… Impossible de poursuivre de l’autre côté, à travers la pâture qui se trouve au pied du château de Liettres…
Cet endroit sera le plus éloigné de la ballade. Faudra faire demi-tour.

Samedi matin, suis retourné, seul, pour compléter mon circuit. La chaleur m’impose d’arrêter vers midi.
En remontant dans la direction de Fléchinelle, me suis assuré auprès de Gamm Vert que leur parking sera bien ouvert samedi 16…

Au-dessus, à droite, je prévois de poursuivre dans la friche industrielle, elle a été acquise par la mairie, pas de problème d’accès, elle va permettre d’accéder à un autre pont : un vestige du chemin de fer des mines. Il marque la confluence de la Lacquette et du Surgeon, mais l’accès commence a être encombré de ronces, masqué par de la végétation.
Va falloir préparer un minimum pour les participants… Rendez-vous est pris vendredi 15 à 9h avec les services techniques. Ça sent le débroussaillage…

Dimanche matin, je me rends rue de la Lacquette, jusqu’au bout de l’asphaste, la rivière réapparaît sur la gauche, c’est parfait. Elle vient de Serny, mais le chemin est bouché, encombré de végétation et je la perds de vue… Un adjoint, qui habite au bout de la rue, m’a dit qu’il y a deux sources en amont, à environ 200 m, hélas, impossible d’aller voir…

Lundi, je fais un filage pour estimer le temps de marche avec un groupe, et mardi, j’emmène Coppélia, une stagiaire de Labanque : effectuer ensemble le parcours, façon de tester avec quelqu’un…
A la fin du parcours, si le passage sur le coteau nous expose aux ardeurs du soleil, la vue sur le village et la descente sur Estrée nous convainquent, ce détour nous évite de revenir sur nos pas, il enrichit la ballade.

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Mercredi 13 juillet : première balade, avec Émilie, Amandine et Samia.
Nous gagnons Estrée, le rendez-vous fixé est à 10h… Une dizaine de personnes se présente : un enfant avec son père, monsieur le maire, un adjoint, une enseignante de l’école, un couple…

Démarrage : se rendre aux ponts, au carrefour du centre du village… La Lacquette amont, aval : on ira vers l’aval.

Crédit photos de la ballade le long de la Lacquette : Emilie Lahaye, Labanque

Rejoindre la ferme de Rémy Ammeux et gagner la pâture où paissent tranquillement les brebis. Traverser… longer le cours d’eau… franchir une clôture… passer à côté du château de Créminil… la marche est ponctuée d’arrêts, de commentaires, d’observations. Le groupe entre dans le jeu.

et puis, avant de sortir du parc du château, chercher les sources, s’arrêter pour en observer une, et poursuivre, toujours poursuivre… jusqu’à l’ancien pont de chemin de fer à Longhem… fouiner… apprécier la vallée… et retourner tranquillement, l’œil rivé sur la Lacquette avec les commentaires des plus anciens qui ont leur enfance chevillée au lieu. Si des moments du paysage ont changé, l’émotion est la même. Certes ils voient des choses qu’on ne peut pas percevoir mais le présent nous comble.

Au retour, nous contournons le château et ses douves, elles s’abreuvent aux eaux du fond de la vallée… et remonter l’allée : traverser la route de Liettres pour gagner le haut du coteau, juste en face… et se retrouver exposés à un soleil particulièrement ardent… Nous avons quitté la vallée et la fraîcheur de la rivière !

Bientôt la fin de la ballade : au bout de quelques centaines de mètres, le chemin bifurque et nous empruntons un sentier étroit, sur notre gauche. Il nous ramène au centre du village… la descente est rapide… la transition, brutale ! Nous nous retrouvons sur la route principale qui traverse le village, la chaussée Brunehaut.
Retour à la mairie : arrivée à 12h06.

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Lundi 11 juillet 2022 | Rencontre avec Hervé Delattre des services techniques d’Aire-sur-la-Lys

Un rendez-vous avait été fixé ce lundi à 10h, le contact m’avait été donné par Jérémy Duval, de la Communauté d’Agglo de Béthune-Bruay.

Monsieur Delattre me reçoit dans son bureau ; après présentation de mon projet, j’entre dans le vif du sujet : le bras de la Lacquette au Sud de la ville… une de mes dernières obsessions.

Il m’explique qu’ici c’est un service communal d’Aire-sur-la-Lys, celui-ci ne s’occupe que du nœud d’Aire et des arrivées d’eau dans la commune.

Je me rends compte des différences d’appréciations que nous avons sur le cours d’eau : ici, la Lacquette se jette dans le Mardyck, alors que j’ai toujours entendu l’inverse… Comment apprécier la préséance de l’un sur l’autre ? Il faut reconnaître que les appellations variant selon les cartes, ça n’aide pas…

Progressivement, nous ajustons nos connaissances du terrain à la carte des zones inondables du Plan de Gestion Globale et Équilibrée des écoulements des eaux de la Lacquette.

Ce document m’a été précieux pour interroger le terrain et retrouver les traces des cours d’eau et des fossés depuis l’ex « 3 Mousquetaires » (à l’entrée d’Aire).

