Jeudi 28 octobre | Retrouver Isabelle : à la source de l’enfance


Commencer par retrouver Christopher Manceau, archéologue de l’agglo, sur un site à Ruitz : 9h30, soleil radieux, en bout de zone industrielle, une fouille d’urgence, récupérer des informations avant de le restituer à l’entreprise qui doit faire des travaux…

J’aurais dû le retrouver à Estrée-Blanche, sur un site destiné à faire une ZEC (zone d’expansion de crue), mais l’endroit ne sera finalement pas sondé…

Christopher m’emmène voir ce qui est en cours, l’équipe au travail et la pelleteuse qui décape un peu plus loin sous la conduite de sa collaboratrice. Elle fait les tracés à frais, avant que les nuances de couleur du sol s’estompent : essentiel pour interpréter et fouiller .

Sont sur du mésolithique en ce moment ; à un endroit, c’est l’assise d’une fondation de villa gallo-romaine… Ici, les informations s’additionnent, au fur et à mesure des avancées : des trous, des tracés oranges, des chiffres… Certains s’affairent à gratter, à relever, ou à mettre en sachets quelques artefacts…

«  C’est Verdun ici », lance Christopher, la fouille bouleverse le site, même si les terres sont biens tirées, rangées… Moi, j’y vois avec délice le Sahel, avec ses couleurs chaudes, sont excitées par le soleil d’automne.

Christopher me montre des tranchées, des zones aux couleurs plus sombres signalent des traces de fossés qui sillonnaient l’endroit, le structuraient même : c’était marécageux ici, les occupants devaient déjà drainer… Où j’apprends que la gestion du marais ne date pas d’hier, passionnant de l’entendre évoquer un passé aux indices ténus.

Retour, 11h30, ça va être la pause déjeuner avant le rendez-vous de l’après-midi, avec Isabelle.

Partons la rejoindre avec Fabienne, à Saint-Venant, doit être pratiquement 13h30, Isabelle va nous conduire, plus facile. Elle commente : la plaine de la Lys, direction Isbergues , on passe le canal d’Aire à la Bassée. Au temps de ses études, habitait Lille, puis est venue s’installer dans le coin. Son village d’origine, c’est Bomy… Quand j’évoque ces cours d’eau qui sillonnent les routes, aux allures de fossés, me dit que la valeur vivant s’est dégradée, sont parfois devenus des fossés à déchets, des milieux naturels déséquilibrés ; avant, on buvait l’eau des cours d’eau. Pour elle, ça dénote le changement radicale d’attitude à leur à l’égard : il y a 40 ans, j’ai joué dans la Lacquette…

M’explique que, dans l’agglo, l’eau potable vient exclusivement de stations de pompages qui puisent dans la nappe phréatique, la nappe de la Craie. Isabelle a fait des études de biologie puis de géologie de l’environnement, elle est dans son élément.

13h50, Lambres, on s’approche de la Lacquette, puis nous remontons vers Witternesse. Un fossé à droite : plein d’eau… Filer vers Enquin-les-Mines ; ça monte… Fléchinelle…, puis Erny-Saint-Julien : premier arrêt à la sortie du village, la Lacquette y coule. L’eau est limpide, j’aperçois un abreuvoir fraîchement construit, exactement comme ceux décrits par Jérémie Duval, m’avait qu’il doit en faire installer à Estrée-Blanche.

Le paysage a radicalement changé, nous avons quitté le territoire des mines, sommes conquis. Des collines, parfois boisées, une vallée resserrée, des hameaux et, rajoute Isabelle, des petits châteaux, des fermes : « ici, c’est agricole. »

Sur le plateau d’Enguinegate, une ligne d’éolienne s’étire sous un soleil franc. Nous prenons maintenant la D130, direction Bomy ; à gauche, sur la colline, le bois de Bomy, et ça reprend à tourner, descendre, monter… Pétigny : j’aperçois un site de captage d’eau potable en passant, me dit que ça a été boisé autour pour le protéger des risques de pollution, c’est la règle.

