Le départ est programmé à 13:30 avec Samia, elle m’accompagne aujourd’hui dans ma quête, arrêt carburant puis nous sortons de la D943, après Lillers, pour tourner sur Bourecq et Saint-Hilaire-Cottes. Au loin le ciel s’est passablement assombri. Je fais remarquer que ça tombe vers là où nous rendons… En prenant la D94, nous passons sous l’auto-route des Anglais pour rejoindre la chaussée Brunehaut. Je reconnais le carrefour où nous avions fait une pause déjeuner avec Didier Vivien. Maintenant nous approchons de Fléchin, nous sommes impressionnés, les alentours sont tout blanc, on dirait qu’il a neigé ! Arrêt à Westrehem pour montrer la chapelle près de bâtiment agricole, le sol est jonché de grêle en fait… L’averse a dû être importante. La route est couverte d’une couche qui m’impose la prudence. Passage obligé à Flebvin-Lès-Aire, décidément… ce lieu est têtu. J’y retrouve la D77 qui va nous permettre de reprendre l’enquête où nous nous étions arrêtés hier avec Émilie.

J’en profite pour m’arrêter à la sortie de Flebvin pour observer l’eau qui va rejoindre le ruisseau du Puits sans Fond derrière le château…




Un peu plus loin, en traversant un hameau de la commune, suis attiré par l’eau qui coule dans le fossé à gauche, elle est drue, chargé, ocre jaune. On s’arrête le long des maisons et je file vers le fossé, regarde pisser l’eau d’une gouttière, remonter le long de la route, et suis le flux jaunasse. Indéniablement, l’averse de grêle a chargé les alentours et l’eau s’écoule vivement maintenant. Je dis à Samia qu’on a l’occasion de vivre en direct l’arrivée des eaux des champs…





Une homme sort, intrigué par nos manœuvres, il a remarqué qu’on photographiait, on comprend vite qu’il nous prend pour d’autres… Daniel qu’il s’appelle, il nous parle de cette situation avec les fossés qui débordent. Nous dit qu’on est ici sur le territoire de la CAPSO, qu’avec le remembrement et les aménagements qui ont opéré ces tracés, les eaux ont été déviés et vont rejoindre plus bas le ruisseau à travers champs ; les « creuses » (chemins creux) ont été supprimés et maintenant l’eau s’écoule de l’autre côté de la route ; comme pour appuyer ses explications, il pointe la doigt derrière sur sa gauche et nous évoque le plan d’eau qu’il y avait là.

En le quittant, je veux aller voir les fossés dont il a parlé, nous nous rendons un peu plus loin, à une sortie de champs boueuse, l’eau descend vivement vers le fossé. Avec Samia, nous nous rendons compte que ces eaux chargées viennent de directions opposées et s’assemblent pour passer sous la route, vers le fond de vallée. A droite derrière la haie, un grand fossé a été creusé dans une parcelle humide, colonisée par les joncs.

Je prolonge ma marche dans l’autre direction, prudence, les voitures roulent vite ici… L’eau dévale de la colline, est bloquée par des planches, sans doute pour éviter qu’elle se répande dans le fossé et finisse par déborder sur la route. L’eau traverse sous la route et rejoint le fossé qui descend vers le ruisseau en bas de Pippemont.




Nous nous y rendons en voiture, lorgnant vers l’eau du fossé. A la sortie du pont nous trouvons à nous garer : l’eau est bruyante, ça vient de l’autre côté, une chute au niveau de l’arrivée d’eau d’un fossé qui a bien creusé son lit. De l’autre côté, j’aperçois un bras qui arrive d’un pré ; je retourne sur la route pour gagner l’entrée du pré et essayer de voir cette arrivée d’eau, impossible ; après une courte hésitation, j’ouvre la barrière et pénètre.




A droite, à une centaine de mètres, une pelleteuse, elle a élargi un fossé pour faciliter le drainage de la prairie ; à gauche, je m’approche du ruisseau, la berge demeure inaccessible, embroussaillée, mais j’y gagne, le contrechamp me permet d’établir une liaison : le fossé traverse le pré à l’oblique, vient indéniablement de la route, là même où nous avons constaté le mélange des eaux tout à l’heure. Ça doit faire dans les 700 m d’après la carte.




Cette situation me permet de voir les eaux des champs dévaler vers un cours d’eau qui les rassemble, une vraie leçon de terrain d’hydraulique… La configuration des lieux me facilite le changement de point de vue et d’envisager le site sous différents angles ; c’est finalement saisir l’endroit dans une globalité : un préalable au geste cartographique.








