A mon arrivée sur Béthune, prévu de rencontrer Sébastien Gallego, du Pôle gestion patrimoniale eau potable.
Mercredi 5 octobre, rendez-vous à 10h.
Dans le bureau, une géologue : Florine Decofourt est assise au bureau qui fait face à Sébastien ; lui, entreprend de me présenter leur rôle et la situation de l’eau potable sur la CABBALR.
J’expose mes questions, un peu décalées en regard des enjeux de l’eau potable. Hum… innocemment : « l’eau de la Lacquette alimente-t-elle d’une manière ou d’une autre la nappe de la craie ? »
La déception est immédiate : « non, impossible ! » La nappe de la craie est une nappe captive, profonde, et se trouve séparée de la Lacquette par une couche d’argile imperméable.

Sébastien entreprend de m’expliquer, me montre des poches devant lui : l’argile en question et de la craie… Bon, elle a été rendue liquide lors du forage, mais normalement c’est une pierre poreuse où s’accumule l’eau, si j’ai bien compris…

Car pour comprendre, faut que je m’accroche, entre les explications et des visuels à l’écran de l’ordinateur provenant de relevés réalisés par géo-radar avec l’emplacement de trous : des forages.
« Une vraie banque du sous-sol » me disent-ils.
Ils travaillent avec le BRGM et, au besoin, Florine complète les relevés existants en faisant faire des trous là où c’est nécessaire…
Décidément, je perds pieds, ça va trop vite, mes compétences en géologie sont plus que limitées et là, j’ai deux spécialistes qui alignent des mots et présentent des opérations de terrain qui m’échappent vite.
La nappe alluviale est au-dessus, et elle va être affectée par le cours d’eau. C’est cette relation (horizontale) que j’avais évoquée (avec Flora Tivelet le 17 mars 2022 et surtout sur la page sur le bassin de la Lacquette) : c’est le jeu des vases communicants entre périodes sèches et périodes humides.
Où j’apprends qu’on est sur une nappe de sables du Landénien, du tertiaire *…. « Faut s’imaginer qu’en sous-sol, c’est un millefeuille. » Je pense au gâteau… mais bon, ce n’est pas le moment.
« Ici, c’est la bassin de Paris. »
* Ce sont des sables glauconieux marins, des tuffeaux ou des sables blancs continentaux, reposant généralement sur des formations plus argileuses. Partie méridionale du vaste bassin éocène franco-belge, cet aquifère s’étend sur environ 3 000 km2 en Flandres et dans le Bassin d’Orchies, contenant une nappe libre dans les affleurements périphériques méridionaux, puis captive sous les argiles yprésiennes. Malgré leur réserve considérable, ces sables n’offrent qu’une faible productivité, mise surtout à profit pour l’agriculture et l’élevage. (Extrait de l’atlas des Aquifères & Eaux souterraines en France). Un forage produit entre 5 et7 m3 / h.
Avec Flora Tivelet, j’avais déjà eu une présentation, mais ici, c’est clairement orienté eau potable, c’est à dire la gestion des prélèvements qui sont effectués, alors évoquer des relations de la nappe avec la rivière n’est pas une bonne idée, ça rendrait l’eau impropre à la consommation humaine : des éléments toxiques, des métaux, des germes, etc. contamineraient l’eau du sous-sol.
Faut s’imaginer que le parcours (vertical) d’une goutte d’eau met des lustres à rejoindre une nappe profonde. C’est bien pour cela qu’une surconsommation met en péril les nappes d’approvisionnement. Notre été de sécheresse nous l’a rappelé…
« La nappe de la craie est approvisionnée au Sud-Ouest, au-delà du bassin de la Lacquette, dans les collines de l’Artois. L’eau s’infiltre lentement, est purifiée et arrive en milieu anaérobie. C’est la garantie d’une eau potable. » (Les formations crayeuses sont présentes dans la majeure partie (90 %) de la région Nord-Pas de Calais)
La craie devient aquifère grâce au développement de la fissuration avec des ouvertures et une connectivité suffisantes pour permettre un écoulement gravitaire, mais aussi à la faveur de joints de stratification plus ou moins ouverts. Il en résulte une variabilité très importante de la perméabilité tant verticalement qu’horizontalement (selon des directions souvent combinées de la fracturation) : le milieu crayeux est en réalité hydrauliquement hétérogène.