Ça y est, arrivons à Bomy, retrouver la place du village que j’avais vu avec Didier… Sur la route à gauche, on passe la rivière, Groeuppe : retour à la source de la Lacquette, mis est ce la même source ? Après un cours instant, Isabelle nous surprend, elle nous dit tout simplement qu’elle vient d’ici, c’est son hameau, sa source, son territoire d’enfance. Je lui expose ce que j’avais interprété la semaine dernière, « c’est bien une résurgence ? »

Pour elle, oui, sûr ; elle s’approche, jauge, vérifie cette source dans laquelle elle a joué. Dit que le bassin pouvait être rempli… « on avait un peu peur de tomber dedans ». Isabelle descend, s’approche doucement de cette source de l’enfance, doit être précieuse, elle se penche, paraît s’assurer qu’elle la retrouve bien. « C’était plus creux, ça s’est rempli de sables, de cailloux…  »

Me dit qu’autrefois, les gens venaient y puiser l’eau. Comme pour me convaincre de ses vertus, elle ajoute : « dans les années 70, je me souviens d’une ferme où ils utilisaient l’eau de la source pour laver leur beurre parce qu’elle était plus fraîche que celle du château d’eau. »

Et à côté ? le lit du ruisseau est à sec… « C’est un ruisseau des champs, ne coule pas tout le temps. » S’en va suivre le cours d’eau : « enfant on jouait dedans, avec des cailloux, à faire des barrages, aujourd’hui, il y a moins d’eau, je sais qu’elle peut être polluée par le ruisseau des champs. »

On quitte, on s’éloigne de la berge pour suivre le chemin qui tourne à droite et monte, il nous emmène ailleurs, traverse un verger, passe à côté d’une ferme et semble aller butter sur une barrière…

Le chemin qui montait là derrière a été empêché, elle l’a pratiqué… Alors on poursuit sur notre droite, Isabelle s’arrête en pointant le Mont Groeuppe, il élève la prairie, nous grimpons ; en me retournant, j’ai déjà une vue sur les toits du village.

Nous prenons de la hauteur, entrons dans une deuxième pâture… Se retourner pour observer : on ne s’en lasse pas de la vue. Isabelle nous dit qu’avec d’autres enfants ils aimaient à monter ici et vernir observer, au loin… Sommes à la haie, Isabelle s’affaire dans la haie et boulote des mûres, en propose en Fabienne. J’y retrouve là un nouveau plaisir enfantin : le grapillage !

15h20: après avoir goûté aux plaisirs de l’ascension, sous un soleil radieux, nous entreprenons la descente, tranquillement ; je regarde s’éloigner ce couple qui rapetisse à vue d’oeil. Regardant le village, j’entrevois la place où se trouve la source… elle au cœur de ce lieu.

En repartant, Isabelle nous propose d’aller voir une fontaine, un petit affluent de la Lacquette, c’est pas loin : la fontaine Sainte-Frévisse. Je ne l’avais pas repérée, me semble que Didier ne m’en a pas parlé…

De la route, sur la notre droite, nous empruntons un chemin tout en descente, la voiture est un peu ballotée, au bout, nous débouchons sur une petite route, sommes dans le fond de vallée, prendre à droite, tarde pas une ferme, c’est ici même… que se trouve cet affluent de la Lacquette : finir à pied et s’engager dans un sous-bois.

Surprise : une petite chapelle, une table de pique-nique, une rambarde qui donne sur le cours d’eau. L’endroit est aménagé et visiblement fréquenté. Sommes pourtant un peu au milieu part… Poursuivre, nouvelle surprise : un trou, des marches, elles ont été creusées dans la terre jusqu’à l’eau ; avec Fabienne on comprend que nous sommes à la fontaine. Rien à voir avec l’édicule auquel la dénomination m’a habitué.

