Mercredi 23 février 2022 | 1ère partie : de la fin du cheminement de la Lacquette au Nord des Pâtures d’Aire


Rendez-vous avec Michel Abdellah à l’Hôtel Communautaire. On ne pourra pas voir notre contact ce matin, sera disponible qu’en soirée. En attendant, un programme pour la partie Nord du bassin : commencer par la fin !

9H30, direction Aire-sur-la-Lys, encore… Vouloir en finir avec cette histoire de Lacquette qui se sépare en 2 bras. Michel me pilote non loin du canal, près du parc des sports, tant de partir fureter ! Remonter un cours d’eau en s’engageant dans la rue Henry Velay… Logiquement, devrait être la Lacquette. Après vérification avec le GPS du smartphone, confirmation : nous sommes bien sur le bras extérieur de la Lacquette, super !

La scène : à droite, la Lacquette / à gauche, des maisons individuelles.
Coté rivière, la rue est bordée de saules pleureurs d’un bel âge que Michel admire, sont taillés en têtes de chat. Il observe les oiseaux dans les branches hautes, on entend une grive musicienne dont le chant puissant couvre tous les autres. Une mésange à tête bleue inspecte méthodiquement des ramilles en quête de petits insectes. Nous évoquons le calme qui règne dans cette rue ; des canards s’épanche sur le bitume, ils avancent tranquillement de front dans notre direction…

Passage d’un promeneur : femme avec chien et enfant…, peu après, une autre… Cette situation de ville est finalement profitable à tout le monde. Ça rappelle la période de confinement où nous découvrions des villes sans voiture, entendant de nouveau le chant des oiseaux…

Michel m’arrête, il tend l’oreille, un sorte de crissement lui fait penser chant d’une grenouille rousse, la première qui se reproduit ; c’était une illusion sonore : un canard colvert mâle apparaît sur l’eau, le bec s’ouvrant et se refermant en émettant ce son inhabituel, on éclate de rire !

Côté opposé, sur l’autre rive : le bord de rivière est séquencé par un aménagement propre à chaque propriété, en bout de terrain : clôtures vives ou en mailles plastiques vertes, même en dur, avec des arbres et des arbustes taillées ou même surtaillés, comme un tilleul en espalier…

Aux pieds, une bande de terre sécurise les limites, façon de protéger les implantations des ardeurs de la rivière ; certains ont même planté des fleurs, prolongeant ainsi leur jardin.

Il arrive qu’on perçoive l’intimité des jardins à travers… Un bus aperçu au loin signale la rue, derrière la ligne des habitations. C’est la ville, ancienne, bourgeoise, qui pavoise le long des rues, tout en soustrayant au regard des passants les espaces privés de ses habitants les mieux lotis.

Maintenant, nous apercevons un dispositif de vannage qui barre la rivière, toutes vannes ouvertes… Le flot y est vif.
Une troupe importante de canard virevolte, la période de reproduction a commencé, sont fort actifs les bougres : jeu de courses poursuites, d’évictions des prétendants, des couples sont déjà formés, avec des mâles suivis de plusieurs cannes… Bref, la vie des canards.
Un spectacle qui nous occupe un moment ; toutefois un son incongru dans le brouhaha de cette foule qui cancane : le son bref et sec d’une poule d’eau ; on localise. Pas effarouché par notre présence, le volatile se faufile aisément entre ses voisins exubérants.

A droite, se détache un bras. Et voilà ! Sommes tombés tout logiquement sur l’endroit où la Lacquette se divise… Le canal s’enfonce discrètement entre des propriétés. Le GPS atteste de son parcours vers le centre de la ville.

Passage d’un nouveau promeneur, Michel salue le chien qui se précipite, joyeux, puis sa maîtresse, flattée…

Poursuivre, jusqu’à la fin de la rue : un pont marque l’endroit. On débouche sur une route ; je reconnais, la rue de la Tour Blanche, suis déjà passé par là avec Fabienne, en octobre 2021, lorsque nous cherchions la confluence de La Lacquette et du Mardyck. cet endroit n’est pas loin, mais me reste inaccessible, hélas, leurs eaux se mêlent sur le terrain d’un particulier.

