Lundi 25 octobre | Aller à l’entrée d’Aire-sur-la-Lys : retrouver la confluence du Mardyck et de la Lacquette


Reprendre l’épisode où nous l’avons laissé avec Didier : à l’orée d’Aire-sur-la-Lys… Nous n’avions pas réussi à trouver la confluence du Mardyck et de la Lacquette, la journée était trop avancée. Chance, avec Fabienne, qui travaille à Labanque, nous arrivons directement sur le dernier endroit vu : soit les deux ponts où coulent, de part et d’autre, chacun des cours d’eau, avec au fond, le restaurant le Mardyck et le château d’eau…

D’abord, tenter le restaurant, mais ne serve pas de café… raté, on a déjà mangé. Je demande, comme Didier me l’avait conseillé, à voir l’endroit où était la piscine, autrefois alimentée directement par la Lacquette. Le jeune serveur m’indique, fort aimablement, d’aller au portail vert à côté, dès fois, il est ouvert. Nous sortons essayer : fermé, mais je regarde par une fente… Faudra trouver un moyen d’entrer, essayer par la mairie d’Aire.

Nous nous rendons aux deux ponts pour apprécier la situation des cours d’eau avant d’entreprendre de suivre la Lacquette. Elle longe une rue, à moins que ce ne soit l’inverse…, des passerelles l’enjambent. Sont des entrées de propriétés. Des arbres d’alignement s’étirent. La voie est toute droite… Et voilà la pluie qui menace, nous croisons un camion des services des espaces verts de la ville : j’interpelle un des gars, et lui pose, empressé, mes questions : où trouver la confluence des deux rivières ?… Damien qu’il s’appelle, pas farouche, m’explique avec une grande clarté la marche à suivre, égrainant l’enfilade des rues et les mouvements à effectuer. Il fait parti d’une association de pêche, c’est un habitué des cours d’eau… En fait, il habite Liettres, super, je le reverrais pour qu’il m’embarque sur les berges, faire de l’à-travers-champ qui me fera lécher l’eau… Je m’y vois déjà.

La pluie nous prend, on s’abrite sous un arbre, puis un autre… Progressons d’arbre en arbre jusqu’au pont indiqué, puis au-delà, dans l’espoir d’en voir un peu plus. Rien. Dans une rue, je vois un autre pont, et tout près, celui qui enjambe le Mardyck. Je n’y comprends plus rien, ce dernier coule assez large, fluide, plutôt clair, je croyais que c’était l’inverse. La lacquette, elle, c’est terrible, ne ressemble à rien, rien qu’un petit ruisseau aux berges encombrées, même une bouteille vide… Pitoyable. Je ne m’explique pas comment a pu se produire une telle déperdition.

Depuis le pont où coule le Mardyck, au loin, impossible d’apercevoir la confluence, et comme ça se passe dans un terrain privé… Ça s’arrêtera là pour aujourd’hui.

Aller plus loin : la rencontre est consommée ! Les cours d’eau, devenus commun, se sont mêlés… Avec Fabienne, nous voulons faire une pause café. Retour à la voiture, direction centre ville. Finalement, en somme, c’est assez loin. La place est déserte : aucun café d’ouvert…

Abandonner l’idée et chercher la Lys, aller vers l’aval, le canal… Saut de puce. Nouvel arrêt, mon obsession, trouver les ponts… Ben voilà, pas loin d’une chapelle, une place, l’eau à quai. Sur un pont lisons des infos sur le rôle des cours d’eau et du trafic marchand depuis le moyen-âge, mais au fait, sommes sur quel cours d’eau ?… Aucune info. J’interpelle un homme d’un certain âge avec deux petits enfants, nous dit : « c’est la Lys bien sûr ! » Elle longe les anciens quais pour traverser le canal d’Aire, à 800 m… Nous propose de le suivre, ils vont dans cette direction.