Les racines de l’arbre participe grandement à contribuer au charme de l’endroit : une fontaine païenne. L’eau sort de terre, remontant des profondeurs souterraines puis s’en va courir, pressée, un fond calcaire affleure par endroit.

Quitter ce lieu : en passant, le château de Bomy, s’arrêter, le temps de l’approcher, de voir la Lacquette qui coule au niveau du virage ; l’eau arrive en ligne droite, traverse la route, sous un pont, et vire à angle droit… Au-dessus, une boulangerie improbable. Du pont, à travers les frondaisons, nous remarquons un plan d’eau, l’étang du château. Devait être d’agrément, une île, ou peut-être une presqu’île disproportionnée au centre, le tout paraissant à l’abandon… Nous trouvons une grille sur notre passage, sans ambiguïté elle annonce l’usage : point d’aspiration pompier.

Nous n’en restons pas là, au niveau de la grille du château nous traversons la route pour retrouver la Lacquette, celle-ci coule masquée par la végétation, Isabelle, furette, la traque, nous la retrouvons à bifurquer, visiblement contrainte par l’allée du château. Pas très naturel tout ça, elle pratique les angles droits… Au bout de l’allée, nous apercevons une voiture en mouvement Isabelle dit que la route la prolonge. L’impression est curieuse.

Troisième round. Isabelle poursuit le périple en suivant la vallée, nous retraversons Erny-Saint-Julien pour rejoindre Enquin-les-Mines, au moulin dit espagnol, dans la partie basse du village. Loin de l’ambiance minière de la partie haute, nous nous lovons dans un creux où la Lacquette est reine. Arrivons près d’un gué, praticable en voiture lorsque la rivière doit être assez basse, se garer, à côté de la passerelle afin de prendre un temps pour observer cette scène pittoresque qui se déploie.

S’avancer sur l’autre rive pour s’approcher de la berge : un point pour regarder ce moulin d’allure ancienne qui se donne en spectacle. Nous nous rendons compte qu’il est le fruit de remaniements, le pignon agré, menté d’une tour a été ajouté…

16h20, temps pour retourner, repasser par Lambres et Isbergues… et déposer Isabelle.

Mon appréciation de la Lacquette s’est fort enrichi pendant cette nouvelle session, grâce à de belles rencontres. J’ai de nouvelles pistes, d’autres rencontres à faire ou à reprendre… début décembre.

Mardi 26 octobre, après-midi | Retour à l’Abbaye de Saint-André. Faire le tour du site à la recherche d’un double contour de fossés

Sommes repartis pour une expédition avec Fabienne, cette fois nous reprenons la route d’Aire mais nous tournons à Witternesse pour atteindre le site de l’Abbaye Saint-André… Se tromper de route, pas grave, ça permet de montrer le moulin à Witternesse. Arrêt près du pont. Descendre, s’avancer jusqu’au moulin, un battant du portail est ouvert : tenter ? Courte hésitation : j’entre, passe le porche, une cour dévoile de longs bâtiment de part et d’autre, en face, je devine la rivière toute proche… Sonner à la porte. Rien. près un instant, Fabienne me signale du mouvement. Un homme, jeune, ouvre, bientôt suivi d’une femme : exposer la requête, l’envie d’en savoir plus, sur l’eau, ce moulin…

Dorothée et Sébastien en sont les propriétaires, la jeune femme nous dit que son arrière grand-père en était le meunier, c’est un bien de famille. Et puis ses grand-parents étaient agriculteurs ici même, les bâtiments de la cour servaient à la ferme, pour les bêtes entre autre. Le grand-père utilisait encore le moulin pour la mouture du blé pour ses bêtes, avait un moteur à l’extérieur pour entrainer la meule. Dorothée parle vite, passionnée, elle connait son affaire. Sébastien me confirme que sur le site internet, c’est bien eux, l’appel à des fonds participatifs pour la remise en état du moulin… C’était en 2015. Avait très bien marché. Mais il reste tant à faire…

