Manières de se projeter : penser à la suite du projet (l’année prochaine).
La recherche de lieux proches de la Lacquette : ma relation au cours d’eau ne change pas, juste des points d’accès… comme celui de Longhem où, à la mi juillet, au cours d’une marche, j’avais invité le public à faire halte pour pique-niquer sur l’herbe d’un pré (16 juillet).
Dans un premier temps, pragmatique, je me restreins à une dizaine d’endroits à visiter sur le territoire de la communauté d’agglo.
L’environnement de la Lacquette se résume dès lors à la région de Blessy et Witternesse au nord-est, Quernes, Liettres jusqu’à la Tirmande en descendant vers le sud et Estrée-Blanche vers l’ouest…
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Witternesse : le maire, Alain Ducrocq, m’a reçu vendredi ; avec son 1er adjoint – Frédéric Segard – nous avons confronté le résultat de mon repérage de la veille à leurs connaissances du terrain.
La ferme de Mongré pourrait-elle devenir un nouveau point d’accès avant l’Abbaye de Saint-André ? Semblerait que je puisse aussi longer la Lacquette à la sortie de Witternesse, après la dernière maison, en remontant un champ pour ensuite longer la haie ; elle borde le cours d’eau.
Ils m’expliquent que ce couloir serait accessible à la marche, il résulterait d’une pratique ancienne, l’usage était encore présent sur le cadastre napoléonien, un chemin reliait Aire-sur-la-Lys. Mais avec les modifications du parcellaire, « le chemin des prés » aurait été progressivement défait par les usages agricoles…
Resterait un passage jusqu’à Saint-Quentin…
Tester, voir s’il y a bien des chicanes aux limites de pâtures qui en autorisent la traversée !
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Je me prends à caresser l’espoir de faire une boucle en regagnant Witternesse par la ferme de Mongré, ou même par l’Abbaye de Saint-André… et d’emprunter un chemin de traverse dans « le Beauroy » (un lieudit des champs) jusqu’à une voie qui me ramène dans le bourg de Witternesse.
Hum… Avec une telle circulation le long du cours d’eau, je m’imagine déjà trouver de nouveaux chemins sur ce territoire, comme entre Estrée-Blanche et Longhem ; ceux-ci reprendraient (peut-être ?) d’anciennes traversées que les gens utilisaient pour relier les hameaux, gagner la ville : des « chemins d’eau » !
Quoi de plus logique : suivre le flux de l’eau qui traverse les champs, les hameaux… Les routes d’une époque où la traversée des territoires était toute tracée, les transports de marchandises se faisant aussi sur l’eau, plus économique que de crapahuter à travers champs.
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Retour sur site. Samedi. La pratique : face à la réalité du terrain, l’absence de sentier tracé, les berges talutées et embroussaillées, des clôtures retorses…






J’interprète le paysage que je traverse, reconnais l’endroit où j’ai croisé Georges, longeant malgré tout le cours d’eau, empruntant le passage d’un tracteur ; il suit lui aussi la limite dessinée par la Lacquette…
Croisant parfois d’étranges installations, là, le bouclier posé contre un arbre par je ne sais quel guerrier Masaï ; ailleurs, des autels dédiés à la faune sauvage ; de temps à autres, des marques de propriété ou le signe d’une présence : piquets, pneu… et des troupeaux paisibles de bovins qui me jaugent, intrigués, beuglant à l’occasion, comme pour informer les suivants de mon arrivée prochaine…
Suis entré dans la brousse qui s’étale entre les hameaux, des moments de quasi absence humaine ; la couleur des herbes sèches renforce cette impression, et l’eau s’écoule, paisible, indifférente.





Les méandres de la Lacquette me troublent, me déroutent, m’obligeant souvent à reconsidérer ma progression ; des clôtures stoppent mes enjambées, et je fouille, guette de l’œil, comme des pieds, le passage opportun…
Outrepasser, contourner, buter… La réalité de la campagne s’impose par la discontinuité des étendues, morcelées, différenciées, empêchant finalement la libre circulation, seule la rivière articule ces espaces, les traverse sans encombre, les irriguant ou les inondant – le talus me le rappelle…
Et je suis frustré, un peu jaloux de son cours nonchalant alors que je crapahute laborieusement, j’envie le canard ou le ragondin que j’aperçois de temps à autre…



Je dois apprendre à me diriger autrement, à accepter les détours, quittant les berges de la Lacquette pour contourner les obstacles, de mon pas lourd, terrestre…



Accepter de m’éloigner, sans pour autant totalement perdre de vue les marques discrètes de sa traversée des champs : longer une clôture, trouver un passage, la couture qui lie les prés, le passage réconcilié d’un tracteur avec un ancien chemin entre des saules blancs… et puis d’autres clôtures… d’autres champs… prendre le biais, coller de nouveau à la Lacquette.





Deux tiges de maïs m’émeuvent, grêles, seules rescapées du grand fauchage… Le sol mis à nu annoncerait-il la proximité d’une ferme ? Là-bas, sur l’autre rive, tapis derrière un bois : Mongré ?






Le film avance, le paysage change ; les espaces domestiqués, cultivés, reprennent le dessus ; la traversée d’un petit bois confirme la rupture : les marques imprimées des roues du tracteur dans la boue du chemin, et comme un avertissement, des objets étranges qui semblent me regarder passer… L’amorce d’un changement de monde.






L’abbaye de Saint-André apparaît sur la droite ; je retrouve des chemins connus : celui qui se prolonge au-delà la barrière, longe le cours d’eau jusqu’à atteindre le chemin de la Lacquette où j’avais rencontré Gérard Botrel (le 3 décembre 2021). Par là-bas, c’est quitter les champs pour les faubourgs d’Aire-sur-la-Lys, quitter le territoire de l’agglo.


Tourner à droite, traverser la Lacquette, le hameau de l’abbaye de Saint-André, outrepasser une barrière… et gagner la route qui me ramènera à Witternesse.



La route est hostile, pas de bas côté aménagés, les voitures m’affolent, je bifurque : tenter par la ferme de Mongré. Longer une haie sur la gauche, elle accompagne un fossé, et finalement buter sur une autre qui est renforcée de barbelés, aïe, frustration : des maisons sont toutes proches derrière, rageant… M’oblige à remonter sur la route…






C’est clair, je fatigue : vite ! Atteindre la première voie qui apparaîtra sur ma droite, j’entrerais dans Witternesse par un dédale de rues. Suivre les voies : un coup à droite, un coup à gauche… Traverser la Lacquette, et retrouver la rue qui me ramène enfinnn à la voiture !





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Le cheminement n’aura pas été fluide… J’ai cru naïvement pouvoir accompagner la rivière, épouser ses mouvements ; j’ai dû m’en détacher à plusieurs reprises, sans pour autant totalement la perdre de vue, sauf à la fin, en rentrant par la route de Witternesse, la D186E1.
La fatigue a rendu moins supportable cette dernière séquence…
Stressante.
M’éloignant de la Lacquette.
Pas le choix.
Hum,
va falloir accepter les détours,
et trouver une forme d’économie
pour embarquer des gens…
à suivre les méandres du cours d’eau,
devenir un peu rivière…