Dès le 28 Mars, j’ai entrepris de refaire mon Grand Tour*, et après quelques ajustements techniques, sommes partis en vadrouille, jonglant avec la météo et la course du soleil… Aussi, l’ordre est-il encore incertain, d’avant en arrière, effectuant des sauts dans l’espace et dans le temps.
Pas simple de coordonner disponibilités des uns, temps qu’il fait et temps qui passe… Mais bon, avec persévérance et insistance, je réalise méthodiquement le plan de retrouvailles avec des lieux qui me tiennent à cœur sur le pourtour du bassin de la Lacquette.

Pour rappel, la carte de février 2023
Message du Vendredi 17 Mars 2023 /
Bonjour Émilie,
J’espère que tu vas bien et que tu reçois bien mes messages avec Gmail
maintenant. Si tu peux confirmer.
Pour ma venue, je n’ai pas eu de retour sur les créneaux en matinée.
J’ai déterminé une sélection qui, j’espère va s’avérer être un bon choix.
La météo sera déterminante. J’ai considéré les sorties avec du soleil,
ce qui impacte fort les orientations.
En partant d’Aire, c’est-à-dire d’Est en Ouest, soit en passant par le
Nord (après-midi), soit par le Sud (matin).
Les matins : 12 sites, peut être des adaptations sur place, selon…
des créneaux entre 10 et 11h, vers 11-12h, 12, avant 13h.
Les après-midis : 8 sites, même conditions d’adaptations que le matin, selon…
des créneaux à partir de 15h, 16-17h, 17h et après à l’Ouest ?
Et si la météo n’est pas idéale on fera au mieux.
Comme tu le sais, ta participation sera précieuse.
Bien à toi,
Gilles
L’idée du tour du bassin de la Lacquette est né progressivement, au fil de mes en-quêtes sur le territoire en lien avec mes recherches documentaires au service de l’eau de l’agglomération de Béthune-Bruay (la première mention dans le carnet de la résidence date du jeudi 17 mars 2022 où Flora Tivelet, responsable du service Etudes GEMAPI, lorsqu’elle avait tracé le contour du bassin).



qui traverse « les Saintes », en venant de la D341.




Carte en main, j’étais allé sur le terrain, communiquant avec des habitants ou des spécialistes et j’ai enregistré, noté, pour comparer, vérifier… une nécessité car l’outil est plutôt abstrait lorsqu’on veut aborder la question hydrologique.


L’interface de la carte a fait émerger des constellations de noms de lieux, de cours d’eau, m’intriguant au point de chercher à dessiner les contours du bassin et vouloir vivre une expérience de l’eau définie par les écoulements qui alimentent la rivière.
J’ai eu besoin de l’expérience sensible, aller humer le terrain, expérimenter la géomorphologie par les pieds, vivre les aléas du climat et éprouver ce bassin : peut-on le voir ou le deviner, voire, le ressentir ? Question interprétation me dira-t-on… d’humeur sans doute, de croyance aussi, peut-être…

de la Cavée de la Tirmande au loin…


Les calculs ne donneront jamais rien d’autre que des calculs, ils modélisent, se veulent rationnels, abstraits.
L’artiste, lui, se fait ici raconteur d’histoires – il s’en raconte aussi d’ailleurs -, donnant corps à une fiction pour tenter de montrer le terrain, transpositions de données sensibles, d’une poétique des lieux et de la carte qui, tous ensemble, dessinent inlassablement l’entrelacs des désirs d’un bassin impossible à voir ; il est plutôt à ressentir, à travers la houle des champs et des prés qu’il traverse,
à l’approche des éoliennes qui lui souffle le vent
ou le chant d’alouettes qui se dérobent à la vue
pour lui révéler la cloche du ciel,
lent défilé des nuages,
vapeurs et pluie…


s’enfoncer dans les champs du Chemin de Ligny.


