Commencer par retrouver Christopher Manceau, archéologue de l’agglo, sur un site à Ruitz : 9h30, soleil radieux, en bout de zone industrielle, une fouille d’urgence, récupérer des informations avant de le restituer à l’entreprise qui doit faire des travaux…
J’aurais dû le retrouver à Estrée-Blanche, sur un site destiné à faire une ZEC (zone d’expansion de crue), mais l’endroit ne sera finalement pas sondé…





Christopher m’emmène voir ce qui est en cours, l’équipe au travail et la pelleteuse qui décape un peu plus loin sous la conduite de sa collaboratrice. Elle fait les tracés à frais, avant que les nuances de couleur du sol s’estompent : essentiel pour interpréter et fouiller .



Sont sur du mésolithique en ce moment ; à un endroit, c’est l’assise d’une fondation de villa gallo-romaine… Ici, les informations s’additionnent, au fur et à mesure des avancées : des trous, des tracés oranges, des chiffres… Certains s’affairent à gratter, à relever, ou à mettre en sachets quelques artefacts…

« C’est Verdun ici », lance Christopher, la fouille bouleverse le site, même si les terres sont biens tirées, rangées… Moi, j’y vois avec délice le Sahel, avec ses couleurs chaudes, sont excitées par le soleil d’automne.

Christopher me montre des tranchées, des zones aux couleurs plus sombres signalent des traces de fossés qui sillonnaient l’endroit, le structuraient même : c’était marécageux ici, les occupants devaient déjà drainer… Où j’apprends que la gestion du marais ne date pas d’hier, passionnant de l’entendre évoquer un passé aux indices ténus.

Retour, 11h30, ça va être la pause déjeuner avant le rendez-vous de l’après-midi, avec Isabelle.
Partons la rejoindre avec Fabienne, à Saint-Venant, doit être pratiquement 13h30, Isabelle va nous conduire, plus facile. Elle commente : la plaine de la Lys, direction Isbergues , on passe le canal d’Aire à la Bassée. Au temps de ses études, habitait Lille, puis est venue s’installer dans le coin. Son village d’origine, c’est Bomy… Quand j’évoque ces cours d’eau qui sillonnent les routes, aux allures de fossés, me dit que la valeur vivant s’est dégradée, sont parfois devenus des fossés à déchets, des milieux naturels déséquilibrés ; avant, on buvait l’eau des cours d’eau. Pour elle, ça dénote le changement radicale d’attitude à leur à l’égard : il y a 40 ans, j’ai joué dans la Lacquette…



M’explique que, dans l’agglo, l’eau potable vient exclusivement de stations de pompages qui puisent dans la nappe phréatique, la nappe de la Craie. Isabelle a fait des études de biologie puis de géologie de l’environnement, elle est dans son élément.
13h50, Lambres, on s’approche de la Lacquette, puis nous remontons vers Witternesse. Un fossé à droite : plein d’eau… Filer vers Enquin-les-Mines ; ça monte… Fléchinelle…, puis Erny-Saint-Julien : premier arrêt à la sortie du village, la Lacquette y coule. L’eau est limpide, j’aperçois un abreuvoir fraîchement construit, exactement comme ceux décrits par Jérémie Duval, m’avait qu’il doit en faire installer à Estrée-Blanche.

Le paysage a radicalement changé, nous avons quitté le territoire des mines, sommes conquis. Des collines, parfois boisées, une vallée resserrée, des hameaux et, rajoute Isabelle, des petits châteaux, des fermes : « ici, c’est agricole. »


Sur le plateau d’Enguinegate, une ligne d’éolienne s’étire sous un soleil franc. Nous prenons maintenant la D130, direction Bomy ; à gauche, sur la colline, le bois de Bomy, et ça reprend à tourner, descendre, monter… Pétigny : j’aperçois un site de captage d’eau potable en passant, me dit que ça a été boisé autour pour le protéger des risques de pollution, c’est la règle.


Ça y est, arrivons à Bomy, retrouver la place du village que j’avais vu avec Didier… Sur la route à gauche, on passe la rivière, Groeuppe : retour à la source de la Lacquette, mis est ce la même source ? Après un cours instant, Isabelle nous surprend, elle nous dit tout simplement qu’elle vient d’ici, c’est son hameau, sa source, son territoire d’enfance. Je lui expose ce que j’avais interprété la semaine dernière, « c’est bien une résurgence ? »

Pour elle, oui, sûr ; elle s’approche, jauge, vérifie cette source dans laquelle elle a joué. Dit que le bassin pouvait être rempli… « on avait un peu peur de tomber dedans ». Isabelle descend, s’approche doucement de cette source de l’enfance, doit être précieuse, elle se penche, paraît s’assurer qu’elle la retrouve bien. « C’était plus creux, ça s’est rempli de sables, de cailloux… »



Me dit qu’autrefois, les gens venaient y puiser l’eau. Comme pour me convaincre de ses vertus, elle ajoute : « dans les années 70, je me souviens d’une ferme où ils utilisaient l’eau de la source pour laver leur beurre parce qu’elle était plus fraîche que celle du château d’eau. »