Ils évoquent avec force détails les inondations qu’ils subissent de façon récurrente, la rue a pu être inondée. L’eau menace le site plusieurs fois par an, aussi réclament-il qu’on fasse évoluer la situation. Il y a bien un clapet un niveau du pont qui avait été mis en place, mais cela ne semble pas suffisant, ça demande une surveillance constante lorsque la situation devient préoccupante…

Je leur demande si nous pouvons accéder à la partie rivière, de l’autre côté… Une anecdote : je raconte à Dorothée comment j’ai vu, lors d’un précédent passage, un enfant pêcher par une fenêtre, celle qui donne sur la rivière, la situation était drôle. Me dit que c’était leur fils de 11 ans, mais il ne pêche rien de là… Rires. C’est de là qu’est née mon envie de venir au moulin…

Maintenant, nous empruntons le passage qui mène à la passerelle, celle-ci passe au-dessus de la chute : impressionnant ! Suis ravis de découvrir le site de ce point de vue après la vue du pont en août : contrechamp. Je suis Dorothée sur les planches qui descendent du côté du déversoir, me dit qu’il a été refait avec les élèves d’une école. L’eau passe là lorsque la rivière est très grosse… Elle pointe du doigt le pont, montre la charge de matériaux qui s’accumulent à sa gauche, « c’est un phénomène normal ici, il faudra enlever, sinon ça contribue à faire monter le niveau au pont. » De son côté, Fabienne est restée sur la passerelle avec Sébastien, l’échange a l’air animé.

La rencontre touche à sa fin, nous nous retrouvons un temps sur la passerelle avant de retourner sur la cour. Nous échangeons nos contacts, je reviendrais…

Avant de remonter dans la voiture, je montre à Fabienne l’endroit où se trouve le clapet que nous avons évoqué… Puis, nous rebroussons chemin, en retournant à la patte d’oie, là où j’eus la bonne idée, au final, de tourner du mauvais côté.

Bon, s’agit maintenant de ne pas rater l’endroit pour accéder à l’Abbaye de Saint-André. Carte en main, Fabienne me donne ses indications, je tourne trop tôt, je reconnais un pont que j’avais emprunté avec Didier, hop, demi-tour… L’Abbaye, c’est juste un peu plus loin, il y a même un arrêt de bus du même nom. C’est bien l’endroit, mais au bout de la voie, circulant entre des bâtiments de taille respectable, nous sommes arrêtés par une clôture !… Pas grave, demi-tour. Reprendre la carte. Soyons stratégique ! Aller un plus loin et prendre à gauche cette route prise avec Didier, mène à Saint-Quentin ; il me souvient qu’on peut prendre à gauche après le pont et remonter un peu la Lacquette.

On va contourner le problème. Et c’est reparti… Avançons lentement au bout de la route, jusqu’au cul de sac : une prairie ! là même où Didier m’avait parlé de sa pêche dans la Lacquette. Je descends en premier, observe le cours d’eau et apprécie son courant, sa largeur… Rien à voir avec ce qu’on a vu la veille à Aire-sur-la-Lys. Ça reste un mystère.

De là, j’entreprends de franchir une clôture électrique, savoir si je peux avancer facilement ; Fabienne m’attend dans la voiture, prudente. Des génisses dans le pré. Sont curieuses, commencent à venir, par petites touches, comme si de rien n’était, à la Jacques-à-dit… La clôture lèche la berge. Je resterai donc dans la pâture ; les trognes de saules m’attirent, formes tordues, évidées, fendues, massives… Je n’y résiste pas, les contourne : sont impressionnantes. J’adore. A retenir.