Pour lui, la prise d’eau qui passe sous la D943 en direction de Mississipi n’a pas de nom, c’est un fossé qui s’écoule à ciel ouvert. Il m’explique que le réseau de fossés à Mississipi relève du drainage et qu’autrefois, c’était une zone de maraîchage. Mais « on l’appelle rien », juste « les fossés de Mississipi »… Suis un peu déçu, moi qui rêvait de Lacquette…

A ce sujet, il m’apprend qu’à Aire, la commune va mettre les noms des cours d’eau sur les ponts. J’avais remarqué qu’on ne savait pas toujours nommer les eaux qui traversaient la ville, fallait bien suivre sa carte et demander à un quidam, ce qui n’empêchait pas les méprises… (cf. le lundi 25 octobre 2021 et autres articles concernant les sorties dans Aire).

En suivant un tracé sur la carte, il pointe l’endroit où, pour lui, le fossé venant de Mississipi devient l’Echeu. Le cours d’eau coule parallèlement à la Laque qui est juste un peu plus bas, dans le marais de Lenglet.

Cette dérivation de la Lacquette a été escamotée en passant sous la D943, puis déclassée en simple fossé… Mais je ne m’en laisse pas conter, au fond, pour moi, elle restera toujours « la Lacquette »… même si j’ai fini par comprendre qu’il était parfois vain de vouloir différencier à tout prix les eaux. En somme, dans ces basses terres, c’est la valorisation de l’impureté, toutes se mêlent, ou s’emmêlent, la liaison entre les cours d’eau maillent les terres de nombreux fossés qui drainent et servent à diluer les inondations.

Monsieur Delattre m’explique que les fossés reliant l’Echeu à la Laque fonctionnent comme des bras de décharge en cas d’inondation. Mais avec le temps et l’évolution des usages des parcelles, possible que les fossés se bouchent avec la végétation. Comme c’est privé, ça échappe à leur gestion.

Ces fossés protègent les biens des habitants qui sont le long de la Laque. Avec la montées des eaux, lors des crues, me dit que ça lui donne parfois des frayeurs (cf. la sortie du mercredi 1e juin 2022) : ici, c’est la loi du marais.

Il n’y a pas si longtemps, dans ce coin là, j’ai eu l’occasion de me rendre compte de la proximité des habitats, ils s’égrainent le long de la Laque, voire même entre celle-ci et un fossé de l’autre côté du chemin du Marais de Lenglet…

Plus à l’est, là où les eaux de l’Echeu/Lacquette se mêlent à celles de la Laque – avant le village du même nom, à proximité de la D187 -, les rives sont parfois contraintes et peuvent engendrer des engorgements, une habitante m’avait rappelé les inondations de l’hiver…

Monsieur Delattre continue, expose ces situations à risque, comme au niveau du siphon, le passage de la Laque sous le canal. Il arrive que celui-ci soit encombré, lors de montées de crue, par des « flottants » : bidons, caisses, bouteilles, bois de chauffage, etc. Tout ce que les gens peuvent avoir sur leurs terrains, en limite des cours d’eau, comme des fossés et qui peuvent être emportés…
Ça peut provoquer une décote de 60 cm au niveau du siphon, en conséquence, ça fait monter l’eau en amont…

Me dit que dans leur service, ils surveillent les hauteurs d’eau, les différences de niveau à différents endroits ; elles indiquent qu’il peut y avoir un bouchon : une passerelle peut avoir lâché, un baraquement s’être effondré, un arbre, tombé… Ils pratiquent cette surveillance, en véhicule, à pieds ; me dit que ça tombe souvent la nuit, en lien avec le décalage entre chutes de pluie en amont et arrivée effective des eaux.

Il me fait comprendre qu’une des difficultés relève toujours du saucissonnage d’un cours d’eau : un cloisonnement administratif qui entraine une vision parcellaire de son état et de ses fluctuations. Heureusement, les tendances sont à la gestion d’ensemble, mieux coordonnée, pour prévenir des inondations mais aussi de ses usages, comme des prélèvements qui affectent l’aval, une question de bon sens. Et à Aire, ils en savent quelque chose, le nœud d’Aire cumule tous les apports des cours d’eau alentours…

Je le quitte un peu avant midi, il a un autre rendez-vous. Me propose de ne pas hésiter à le solliciter si j’ai d’autres questions. En attendant, il m’a permis de vérifier ce que j’avais vu entre Mississipi et La Lacque, contribuant à me donner une meilleure compréhension de cette zone sud de la ville.

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C’est vérifié, L’Echeu – un cours d’eau qui nait d’une dérivation de la Lacquette – se mêle bien à la Laque par de nombreux fossés de délestage ; tous se fondent en un seul cours d’eau avant d’arriver au village La Laque (probablement encore une fiction rassurante…) : officiellement, la Laque, au sud d’Aire.
La Laque-Lacquette-Echeu s’en va sous le canal finir sa course dans la vieille Lys… Mais là, c’est une autre histoire qui me fait sortir du bassin de la Lacquette.

J’ai terminé mon enquête de la Lacquette, maintenant, la suite…