Nous partons plus tôt aujourd’hui, il est 10h, fait plus froid aussi. Retourner à Blessy, là où nous nous sommes arrêtés hier. D’abord, aller voir le producteur de cresson, rue des Prés. Parcours sans faute : nous retrouvons facilement notre route, en arrivant une camionnette est là, coup de chance, trouvons le producteur, affairé, alors nous échangeons, vite, il a pas mal à faire et doit se rendre dans le Jura… En apprendre déjà pas mal sur le coin, mais trop rapidement, alors il nous promet de nous revoir à son retour. Se donner nos numéros de téléphone, je devrais le contacter en début de semaine.

En attendant, il nous laisse approcher les bassins de production, nous expliquant l’essentiel : les puits artésiens sont en tête de bassin, l’écoulement se fait en sortie vers le marais, dans un fossé du réseau qui alimente le Mardyck. Avec les inondations, l’eau a envahi ses bassins, nous dit qu’on peut voir des poches qui restent, comme vers l’abbaye de Saint-André. Sont plus fréquentes maintenant, et comme ces zones de marais sont basses, ils prennent les premiers. A Aire-sur-la-Lys, ils se protègent, protègent Saint-Venant, alors forcément, en amont ils sont submergés, dit que les cressiculteurs compte peu.






Fait un froid de canard, d’ailleurs on les entend qui ricanent pas loin… Le vent qui souffle nous gèle… Nous nous dirigeons vers le centre du bourg ; sur la droite, j’aperçois un chemin qui visiblement s’enfonce dans le marais. S’arrêter et s’y engouffrer. Je pressens qu’il peut relier celui d’hier à Ham ; même symptôme : terrain enherbé entretenu et table de pique-nique, on sourit au côté incongru dans un tel lieu, au milieu de cette campagne ; j’ai du mal à imaginer des gens venir ici. Je sais que je suis influencé par l’arrivée de l’hiver, il renforce cette impression. Fabienne me montre un panneau de l’ancienne agglo : « trame verte et bleu », on a investi pour le territoire…

Nous nous enfonçons dans le chemin, il doit remonter dans la direction de Ham : bingo ! Au tournant j’aperçois au loin la ferme que nous avions longée hier. Fabienne ne tarde pas à confirmer, elle a aperçu les jeux. A l’approche, un chien apparaît, sort d’un chemin sur notre gauche, il est bientôt suivi par une femme : se croiser. Je la salue, un bref échange, elle dit avoir l’habitude de venir là en ballade avec son chien ; les poils sont trempés, normal dans cette ambiance, le sol est gavé d’eau, on patouille…





Nous avons eu la confirmation espérée, le chemin aménagé qui traverse cette zone de marais, relie la grande rue de Blessy à celle de Ham. Nous constatons des rigoles pleines d’eau, des champs détrempés ; je revois la passerelle plus loin, avec son passage de bovins, juste de l’autre côté de la clôture, il la longe. Me laisse songeur. La clôture nous accompagne de part et d’autre, le chemin est une trouée au milieu des prés, on se demande qui on enferme finalement, les bovins ou nous ? A la limite, sommes des intrus dans ce milieu agricole.
En retournant, je m’arrête à la plateforme d’observation dans la plantation de peupliers. Me suis avancé sur la passerelle couverte de feuilles… Au bout, j’observe : mon regard balaie l’espace, j’essaie de m’imaginer ; en temps normal je dois avoir affaire à une mare sous les peupliers.





Au fond au gauche, j’aperçois Fabienne qui poursuit, elle s’en retourne à la voiture… Je hâte le pas, remarque le chien vu tout l’heure, il gambade dans le sous-bois. Je remarque la femme, elle s’avance vers le jardin de la maison qui est à l’angle de la rue, le chien lui emboite le pas. Je me fais la réflexion que cette balade est en fait le prolongement de son jardin, une extension de son domaine…






Maintenant, aller à Saint-Quentin, je veux aller voir un pont que je ne connais pas, la carte IGN m’indique un chemin à prendre sur la droite… Raté, sommes déjà dans Saint-Quentin, tant pis, je vais voir un autre pont, je le reconnais, sommes venus là avec Didier Vivien en octobre : le pont du Mardyck, la bâtisse à droite… on s’arrête, Fabienne va examiner l’endroit : panneau à vendre, la végétation a été coupée, tout est mort… Le temps et la saison ont tout gâté.







J’ai repris la carte, veux trouver ce pont au bout du chemin qu’on aurait dû prendre à l’entrée de Saint-Quentin. Demi tour. Repasser dans le bourg, regarder au passage si on peut trouver quelque chose à manger : rien… aucun commerce ; Aire-sur-la-Lys a vidé les lieux, tout drainé, sauf l’eau, c’est l’effet ville sur les villages périphériques.



Scrutant le bord de la route, je m’arrête assez brutalement en exultant : « ce doit être le chemin ! » Je m’attendais à un endroit plus dégagé… sommes dans le péri-urbain, la ville s’est étalée, mangeant la campagne et l’entrée agricole s’en trouve masquée.
S’engager dans la descente vers les zones basses ? Mmm, c’est prendre le risque d’endroits boueux. Avec Fabienne on rit à la pensée de se retrouver bloqués… Finalement ça va, même si dans les champs les nappes d’eau apparaissent ici et là. Chance, en bas, nous trouvons une entrée d’un terrain privé qui nous permet le demi-tour et de stationner, sans risquer de gêner.