Tout en avançant, je scrute à gauche, espérant voir ces fossés singuliers que j’ai repérés sur la carte. Rien. Toujours rien. Devant une passerelle. La base de l’ouvrage fait ancien, débouche en face un petit canal souterrain, ça m’intrigue… On dirait qu’il relie un fossé de l’autre côté… Je remarque Fabienne qui arrive au loin ; je l’attends pour poursuivre cette aventure champêtre. Après Aire-sur-la-Lys, quel contraste !…

Cette campagne est bien plate, nous n’apercevons rien qui fasse canaux quadrangulaires, sinon une haie en bout de champ, et en prenant le chemin on va vers une ferme… On hésite, la carte m’indique bien quelque chose d’assez important mais toujours rien de particulier. En tout cas, on remarque bien à gauche à droite des fossés dans les prés, mais de petit calibre… Certains sont plus ou moins à sec, d’autres avec de l’eau qui semble s’écouler doucement.

C’est décidé : se diriger vers la ferme ! En arrivant au premier bâtiment, un fossé qui longe, rempli d’eau… Fabienne fait des remarques sur la construction, les murs sont anciens, le toit est en mauvais état, couvert d’une tôle d’un état douteux… On aperçoit d’autres bâtiments d’importance, poursuivant le chemin nous arrivons sur une clôture qui nous barre le passage. Sommes arrêtés, silencieux, un doute nous envahi. Quelque chose cloche : « Mais… mais, nous sommes à la clôture où nous étions tout à l’heure à l’Abbaye ! » Rires… Tout absorbés par notre quête, avons fait un tour complet, la carte confirme.

Retournons, à l’entrée, au premier pré, on y entre, suivant le bâti, longeant le fossé pour atteindre la haie que j’avais aperçu, n’est pas trop loin ; je veux aller voir, vérifier s’il pouvait y avoir ces canaux. Ça ne peut être que là… L’eau du fossé que nous suivons est claire et s’écoule… Arrivons à une petite clôture, un jardin ? Un homme âgé arrive là, du fond, tranquillement, avec son chien. Sommes prudents, ne pas être trop intrusif, ne sommes-nous pas entrés dans des terrains privés ? Je m’avance et le sollicite, lui pose quelques questions, savoir s’il sait quelque chose : bingo !

Nous raconte que les canaux sont derrière le rideau d’arbres, des fossés en fait, ont fait jusqu’à 7 m de large ; cela a appartenu à un comte – ça coïncide avec l’histoire de la pêche racontée par Didier -, probable que c’était des viviers du temps de l’Abbaye… Reste que cette forme quadrangulaire m’intrigue, rappelle de l’aménagement défensif.

Il a été fermier, s’appelle Hammeux, comme celui d’Estrée- Blanche ? Je lui parle de Remy, c’est de sa famille !… Causer des fossés aperçus dans les prés ; Daniel dit connaitre leur principe : ce sont des fossés de drainage, les champs sont très humides, l’un d’eux relie la Lacquette au niveau du pont, une écluse dessous (ou une vanne ? un clapet ?), celle qu’on a vue, et que ça régule l’eau entre la Lacquette et les prés… Voilà qui corrobore mon intuition que tout est lié dans ces terres basses.

Se séparer, poursuivre pour aller voir ces canaux à travers les frondaisons… Nous remontons un fossé… il bifurque à droite, va dessiner sa forme. Suis satisfait d’avoir trouvé.

Sur la carte, j’ai vu qu’il doit relier, à quelques kilomètres, un autre cours d’eau : la Laque ; nous l’avions rencontré au niveau du marais de Besvres, en août, avec Émilie et Samia. Tout est lié. Les marais communiquent, se lient à des rivières éloignées les unes des autres, c’est plat et les eaux abondent…

En remontant un fossé de séparation de prairie, on se rend compte qu’on arrive à la Lacquette : pas possible de traverser là. Rebroussons chemin, à travers le pré. L’herbe est bien mouillée… Et hop, le chemin, le pont, c’est le film à l’envers : regarder à nouveau cette écluse dont on aimerait bien en savoir plus et repasser la clôture… longer les saules… Mais nous introduisons une variante, l’arrêt pour aller admirer les trognes et faire quelques photos : un jeu de sarcophages, se lover dans des troncs…

Temps de retourner en passant par Liettres, Quernes… et puis, s’égarer un peu, faut bien…. mais jusqu’à Marles ! la circulation s’est faite pénible, déviations, ralentissements…, l’espace urbanisé est traversé laborieusement.

