Un rendez-vous avait été fixé ce lundi à 10h, le contact m’avait été donné par Jérémy Duval, de la Communauté d’Agglo de Béthune-Bruay.
Monsieur Delattre me reçoit dans son bureau ; après présentation de mon projet, j’entre dans le vif du sujet : le bras de la Lacquette au Sud de la ville… une de mes dernières obsessions.

Il m’explique qu’ici c’est un service communal d’Aire-sur-la-Lys, celui-ci ne s’occupe que du nœud d’Aire et des arrivées d’eau dans la commune.
Je me rends compte des différences d’appréciations que nous avons sur le cours d’eau : ici, la Lacquette se jette dans le Mardyck, alors que j’ai toujours entendu l’inverse… Comment apprécier la préséance de l’un sur l’autre ? Il faut reconnaître que les appellations variant selon les cartes, ça n’aide pas…

Progressivement, nous ajustons nos connaissances du terrain à la carte des zones inondables du Plan de Gestion Globale et Équilibrée des écoulements des eaux de la Lacquette.
Ce document m’a été précieux pour interroger le terrain et retrouver les traces des cours d’eau et des fossés depuis l’ex « 3 Mousquetaires » (à l’entrée d’Aire).

Pour lui, la prise d’eau qui passe sous la D943 en direction de Mississipi n’a pas de nom, c’est un fossé qui s’écoule à ciel ouvert. Il m’explique que le réseau de fossés à Mississipi relève du drainage et qu’autrefois, c’était une zone de maraîchage. Mais « on l’appelle rien », juste « les fossés de Mississipi »… Suis un peu déçu, moi qui rêvait de Lacquette…
A ce sujet, il m’apprend qu’à Aire, la commune va mettre les noms des cours d’eau sur les ponts. J’avais remarqué qu’on ne savait pas toujours nommer les eaux qui traversaient la ville, fallait bien suivre sa carte et demander à un quidam, ce qui n’empêchait pas les méprises… (cf. le lundi 25 octobre 2021 et autres articles concernant les sorties dans Aire).
En suivant un tracé sur la carte, il pointe l’endroit où, pour lui, le fossé venant de Mississipi devient l’Echeu. Le cours d’eau coule parallèlement à la Laque qui est juste un peu plus bas, dans le marais de Lenglet.
Cette dérivation de la Lacquette a été escamotée en passant sous la D943, puis déclassée en simple fossé… Mais je ne m’en laisse pas conter, au fond, pour moi, elle restera toujours « la Lacquette »… même si j’ai fini par comprendre qu’il était parfois vain de vouloir différencier à tout prix les eaux. En somme, dans ces basses terres, c’est la valorisation de l’impureté, toutes se mêlent, ou s’emmêlent, la liaison entre les cours d’eau maillent les terres de nombreux fossés qui drainent et servent à diluer les inondations.
Monsieur Delattre m’explique que les fossés reliant l’Echeu à la Laque fonctionnent comme des bras de décharge en cas d’inondation. Mais avec le temps et l’évolution des usages des parcelles, possible que les fossés se bouchent avec la végétation. Comme c’est privé, ça échappe à leur gestion.

Ces fossés protègent les biens des habitants qui sont le long de la Laque. Avec la montées des eaux, lors des crues, me dit que ça lui donne parfois des frayeurs (cf. la sortie du mercredi 1e juin 2022) : ici, c’est la loi du marais.
Il n’y a pas si longtemps, dans ce coin là, j’ai eu l’occasion de me rendre compte de la proximité des habitats, ils s’égrainent le long de la Laque, voire même entre celle-ci et un fossé de l’autre côté du chemin du Marais de Lenglet…



Plus à l’est, là où les eaux de l’Echeu/Lacquette se mêlent à celles de la Laque – avant le village du même nom, à proximité de la D187 -, les rives sont parfois contraintes et peuvent engendrer des engorgements, une habitante m’avait rappelé les inondations de l’hiver…



Monsieur Delattre continue, expose ces situations à risque, comme au niveau du siphon, le passage de la Laque sous le canal. Il arrive que celui-ci soit encombré, lors de montées de crue, par des « flottants » : bidons, caisses, bouteilles, bois de chauffage, etc. Tout ce que les gens peuvent avoir sur leurs terrains, en limite des cours d’eau, comme des fossés et qui peuvent être emportés…
Ça peut provoquer une décote de 60 cm au niveau du siphon, en conséquence, ça fait monter l’eau en amont…


Me dit que dans leur service, ils surveillent les hauteurs d’eau, les différences de niveau à différents endroits ; elles indiquent qu’il peut y avoir un bouchon : une passerelle peut avoir lâché, un baraquement s’être effondré, un arbre, tombé… Ils pratiquent cette surveillance, en véhicule, à pieds ; me dit que ça tombe souvent la nuit, en lien avec le décalage entre chutes de pluie en amont et arrivée effective des eaux.
Il me fait comprendre qu’une des difficultés relève toujours du saucissonnage d’un cours d’eau : un cloisonnement administratif qui entraine une vision parcellaire de son état et de ses fluctuations. Heureusement, les tendances sont à la gestion d’ensemble, mieux coordonnée, pour prévenir des inondations mais aussi de ses usages, comme des prélèvements qui affectent l’aval, une question de bon sens. Et à Aire, ils en savent quelque chose, le nœud d’Aire cumule tous les apports des cours d’eau alentours…
Je le quitte un peu avant midi, il a un autre rendez-vous. Me propose de ne pas hésiter à le solliciter si j’ai d’autres questions. En attendant, il m’a permis de vérifier ce que j’avais vu entre Mississipi et La Lacque, contribuant à me donner une meilleure compréhension de cette zone sud de la ville.
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C’est vérifié, L’Echeu – un cours d’eau qui nait d’une dérivation de la Lacquette – se mêle bien à la Laque par de nombreux fossés de délestage ; tous se fondent en un seul cours d’eau avant d’arriver au village La Laque (probablement encore une fiction rassurante…) : officiellement, la Laque, au sud d’Aire.
La Laque-Lacquette-Echeu s’en va sous le canal finir sa course dans la vieille Lys… Mais là, c’est une autre histoire qui me fait sortir du bassin de la Lacquette.
J’ai terminé mon enquête de la Lacquette, maintenant, la suite…