Florine m’explique le transfert horizontal de l’eau qui s’effectue, en période sèche et humide, la vitesse d’écoulement change, logique (du Sud-Ouest au Nord-Est, des collines de l’Artois au Bas Pays). Faut s’imaginer que les couches ne sont pas droites, mais penchées. Alors, si en plus dans le sous-sol, les couches géologiques ne sont pas gentiment planes, ça complique l’image du millefeuille, ça doit créer des pentes, des axes d’écoulement ? Mais je me dis que le régime de circulation des eaux ne doit pas correspondre à ce qui se passe en surface…
Je comprends qu’ici on pompe des quantités d’eau qui donnent le tournis (pas noté les chiffres…), et ça, tous les jours, pour alimenter nos réseaux d’eau potable, une eau qui arrive à nos robinets, sans compter…
Ça laisse pensif quant à nos consommations effarantes d’un bien qui risque de devenir de plus en plus précieux et dont le coût de production est en perpétuel évolution. Nous sommes toujours plus nombreux et les villes exigent des quantités faramineuses d’eau potable. Une fuite en avant. Et question fuites, y’en a dans les réseaux d’eau potable ! (en France on considère qu’il y a un milliard de mètres cubes de fuites d’eau par an dans les réseaux d’eau potable, soit 20 % de l’eau traitée et mise en distribution qui est perdue)
Revenant à la charge avec ma question lancinante, je suis quand venu pour ça : « Et l’eau de la Lacquette ? »
Sébastien lâche, un peu mystérieux : « y’a pas de relation, mais y’en a quand même ; là, y’a une faille. » Et c’est le cas de le dire : « parfois on détecte de l’oxygène dans nos prélèvements sur certains forages. »
*
Je me prends à rêver que de l’eau de la Lacquette puisse malgré tout passer !
Mais comment en être sûr ? Se contenter d’imaginer que c’est possible ? C’est déjà ça pour moi !
*
En tout cas, ces fuites semblent provoquer un certain désarroi chez mes interlocuteurs : des infiltrations pourraient arriver à travers la couche d’argile !
Où, comment ? Des défaillances dans des forages finissant par ne plus être étanches ? des pompages excessifs créant des dépressions telles que de l’eau de nappes superficielles passeraient ? ou encore, des forages mal faits qui laisseraient passer de l’air, de l’eau contaminée ?… Bien sûr, tout cela se passe sur des temps longs… Et si je ne saisis pas toujours tout, je capte néanmoins les enjeux en matière d’approvisionnement des populations ; pas de tout repos… compliqué à gérer tout à ça !
*
Hum, maintenant, j’y repense, lorsque je me rends à la mairie de Quernes (comme ces derniers temps) et que me prend l’envie d’aller aux toilettes, au moment où je tire la chasse d’eau, le liquide s’emporte et dévale dans le réseau des eaux usées, jusqu’à la station de traitement qui le restitue, apaisé, purifié, à la Lacquette – je suis mentalement son chemin… Et je gamberge :
Hum hum, et si de l’eau de la Lacquette passait malgré tout dans la nappe de la craie, alors pourquoi ne finirait-elle pas dans un réseau d’eau potable et, potentiellement, dans le verre d’eau que je remplis au robinet ?…
La boucle serait bouclée ; j’entrerais ainsi dans un circuit court à Quernes, façon d’éprouver le cycle de l’eau :
le robinet <=> les toilettes… et sans quitter la mairie
… des journées entières à entretenir le cycle.
Me donnerait bien des idées tout ça.
Mais bon…, arrêtons de rêvasser !
Et oui, avec des si, c’est bien connu, on pourrait mettre Paris en bouteille,
mais moi… je me contenterais bien d’y mettre la Lacquette !