Lundi 25 octobre | Aller à l’entrée d’Aire-sur-la-Lys : retrouver la confluence du Mardyck et de la Lacquette


Reprendre l’épisode où nous l’avons laissé avec Didier : à l’orée d’Aire-sur-la-Lys… Nous n’avions pas réussi à trouver la confluence du Mardyck et de la Lacquette, la journée était trop avancée. Chance, avec Fabienne, qui travaille à Labanque, nous arrivons directement sur le dernier endroit vu : soit les deux ponts où coulent, de part et d’autre, chacun des cours d’eau, avec au fond, le restaurant le Mardyck et le château d’eau…

D’abord, tenter le restaurant, mais ne serve pas de café… raté, on a déjà mangé. Je demande, comme Didier me l’avait conseillé, à voir l’endroit où était la piscine, autrefois alimentée directement par la Lacquette. Le jeune serveur m’indique, fort aimablement, d’aller au portail vert à côté, dès fois, il est ouvert. Nous sortons essayer : fermé, mais je regarde par une fente… Faudra trouver un moyen d’entrer, essayer par la mairie d’Aire.

Nous nous rendons aux deux ponts pour apprécier la situation des cours d’eau avant d’entreprendre de suivre la Lacquette. Elle longe une rue, à moins que ce ne soit l’inverse…, des passerelles l’enjambent. Sont des entrées de propriétés. Des arbres d’alignement s’étirent. La voie est toute droite… Et voilà la pluie qui menace, nous croisons un camion des services des espaces verts de la ville : j’interpelle un des gars, et lui pose, empressé, mes questions : où trouver la confluence des deux rivières ?… Damien qu’il s’appelle, pas farouche, m’explique avec une grande clarté la marche à suivre, égrainant l’enfilade des rues et les mouvements à effectuer. Il fait parti d’une association de pêche, c’est un habitué des cours d’eau… En fait, il habite Liettres, super, je le reverrais pour qu’il m’embarque sur les berges, faire de l’à-travers-champ qui me fera lécher l’eau… Je m’y vois déjà.

La pluie nous prend, on s’abrite sous un arbre, puis un autre… Progressons d’arbre en arbre jusqu’au pont indiqué, puis au-delà, dans l’espoir d’en voir un peu plus. Rien. Dans une rue, je vois un autre pont, et tout près, celui qui enjambe le Mardyck. Je n’y comprends plus rien, ce dernier coule assez large, fluide, plutôt clair, je croyais que c’était l’inverse. La lacquette, elle, c’est terrible, ne ressemble à rien, rien qu’un petit ruisseau aux berges encombrées, même une bouteille vide… Pitoyable. Je ne m’explique pas comment a pu se produire une telle déperdition.

Depuis le pont où coule le Mardyck, au loin, impossible d’apercevoir la confluence, et comme ça se passe dans un terrain privé… Ça s’arrêtera là pour aujourd’hui.

Aller plus loin : la rencontre est consommée ! Les cours d’eau, devenus commun, se sont mêlés… Avec Fabienne, nous voulons faire une pause café. Retour à la voiture, direction centre ville. Finalement, en somme, c’est assez loin. La place est déserte : aucun café d’ouvert…

Abandonner l’idée et chercher la Lys, aller vers l’aval, le canal… Saut de puce. Nouvel arrêt, mon obsession, trouver les ponts… Ben voilà, pas loin d’une chapelle, une place, l’eau à quai. Sur un pont lisons des infos sur le rôle des cours d’eau et du trafic marchand depuis le moyen-âge, mais au fait, sommes sur quel cours d’eau ?… Aucune info. J’interpelle un homme d’un certain âge avec deux petits enfants, nous dit : « c’est la Lys bien sûr ! » Elle longe les anciens quais pour traverser le canal d’Aire, à 800 m… Nous propose de le suivre, ils vont dans cette direction.