L’homme en profite pour nous apporter quelques connaissance sur la situation : le trafic historique dans la ville, la porte qui fermait la rivière un peu plus loin en aval, l’usine abandonné qu’on voit sur l’autre rive… Le développement portuaire d’une ville, carrefour où circulait les marchandises provenant ou se dirigeant vers les Flandres, firent sa renommée mais attirèrent aussi, depuis fort longtemps, la convoitise de grandes maisons féodales qui en cherchèrent la possession : les bourguignons, les espagnols et finalement les français… Au passage, je remarque, en jetant un coup d’oeil derrière moi, qu’un cours d’eau vient se marier à la Lys, des ponts l’enjambent dans l’étroitesse du passage. Faudra que j’aille voir au retour…

Aux indications données, nous cheminons, passant d’une rive à l’autre, empruntant les ponts… pour finalement sortir de la ville historique, longeant le cours d’eau et laissant les dernières bâtisses : école maternelle, gymnase… zone industrielle à l’odeur prégnante.

La Lys s’est habillée de vert après la brique sombre ; les berges se font plus douce, quelques maisons au fond de jardins flous, parfois une chaise, un banc, un petit aménagement…

Et puis, arrivent les écluses, enfin ce qui nous y fait penser. Pas très clair cette affaire. En face, semble être un passage d’écluse pour accéder au canal d’Aire, à droite, comme un déversoir où l’eau chute, plus vive.

Au milieu est signalé un camping, un écrit l’annonce sur la la passerelle en béton. Pas folichon tout ça. On se regarde : « on s’avance ? » Rien ne nous l’interdit. Nous pénétrons, ou plutôt, traversons le site où sont à quai quelques mobil-home, certains sont habités. Un homme nous salue. Nous apercevons ce qui nous semble pouvoir être le canal, enfin !… C’est notre horizon…

La barre du canal d’Aire à la Bassée dessine une ligne perpendiculaire, large ; à droite, au loin, un bateau à quai et des silos, à gauche, l’infini… Nous ne comprenons pas de suite, le cours d’eau qui s’était divisé en deux branches débouche dans le canal, enfin pas tout à fait : la branche de gauche traverse, sur l’autre rive, un panneau LYS ; à droite, l’eau bute sur un mur en béton… mais, on m’avait prévenu : un système de vase communicant, la Lys passe SOUS le canal et ressort de l’autre côté. Silence. Nous observons, incrédules… avant de nous en retourner par le bras de droite.

C’est calme, des canards ont élu domicile, se dérangent sans affolement, sont chez eux. Au bout, nous croisons un nouveau bras, semble mort, rempli de lentilles vertes… et quelques quidam. De temps en temps on croise des vélos… Au point que la ville avait fini par nous sembler bien vide, fantôme.

Au niveau de la place, le ciel s’est assombri, j’avais vu les nuages menaçant s’avancer, coupant en deux le ciel, lumière étincelante et noir d’encre… Fabienne rejoint la voiture pendant que je pars à la recherche de mes deux ponts aperçus sur la Lacquette. Aïe, la pluie commence, encore doucement, juste le temps de m’engager dans une ruelle où j’atteins mon graal, enfin un pont sur lequel je m’avance pour observer, en contrechamp, l’arrivée de la Lacquette dans la Lys. Super, c’est consommé, suis satisfait. La pluie a forci au point que je m’empresse de regagner le véhicule, tout en protégeant l’appareil photo…

Nous quittons la ville sous une pluie battante, repoussant notre envie d’une pause café à un autre moment… trouver un endroit où s’arrêter sur le chemin du retour.

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Auteur : Gilles Bruni

Gilles Bruni est né en 1959 à Nantes et vit à Clisson. Son œuvre se concentre sur le paysage, l’écologie du lieu, ses habitants et leur histoire. Gilles Bruni a longtemps collaboré avec Marc Babarit à la création d’installations paysagères, en Europe et en Amérique du Nord. S’il travaille seul aujourd’hui, c’est toujours dans la rencontre avec des lieux, des habitants.

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