C’est une quasi fiction que je propose ici : à travers les ingrédients du témoignage, récits et photos.
Un personnage, explorateur/narrateur avec son barda – du tourisme à côté de chez soi (énonçant ce qui serait alors à voir ?) -, circule et s’arrête sur des objets qu’il a décidé, il a ses règles.
On peut voir ce voyage comme une tentative de donner du corps à cet impalpable du bassin de la Lacquette, le touriste cherchant à transmettre son expérience, souvent déceptive, nous donnant à voir simplement ce qui est là… dans sa crudité/nudité, à chercher des indices qu’il ne sait pas forcément trouver ou reconnaître.

une butée artificielle du bassin.


d’Aire-sur-la-Lys. Frôler Isbergues…
Je ne fait que tenter de faire naître de l’intérêt pour ce paysage de la Lacquette.
Cette proposition peut-elle devenir un des ingrédients qui peut susciter l’envie d’y aller soi-même ?…
Je le vois comme une façon d’interroger notre rapport au monde, de retrouver du lien avec des lieux, des endroits dans lesquels nous évoluons sans les connaître, pour apprendre à les apprécier, les goûter.
Et si c’était là un des moteurs de l’attachement qui nous lie ?

d’Aire-sur-la-Lys s’impose à la vue.




au bout du bout, la Lacquette.
Cette banalité du paysage m’importe, la Terre n’est plus à considérer comme faisant partie d’un projet de conquête et d’exploitation massive des ressources.
Cette banalité et un « lieu » commun, un « lieu » que nous partageons de fait avec les autres terrestres.







descendre dans un champ de la Justice : en bas coule le Mardyck vers Aire-sur-la-Lys.
La Terre est aujourd’hui reconsidérée dans son habitabilité, l’écologie est passée par là. La Lacquette revêt autant d’importance à mes yeux que la Seine, le Rhône ou la Loire… Elle m’a laissé entrevoir ses fragilités et apprécier un territoire qu’elle a façonné, l’irrigant, le nourrissant autant qu’il l’a nourri. Ses constituants sont liés, nous avec. Pas de Lacquette : pas d’eau, pas d’agriculture, etc. Usagers, habitants, riverains, sommes finalement tous responsables de la vie du cours d’eau. S’en préoccuper – le choyer -, c’est favoriser le maintien de la vie qu’il agrège.
La Lacquette traverse, irrigue.

sur une ancienne voie de chemin de fer des mines parallèle à la route qui traverse Rely.
Pause au soleil de l’après-midi. La vue donne au loin vers la Tirmande,
enfin, porte plutôt vers le Mont Pourret…



C’est l’entrée au pays des éoliennes – les moulins à vent – qui traversent les hauteurs du Nord au sud, on avoisine ici les 180 m. Je domine la vallée de Groeuppe, lieu de naissance de la Lacquette.
*
Fin de cette séquence à dessiner avec mes pas le contour du bassin; restera à poursuivre vers l’Ouest et remonter vers le Nord, après la mi avril,
à moins de faire l’inverse !…
*Note sur le Grand Tour
« Le Grand Tour, écrit de la même façon en anglais, est à l’origine un long voyage en Europe effectué par les jeunes gens, et très rarement les jeunes filles, des plus hautes classes de la société européenne, britannique, allemande, mais aussi française, néerlandaise, polonaise, scandinave, plus tardivement russe à partir des années 1760. La pratique, qui émerge vers le milieu du XVIème siècle, s’affirme tout au long du XVIème siècle, pour culminer au XVIIIème siècle. Ce voyage d’éducation aristocratique est destiné à parfaire leur éducation et élever leurs centres d’intérêt, juste après, ou pendant leurs études, qui étaient alors essentiellement fondées sur les humanités grecques et latines.
Les destinations principales sont avant tout l’Italie, mais aussi la France, les Pays-Bas, l’Allemagne et la Suisse que le jeune homme parcourt en partant et en revenant dans son pays. Plus tard, à partir du milieu du XVIIIème siècle, certains se hasardent jusqu’en Grèce et au Proche-Orient, parfois en Perse. Ces voyages duraient en général plusieurs années, jusqu’à cinq ou six pour les familles les plus fortunées, ou les jeunes gens les plus ambitieux ; ils étaient le plus souvent effectués en compagnie d’un tuteur. Ils devinrent une pratique normale, voire nécessaire à toute bonne éducation pour des jeunes gens destinés à de hautes carrières ou simplement issus de l’aristocratie cultivée. »
Le Grand Tour: le voyage de la noblesses européennes
https://www.proantic.com/magazine/grand-tour-voyage-de-noblesses-europeennes/