Après cet épisode, je peux envisager de poursuivre sur Fléchin et rechercher la source nommée « Trou sans Fond » sur la carte IGN. Dans le village, l’appel des ponts imposent le rythme et les sorties exploratoires : un tour à droite, on a repéré un passage qui longe le cours d’eau : cul de sac, après, c’est privé…



Retour et remonter le cours de l’eau, le flot est puissant, nous nous sommes arrêtés près d’un muret qui le longe, j’imagine à la fois pour protéger la rue des débordements et des chutes…



Un peu plus loin, au détour d’un virage, le bruit puissant d’une chute d’eau nous intrigue, Samia me montre qu’on la devine derrière la végétation, ça semble tourner brutalement à gauche ; en redescendant, aucune vue par-dessus la clôture, l’eau contourne l’habitation ; peut-être y avait-il là un moulin ?



Nous poursuivons, tantôt à pieds, tantôt en voiture pour coller au plus près de l’eau ; de fil en aiguille, nous approchons de notre but : cette source tant convoitée du Trou sans Fond. Le fossé est toujours large et plein, traversé de passerelles qui mènent à des maisons ou des terrains.






Sommes sortis de Fléchin, Boncourt : nous approchons…, le cours d’eau devient plus libre, il traverse un vallon qui se révèle à terrain découvert, une maison isolée gît au fond, donne l’impression d’être traversée par le cours d’eau.



Sommes enfin à la fourche, à l’angle de la rue Jean-Marie Defrance et de la rue du Marais, une arbre majestueux trône, équipée d’une chapelle, il marque l’endroit, nous y sommes : y’a plus qu’à…



Descendre et entreprendre l’exploration, d’abord ensemble, puis chacun de son côté… Finalement, nous remarquons qu’à l’abrupte de la route, des gabions de graves bordent un bassin assorti de deux buses. Un peu plus bas, un autre bassin, naturel cette fois, l’eau bouillonne bruyamment à la sortie d’une buse éventrée : c’est là ! Le sol enherbé est détrempé, couvert de feuilles mortes parsemée de grêle, la situation nous rappelle qu’il ne fait pas chaud ; Samia finit par aller se réfugier dans la voiture. Je fouine encore un peu…






Lâcher l’affaire, va être temps de retourner, 16:20 déjà. Sur le retour je propose à Samia d’aller jeter un œil au pont de l’autre côté de Fléchin, il va enjamber le ruisseau le Puits sans Fond… Une occasion de s’arrêter pour satisfaire une dernière fois ma curiosité.



On aperçoit un groupe : trois hommes, se laisser tenter, l’occasion est trop belle… Je leur pose des questions, le plus grand, pas farouche, me répond d’un ton enjoué qu’ici c’est le Surgeon… Aïe, lui dit, en tenant fermement ma carte IGN, que c’est le Puits sans Fond… Il connaît pas ce nom… Avec ses compères ils échangent, puis il rend son verdict : « y’a qu’à aller voir à la mairie le cadastre, pour moi ça a toujours été le Surgeon ici… », mais j’insiste, un peu têtu, gonflé de certitudes… le doigt sur la carte. Il persiste. Je commence à désespérer… Pendant ce temps, l’ancien retourne armé de sa fourche à ses occupations derrière le tracteur et le jeune descend, entre sous un porche et disparaît de la scène.


Et la source du « Trou sans Fond » ? Pareil, connaît pas ce nom… Il connaît l’endroit, bien sûr, les deux buses, la maison là-bas : c’était un élevage de truites, l’eau est claire. L’eau passe à Fléchin, dans le Pré Boncourt et va se jeter dans le Surgeon. Alors je lui fait part de ma quête, le bassin de la Lacquette, sa source à Groeppe ; le Surgeon à Cuhem et la source que je suis allé chercher là-bas… « Mais la source du Surgeon est à Honnighem ! » s’insurge-t-il. Argl !… Visiblement, nous ne parlons pas de la même chose, j’ai l’impression d’être entré dans un monde parallèle où les choses ne sont pas tout à fait pareil, suis troublé… « Je peux vous emmener voir, vous avez des bottes ? », je lui réponds que si c’était possible, demain, je serais disposé à venir… On doit rentrer à Béthune, il est déjà tard pour nous. « Bah, ça m’arrange pas demain, suis en retraite mais c’est le week-end. »

Il s’appelle Watelle, il accepte de me donner son numéro de téléphone, je tenterai à un autre moment. Pour conclure, il me dit « y’a de l’eau partout ici », j’en conviens, pas si facile de s’y retrouver, un cours d’eau se nourrit de sources multiples…
Le jour baisse vite maintenant, on a un peu froid, les pieds pour Samia, les mains pour moi… Nous rentrons par le même chemin, le temps a vite passé, difficile de faire plus, faudra que je revienne pour essayer de trancher, Surgeon ou Puits sans Fond ?à moins que ce soit les deux ?































































































