Arrêt près du marais de la Besvre ; en attendant l’heure, je prends des notes avant d’oublier notre après-midi… 18h00, il est temps, retrouver Michel, il est près de la maison avec l’homme que je viens rencontrer : Alfred. L’accueil est direct, il me teste, cherche à savoir ce que je fais et à comprendre ce que je veux connaître d’ici.
Les échanges sont soutenus, je suis vigilant, je sens que la conversation pourrait tomber si je rate l’examen ; visiblement, il me teste. Sommes bien installés maintenant, nous jouons carte sur table ; l’échange se poursuit à 3 ; par moment, Michel vient à mon secours ; je les écoute : répit. J’en profite alors pour prendre quelques notes, préparer des questions…

Visiblement, le sujet demeure sensible. J’en reviens à mon projet, à mon désir de mieux saisir les circuits de l’eau, à rechercher ce qui peut nous attacher à ces cours d’eau qui font la Lacquette. Ma quête est aussi sensible, affective.
Alfred commence à mieux cerner mes demandes : il pointe du doigt le cheminement de l’eau au nord du marais de la Besvre. Pour lui écrire la Laque à cet endroit de la carte est faux. C’est l’Echeux (suis pas bien sûr de l’orthographe), il insiste et se lance dans une explication du réseau hydrographique des parages, me signale le sens d’un courant, nomme des endroits, et finit par nous lancer : le mieux, c’est d’y aller ! La nuit tombe, il faut se hâter.

Partons avec le véhicule d’Alfred, il nous emmène vers le manoir, explique l’eau, depuis ce qu’on voit – on a contourné par le marais – parle de la connexion de l’étang avec l’Echeux qui coule juste au-dessus. Je reconnecte avec le circuit que nous avions fait avec Émilie et Samia tout au début des sorties… Où nous avions déjà appris à interpréter les eaux que nous voyions couler : lire les fossés et trouver le cours d’eau, que nous croyions être la Laque… Exit la Laque !

Alfred dit que nous allons faire le tour de cette zone de marais, en retrouvant la D943 – bref arrêt pour voir la Laque passer sous un pont – puis en empruntant le chemin des cressonnières. A fallu descendre sur le bas côté et nous engouffrer au jour finissant dans le passage. Le long coule un fossé…



Avec Michel nous commençons à nous situer en reconnaissant des éléments vu depuis le chemin que nous avons pris l’après-midi : là, sur un côté, les trognes de saules aperçues au loin, ce qui fait haie devant, et pour confirmer ces repères, nous reconnaissons derrière nous des cressonnières, les thuyas, des abris, et au loin je devine le clocher de Saint-Quentin…

Prendre des photos est devenu hasardeux ; maintenant, la lumière des phares éclaire des scènes improbables m’évoquant la brousse, mais sur les côtés, ça reste fort sombre. Aussi Alfred s’arrête pour que je sorte de temps en temps, pour m’approcher du cours sinueux de l’Echeux ; je veux voir et regarder autour, enregistrer ce moment singulier.




Cette équipée – presque – nocturne est assez surréaliste. Impression d’Afrique. Nous traçons notre chemin en longeant l’Echeux, au rythme des commentaires d’Alfred qui nous raconte l’histoire d’un projet de creusement de fossé et d’un étang qui n’ont heureusement pas vu le jour.

Nous finissons par franchir une passerelle et retrouver le chemin de l’après-midi, et tourner presque aussitôt à gauche pour aller retrouver la D186E1 qui nous fait longer l’Abbaye de Saint-André. Je raconte les arbres brûlés, nous dit que ce sont des promeneurs qui ont mis le feu, gratuit et stupide. Me dit que de l’eau passe sous la route au niveau de l’Abbaye, et finit par rejoindre l’Echeux. Mais je n’ai rien sur la carte.

Une fois de plus, Alfred tord les informations pour redessiner un autre cheminement. Même si je ne comprends pas toujours très bien le fonctionnement des parcours et des raccordements, comme je l’avais déjà pressenti lors de mes précédentes sorties, de l’eau de la Lacquette transpire ici et paraît se connecter au réseau de la Laque.

M’enfin, comme tout ça se joue dans le bassin de la Lacquette, tout finit dans la Lacquette et au bout du bout, dans l’exutoire, à Aire-sur-la-Lys. Trop facile ! Faudra que je revienne, car depuis le début, j’ai bien choisi d’explorer le chemin que prenait l’eau ; c’est l’entrelacs du réseau qui fait le bassin, surtout ici, dans les basses terres, où les fossés maillent l’espace.
Au retour, la soirée se poursuit chez Alfred, dans une bonne humeur communicative, façon de conclure cette rencontre déconcertante. Maintenant, je sais que je pourrais revenir, entrer plus avant dans le détail de ces Pâtures d’Aires.