Nous découvrons le Mardyck, enfin 2 passerelles et 3 bras d’eau… Sont tous plein, chargés, bien ocre. Le Mardyck coule parallèlement à la route, alors, qu’est ce bras qui arrive perpendiculairement ? Un fossé ? On s’y perd, comme d’habitude… D’après la carte, il relierait le Madi de Blessel… Mmmm, faudra que j’aille voir. En face, de part et d’autre du fossé : à gauche, un autre terrain privé boisé, relié par une passerelle en béton, l’accès est interdit par une barrière ; à droite un pré à vaches… On reste dans les usages des campagnes, juste derrière la ligne des habitations.




Avant de repartir, Fabienne jette un œil sur le terrain privé près duquel nous avons laissé la voiture, fait sa curieuse : on aperçoit des cabanes, on se demande si les gens qui viennent sont des chasseurs, en tout cas des gens qui aiment être dehors, couper leur bois, cabaner…


Cette fois, j’ai pointé sur la carte un accès possible pour approcher le Madi de Blessel. Repartir à Saint-Quentin… Repasser le pont du Mardyck et aller au niveau de l’autre pont, celui qui enjambe la Lacquette. En prenant à droite le Chemin de la Lacquette, nous reconnaissons l’endroit : sommes déjà venus lors de notre excursion d’octobre, avions contourné l’abbaye de Saint-André en longeant la Lacquette… Impossible de stationner, une voiture bloque. Retour au pont. Fabienne préfère m’attendre, elle a pris froid, alors je retourne à pied en cherchant les traces du débordement. Déjà, au niveau du pont, je constate que la rivière est bien sortie de son lit, elle a laissé des traces. En longeant la Lacquette, je vois que les berges sont bien affectées, des débris ont été arrêtées par des cépées de saules et d’aulnes…




A droite, je remarque un champ labouré, a dû être inondé dans sa partie basse, et les maisons, ont-elles été touchées aussi ? Suis au bout du chemin, la voiture rouge vu tout à l’heure ronronne, elle tourne, son propriétaire ne doit pas être loin.




Un homme sort d’une maison, m’aperçoit : « pour les photos de l’inondation, c’est trop tard, fallait venir hier », je le sens plutôt jovial et nous engageons facilement la conversation. Il m’explique ce qui vient d’arriver, que l’eau est passée à certains endroits de la digue, que les maisons ont été protégées… La femme à l’entrée de la maison acquiesce. Je me présente ; il me dit aussitôt qu’il avait remarqué notre voiture il y a environ 3 semaines… Il a l’œil ! Nous avions donc été repérés mais vite jugés inoffensifs : il avait vu qu’elle était marquée du sigle de l’agglo, ‘Béthune Bruay’, ça facilite les choses.

Gérard Brodel qu’il s’appelle, il est né ici, n’a pas bougé ; je lui parle du Madi de Blessel, il me montre une ligne de végétation dans un champ : « il passe là-bas, avant t’ches anciens l’appelait l’Becque, il a été détourné et coule dans l’pré derrière, à se jeter au bout dans l’Mardyck. » J’aimerais bien en savoir un peu plus, pas bien sûr de l’avoir bien suivi… va trop vite, il est à son aise ici, semble connaître les lieux comme sa poche. Il m’indique que je peux y accéder en passant dans le pré, en longeant la Lacquette… et retrouver la passerelle qui sort du chemin de l’abbaye de Saint-André… Je me dis que je ne vais pas m’aventurer maintenant dans cette expédition, surtout sans les bottes, je pense qu’il doit y avoir un autre accès plus facile… Faudra que je cherche sur la carte.

Gérard me parle de la récurrence des inondations, qu’il y en a plus souvent ; il m’énonce des raisons que j’ai déjà entendues, les gens en ont une certaine idée, que ce soit de la gestion par les agglo, ou bien l’état du bassin versant. Ici, c’est un endroit un peu conflictuelle : il étend ses bras, me dit que d’un côté c’est la CAPSO et de l’autre, vers l’amont, c’est la CABBALR… Sous-entend que chacun renvoie à l’autre la responsabilité de la gestion des crues.

Est finalement bavard le Gérard, se quitter, non sans lui avoir demandé à le revoir, poursuivre mon enquête sur cet entrelacs de cours d’eau et de fossés.
Il s’en va rentrer sa voiture dans le garage. Hou là, ça passe hyper juste en hauteur, suis admiratif de la facilité avec laquelle il a manœuvré… Bon, il est temps de retrouver Fabienne à l’entrée du chemin. Content d’avoir fait connaissance avec un personnage riche en couleurs.

Vu l’heure, nous nous décidons à chercher quelque chose à manger à Aire-sur-la-Lys… Pas de chance, la grande place est à nouveau déserte, et nous ne trouvons rien qui nous convienne, doit être vers les 13:30. Finalement, le froid nous dissuade de poursuivre l’aventure au pays du Mardyck, nous retournons finalement sur Lillers où Fabienne va en profiter pour me montrer cette usine à sucre que nous voyons habituellement de la D943, elle est en pleine activité, c’est l’époque des betteraves à sucre… L’usine fume, semble alimenter les nuages.

Nous en profitons pour faire notre pause dans une boulangerie, se mettre au chaud… Ce moment signe la fin de ces deux sorties sur Blessy. La semaine prochaine, je vais retourner voir Bertrand Bouclet, le cressiculteur, et Gérard Brodel à Fort Mardyck, il vont m’en apprendre sur ces terres basses de Blessy.