Bon, maintenant que j’ai vu : retourner…
Les canards occupent toujours le devant de la scène : nous assistons de nouveau aux courses poursuites des mâles en quête de femelles… Mais quelque chose de nouveau nous arrête, d’étranges jeux de séductions se déroulent sur le bras secondaire de la Lacquette ; nous assistons aux plongeons répétés d’une femelle, jeux d’esquive plus que fuite… Tant et si bien qu’au début, Michel avait cru avoir affaire à un grèbe.

Je suis curieux de savoir si je peux retrouver et suivre ce bras que je sais devoir déboucher au niveau de la Chapelle Beaudelle. Les ponts restent bien souvent mes seuls repères, les eaux disparaissant, traversant des propriétés privés, risquant d’être couverte à l’approche du cœur historique de la ville.

Bon, pas le temps de finir le parcours jusqu’à l’exutoire pour vérifier, on verra avant de retourner sur Béthune en fin d’après midi car là, il est déjà midi, et Michel doit aller pointer : direction l’antenne de Lillers.

Après un temps réglementaire : pause déjeuner à « la Popote », le restaurant choisi par Michel… Et nous commençons d’abord par le marais, au niveau des Pâtures d’Aire, Michel voulait m’y emmener, connait un chemin qui va nous le faire traverser d’Est en Ouest.

Prendre la direction de Witternesse, la D186E1, et avant l’Abbaye de Saint-André, nous tournons à gauche, le chemin est praticable. De part et d’autres des près. Sur un bord, un arbre a été brûlé sur pied, s’arrêter. Michel peste : il semble bien mort…

Nous apercevons la ligne du chemin que Michel vise : haies irrégulières, séquencées en touffes de thuyas – l’une me fait penser à un grand bâtiment végétal – ou en saules alignés, et même apparemment rien, sans doute des clôtures… Michel me dit que le chemin permet d’accéder à de petites propriétés privées « chasse, pêche et tradition » et des cressonnières plus ou moins anciennes, dont certaines sont abandonnées ; il doit même y avoir un élevage récent d’écrevisses…

Au bout du chemin, prendre à gauche : une construction fait face, elle masque. S’arrêter. Aller voir. Scruter, essayer de voir ce qui est derrière…

Bah, une branche barre le passage, les effets de la tempête ; un autre arbre brûlé… Aller voir. Michel dégage la branche et poursuit sa marche, je le suis en voiture. Il regarde les propriétés sur la droite ; ici aussi, chacun aménage sa limite de terrain à sa façon : pas que des haies vives, des clôtures en grillage vert, des arbustes anciens plus ou moins dégradés. Je sens un endroit dont l’entretien ne nécessite nul démonstration ostentatoire, on masque néanmoins, dérobant à la vue sa propriété, ses activités.

Michel repère une entrée, s’avancer : c’est une cressonnière en activité. Des bassins sont recouverts d’un voile blanc. De là, on peut voir les autres terrains sur les côtés. Au fond, c’est boisé, quelques abris signalent des cabanes de chasseur. Michel me dit que de là on peut deviner les marais de la Besvre où nous sommes déjà allés.

Plus loin, une cressonnière dégradée, en cours de comblement. Et puis… sans doute le lieu d’élevage des écrevisses, Michel scrute un fossé à travers le grillage, il a aperçu un filet de protection, celui-ci semble lui donner raison…

Nous avançons ainsi, tranquillement, nous arrêtant au gré de l’appel des clôtures, sont comme des promesses, nous dévoilant parfois des aménagements et des activés insoupçonnés.