Et à côté ? le lit du ruisseau est à sec… « C’est un ruisseau des champs, ne coule pas tout le temps. » S’en va suivre le cours d’eau : « enfant on jouait dedans, avec des cailloux, à faire des barrages, aujourd’hui, il y a moins d’eau, je sais qu’elle peut être polluée par le ruisseau des champs. »
On quitte, on s’éloigne de la berge pour suivre le chemin qui tourne à droite et monte, il nous emmène ailleurs, traverse un verger, passe à côté d’une ferme et semble aller butter sur une barrière…





Le chemin qui montait là derrière a été empêché, elle l’a pratiqué… Alors on poursuit sur notre droite, Isabelle s’arrête en pointant le Mont Groeuppe, il élève la prairie, nous grimpons ; en me retournant, j’ai déjà une vue sur les toits du village.



Nous prenons de la hauteur, entrons dans une deuxième pâture… Se retourner pour observer : on ne s’en lasse pas de la vue. Isabelle nous dit qu’avec d’autres enfants ils aimaient à monter ici et vernir observer, au loin… Sommes à la haie, Isabelle s’affaire dans la haie et boulote des mûres, en propose en Fabienne. J’y retrouve là un nouveau plaisir enfantin : le grapillage !


15h20: après avoir goûté aux plaisirs de l’ascension, sous un soleil radieux, nous entreprenons la descente, tranquillement ; je regarde s’éloigner ce couple qui rapetisse à vue d’oeil. Regardant le village, j’entrevois la place où se trouve la source… elle au cœur de ce lieu.

En repartant, Isabelle nous propose d’aller voir une fontaine, un petit affluent de la Lacquette, c’est pas loin : la fontaine Sainte-Frévisse. Je ne l’avais pas repérée, me semble que Didier ne m’en a pas parlé…



De la route, sur la notre droite, nous empruntons un chemin tout en descente, la voiture est un peu ballotée, au bout, nous débouchons sur une petite route, sommes dans le fond de vallée, prendre à droite, tarde pas une ferme, c’est ici même… que se trouve cet affluent de la Lacquette : finir à pied et s’engager dans un sous-bois.



Surprise : une petite chapelle, une table de pique-nique, une rambarde qui donne sur le cours d’eau. L’endroit est aménagé et visiblement fréquenté. Sommes pourtant un peu au milieu part… Poursuivre, nouvelle surprise : un trou, des marches, elles ont été creusées dans la terre jusqu’à l’eau ; avec Fabienne on comprend que nous sommes à la fontaine. Rien à voir avec l’édicule auquel la dénomination m’a habitué.





Les racines de l’arbre participe grandement à contribuer au charme de l’endroit : une fontaine païenne. L’eau sort de terre, remontant des profondeurs souterraines puis s’en va courir, pressée, un fond calcaire affleure par endroit.

Quitter ce lieu : en passant, le château de Bomy, s’arrêter, le temps de l’approcher, de voir la Lacquette qui coule au niveau du virage ; l’eau arrive en ligne droite, traverse la route, sous un pont, et vire à angle droit… Au-dessus, une boulangerie improbable. Du pont, à travers les frondaisons, nous remarquons un plan d’eau, l’étang du château. Devait être d’agrément, une île, ou peut-être une presqu’île disproportionnée au centre, le tout paraissant à l’abandon… Nous trouvons une grille sur notre passage, sans ambiguïté elle annonce l’usage : point d’aspiration pompier.




Nous n’en restons pas là, au niveau de la grille du château nous traversons la route pour retrouver la Lacquette, celle-ci coule masquée par la végétation, Isabelle, furette, la traque, nous la retrouvons à bifurquer, visiblement contrainte par l’allée du château. Pas très naturel tout ça, elle pratique les angles droits… Au bout de l’allée, nous apercevons une voiture en mouvement Isabelle dit que la route la prolonge. L’impression est curieuse.



Troisième round. Isabelle poursuit le périple en suivant la vallée, nous retraversons Erny-Saint-Julien pour rejoindre Enquin-les-Mines, au moulin dit espagnol, dans la partie basse du village. Loin de l’ambiance minière de la partie haute, nous nous lovons dans un creux où la Lacquette est reine. Arrivons près d’un gué, praticable en voiture lorsque la rivière doit être assez basse, se garer, à côté de la passerelle afin de prendre un temps pour observer cette scène pittoresque qui se déploie.




S’avancer sur l’autre rive pour s’approcher de la berge : un point pour regarder ce moulin d’allure ancienne qui se donne en spectacle. Nous nous rendons compte qu’il est le fruit de remaniements, le pignon agré, menté d’une tour a été ajouté…
16h20, temps pour retourner, repasser par Lambres et Isbergues… et déposer Isabelle.
Mon appréciation de la Lacquette s’est fort enrichi pendant cette nouvelle session, grâce à de belles rencontres. J’ai de nouvelles pistes, d’autres rencontres à faire ou à reprendre… début décembre.