L’homme en profite pour nous apporter quelques connaissance sur la situation : le trafic historique dans la ville, la porte qui fermait la rivière un peu plus loin en aval, l’usine abandonné qu’on voit sur l’autre rive… Le développement portuaire d’une ville, carrefour où circulait les marchandises provenant ou se dirigeant vers les Flandres, firent sa renommée mais attirèrent aussi, depuis fort longtemps, la convoitise de grandes maisons féodales qui en cherchèrent la possession : les bourguignons, les espagnols et finalement les français… Au passage, je remarque, en jetant un coup d’oeil derrière moi, qu’un cours d’eau vient se marier à la Lys, des ponts l’enjambent dans l’étroitesse du passage. Faudra que j’aille voir au retour…

Aux indications données, nous cheminons, passant d’une rive à l’autre, empruntant les ponts… pour finalement sortir de la ville historique, longeant le cours d’eau et laissant les dernières bâtisses : école maternelle, gymnase… zone industrielle à l’odeur prégnante.

La Lys s’est habillée de vert après la brique sombre ; les berges se font plus douce, quelques maisons au fond de jardins flous, parfois une chaise, un banc, un petit aménagement…

Et puis, arrivent les écluses, enfin ce qui nous y fait penser. Pas très clair cette affaire. En face, semble être un passage d’écluse pour accéder au canal d’Aire, à droite, comme un déversoir où l’eau chute, plus vive.

Au milieu est signalé un camping, un écrit l’annonce sur la la passerelle en béton. Pas folichon tout ça. On se regarde : « on s’avance ? » Rien ne nous l’interdit. Nous pénétrons, ou plutôt, traversons le site où sont à quai quelques mobil-home, certains sont habités. Un homme nous salue. Nous apercevons ce qui nous semble pouvoir être le canal, enfin !… C’est notre horizon…

La barre du canal d’Aire à la Bassée dessine une ligne perpendiculaire, large ; à droite, au loin, un bateau à quai et des silos, à gauche, l’infini… Nous ne comprenons pas de suite, le cours d’eau qui s’était divisé en deux branches débouche dans le canal, enfin pas tout à fait : la branche de gauche traverse, sur l’autre rive, un panneau LYS ; à droite, l’eau bute sur un mur en béton… mais, on m’avait prévenu : un système de vase communicant, la Lys passe SOUS le canal et ressort de l’autre côté. Silence. Nous observons, incrédules… avant de nous en retourner par le bras de droite.

C’est calme, des canards ont élu domicile, se dérangent sans affolement, sont chez eux. Au bout, nous croisons un nouveau bras, semble mort, rempli de lentilles vertes… et quelques quidam. De temps en temps on croise des vélos… Au point que la ville avait fini par nous sembler bien vide, fantôme.

Au niveau de la place, le ciel s’est assombri, j’avais vu les nuages menaçant s’avancer, coupant en deux le ciel, lumière étincelante et noir d’encre… Fabienne rejoint la voiture pendant que je pars à la recherche de mes deux ponts aperçus sur la Lacquette. Aïe, la pluie commence, encore doucement, juste le temps de m’engager dans une ruelle où j’atteins mon graal, enfin un pont sur lequel je m’avance pour observer, en contrechamp, l’arrivée de la Lacquette dans la Lys. Super, c’est consommé, suis satisfait. La pluie a forci au point que je m’empresse de regagner le véhicule, tout en protégeant l’appareil photo…

Nous quittons la ville sous une pluie battante, repoussant notre envie d’une pause café à un autre moment… trouver un endroit où s’arrêter sur le chemin du retour.