Maintenant le paysage s’ouvre à gauche, derrière les clôtures des champs… A droite, de vieux saules… Nous arrêtons en observer, Michel me montre combien certains sont anciens, l’écorce est colonisée par des lichens crustacés – de ceux qui sont des bio indicateurs de la qualité de l’air.
C’est à peu près à ce niveau que commencent les fossés en eau que me promettait mon guide.

A gauche, c’est bien dégagé, on aperçoit au loin le clocher de Saint-Quentin, je reconnais la maison de Gérard Botrel à Fort Mardyck, elle m’indique l’endroit où passe la Lacquette. A gauche, l’Abbaye de Saint-André… Entre, ce ne sont que pâtures bien vertes, en descendent des fossés bien larges, emplis d’eau : un, puis un deuxième, trois… qui se jettent tous dans celui qui les conduit tranquillement le long du chemin.
Heu, dans quel sens d’ailleurs !
D’Est en Ouest je pense, pas si simple ici.
Malgré la distance, on dérange un groupe d’aigrettes Garzettes ; s’envole un peu plus loin…

Deux femmes passent avec leur chien, pas grand monde par ici, ça change d’Aire-sur-la-Lys.

Côté droit, derrière le fossé, une maison, la seule d’ailleurs, isolée… Michel tente d’attirer le chien, mais celui-ci garde ses distances et nous observe… Le charme de Michel n’opère pas.

Maintenant, on aperçoit la route, au bout du chemin ; doit être 15h, retourner à la D943, d’ailleurs fort passante à cette heure… Suis vigilant.

Tourner de nouveau au château d’eau, et s’en aller poursuivre le parcours de la Lacquette où nous l’avons quitté : au parc des sports, mais en aval cette fois… Passer le pont de la rue d’Isbergues et poursuivre jusqu’au pont de l’avenue Carnot.

Depuis le parapet, Michel pointe un autre pont, il semble proche ; nous contournons les habitations par le boulevard du Général de Gaulle…

Cet autre pont est situé rue de Vauban. Déception : un prunier en fleur barre la vue. Contourner, se trouver devant un établissement de notaires dont le parking à l’arrière est une véritable invitation à s’approcher de la Lacquette !
Retrouver le cours d’eau, mais voilé par une végétation de berge ; il s’esquive… je le perds… Des plaques délimitant la propriété m’interdise de le poursuivre.

Je m’empresse de retrouver Michel pour tenter de le retrouver, l’heure tourne, mais impossible par le boulevard ; rebrousser chemin et poursuivre jusqu’à un rond point d’où nous prenons la rue Pierre et Marie Curie. Nous approchons du canal… l’ambiance a changé, le tissus urbain s’est relâché et désormais nous apercevons le haut de bâtiments industriels.

Sur notre gauche, le gymnase rouge déjà aperçu : à son pied, j’entrevois la Lacquette, en partie masquée par un jardin. Michel avait vu juste, elle a effectué un virage serré, détournée vers la Lys qui passe au bout de la rue…

Voilà, c’est vérifié, suis satisfait, le cours d’eau qui se jette dans la Lys juste avant le dernier pont… est bien la Lacquette, son cours principal. La rivière contourne la ville, pour sans doute éviter d’y surcharger la Lys dans les périodes où les risques d’inondation sont importants.
Impossible d’en voir la confluence depuis le pont, faudrait pouvoir accéder au terrain d’un particulier.

Faut pas traîner, 16h, c’est l’heure de ramener Michel à l’hôtel communautaire… Après, nous devrons retourner au marais de la Besvre, pour notre rendez-vous avec Alfred.

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Auteur : Gilles Bruni

Gilles Bruni est né en 1959 à Nantes et vit à Clisson. Son œuvre se concentre sur le paysage, l’écologie du lieu, ses habitants et leur histoire. Gilles Bruni a longtemps collaboré avec Marc Babarit à la création d’installations paysagères, en Europe et en Amérique du Nord. S’il travaille seul aujourd’hui, c’est toujours dans la rencontre avec des lieux, des habitants.

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